Alizée, icône absolue des années 2000, revient sur le succès colossal de son premier album, "Gourmandises", il y a précisément 25 ans de cela, et les paroles plus que suggestives de "J'en ai marre" et "Moi, Lolita". Savait-elle vraiment ce qu'elle chantait à l'époque alors qu'elle n'avait même pas 19 ans ?
Tout cela est intensément questionné aujourd'hui, près d'une décennie après les prémices de la révolution #MeToo, et surtout, alors que la fétichisation absolue de la "lolita" a été sévèrement déconstruite par de grandes voix victimes de violences sexuelles et d'emprise : de Vanessa Springora (Le consentement) à Judith Godrèche. Or, chanter "Moi, Lolita" à même pas 19 ans, il y a plus de deux décennies de cela, en se jouant volontairement d'un "fantasme" très très malaisant, ca ne passe plus.
En tout cas, ça interroge, et tant mieux.
Oui, Mylène Farmer a écrit le tube d'Alizée, forte de l'aura sulfureuse qui constitue sa "DA" mythique, se jouant des codes de la féminité, de la provocation, de la métaphore et d'un côté "Libertine" qui lui sied si bien. Mais c'est le public masculin qui, comme cela a pu être le cas avec Priscilla à la même période, s'est largement réappropriée cet hymne en lui assignant un "male gaze", un regard masculin hyper sexualisant et libidineux.
C'est là que le bas blesse. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui, Alizée a décidé de décrypter ces paroles, et d'expliquer si oui ou non, elle avait conscience de leur sens véritable, façon Sucettes de France Gall ou Banana Split de Lio, à l'époque de leur éclosion et de ses tout débuts sur scène.
Alizée s'explique auprès de Christophe Beaugrand sur le sens de "Moi, Lolita". Et autres paroles plus que suggestives et controversées, chantées par une très jeune femme à l'époque, même pas vingtenaire.
L'artiste raconte sans le moindre filtre : "Quand je travaillais avec Mylène sur les textes, elle me proposait des textes et me demandait si je les comprenais, si j'étais à l'aise, ca a toujours été comme ça, et je lu répondait souvent que c'était de la poésie, que c'était joliment dit sans être vulgaire, très suggéré"
Et si Mylène Farmer avait délivré à l'inverse d'une chanson sexualisante, un hymne féministe ?
Plus précisément, et si elle s'était substituée aux éternels paroliers masculins envisagés en Pygmalion manipulateurs, comme Gainsbourg jadis, en écrivant un air hyper suggestif en tant qu'artiste féminine, déjà très sulfureuse et libre, à l'adresse d'une autre artiste féminine, afin précisément de se réapproprier des codes très masculins, une tradition patriarcale profondément inscrite dans l'industrie - de vieux mecs qui écrivent pour de très jeunes femmes des ritournelles à double sens ?
Si l'on écoute Alizée, on comprend que le regard de Mylène Farmer était vraisemblablement très bienveillant. A l'écoute, et jamais hypocrite dans le dialogue engagée avec ce qui était alors une très jeune fille. D'où la dimension subtilement sororale, et féministe, de cette chanson très controversée et sulfureuse.