Au Maroc, les femmes sont (aussi) harcelées sur la plage

Au Maroc, le harcèlement s'invite jusqu'à la plage.
Au Maroc, le harcèlement s'invite jusqu'à la plage.
Sous le soleil, à quelques enjambées des flots bleutés, les Marocaines ne sont jamais vraiment tranquilles. Par dépit, elles désertent même la plage pour la piscine.
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C'est une situation que déplore le site d'actualités Bladi.net - Les Marocains du monde : sur les plages du Maroc, nous dit-on, les femmes n'échappent pas aux regards insistants ou désapprobateurs. En pleine période estivale, l'heure de la détente et des baignades, les cas d'abus sont effectivement loin d'être rares. Une mère de famille de 36 ans vient même témoigner : "se baigner à la plage n'est plus un loisir pour une femme. J'ai été harcelée juste parce que je portais un maillot de bain. Heureusement que mon mari était là". Déplorable.

Aux yeux de nombreuses citoyennes, le maillot de bain est synonyme d'insécurité pour toutes celles qui désirent simplement se prélasser. Amal, une jeune marocaine de dix-huit ans, nous le confirme à l'unisson. A l'écouter, "les plages sont devenues désagréables". Certaines femmes constatent même la présence de voyeurs. Du côté de France Info encore, les voix alarmantes ne manquent pas. Comme celle de la sociologue et militante féministe Soumaya Naamane Guessous, qui considère que ce sentiment-là "touche l'espace public en général". La plage n'est au fond que l'excroissance sableuse d'une misogynie toxique bien trop généralisée au Maroc. Voire même, banalisée. Mais comment fuir cela ?

Sur les plages abandonnées

Au Maroc, le harcèlement s'est volontiers banalisé.
Au Maroc, le harcèlement s'est volontiers banalisé.

Pour les Marocaines, la sortie de secours a un nom : "Grande piscine de Rabat". Au sein de cette piscine publique, qui s'est inaugurée aux prémices du mois de juillet dans la capitale du Maroc, les femmes échappent davantage au harcèlement. La raison ? Une soixantaine de policiers - dont certains en civil - et de vigiles veillent au grain tout au long des serviettes. Il est évidemment bien triste que les citoyennes doivent, pour beaucoup, aligner les kilomètres afin d'éviter ce genre de violences. Mais Amal n'en espère pas moins qu'un jour, "les femmes récupéreront leur place sur le sable et le droit de porter ce qu'elles veulent". Une conviction nécessaire.

Car la stigmatisation reste forte sur les plages du Maroc, où la détente laisse bien trop couramment la place à l'intolérance. Comme nous le rappelle France Info, une étude de l'ONU-Femmes effectuée il y a deux ans va jusqu'à démontrer qu'aux yeux de la majorité des citoyens marocains sondés, "une femme habillée de façon provocante mérite d'être harcelée". Il faut donc présumer qu'un banal maillot de bain l'est déjà, "provocant". Et parmi cette quantité d'avis recueillis, force est de constater que les approbations féminines ne manquent hélas pas. Comment l'expliquer ?

"Cette tendance est devenue si conservatrice et si banale que les femmes en maillot de bain subissent des regards critiques ou même des commentaires dégradants de la part d'autres femmes", répond Soumaya Naamane Guessous au site d'actualités marocain Tel Quel. Difficile de mieux définir le terme de "normalisation"... Et cette mentalité-là, bien sûr, est loin de s'évaporer en sortie de plage. L'an dernier encore, les femmes marocaines manifestaient à Rabat, Casablanca et Marrakech afin de dénoncer un autre fléau : le harcèlement de rue. Leur mot d'ordre ? "Je ne me tairai pas".