Energie Femmes, le réseau pro bienveillant pour prendre sa carrière en main

Une des soirées du réseau professionnel Energie Femmes
Une des soirées du réseau professionnel Energie Femmes
Plus qu'un réseau professionnel féminin de plus, le réseau Energie Femmes porte une réelle différence. Créé par Minetou Ndiaye, manageuse en assurance, il tend à vouloir créer des passerelles entre des profils professionnels très différents et d'être le plus inclusif possible.
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Créé il y a plus de trois ans par Minetou Ndiaye, le réseau professionnel Energie Femmes souhaite rassembler des femmes d'horizons très différents pour qu'elles puissent échanger ensemble sur le monde du travail.

Pas besoin d'être start-upeuse, tous les profils sont accueillis avec bienveillance dans ce réseau.

A la base, des rendez-vous mensuels en région parisienne où une trentaine de femmes échangent librement dans un bar en petits groupes sur des questions pratiques liées au monde du travail.

Entre femmes, ces apéros permettent d'écouter les problématiques et les solutions de chacune, de manière concrète. Mais également de réfléchir à leurs ambitions et à leur leadership en tant que femmes.

Une belle initiative, réellement différente, menée par Minetou Ndiaye, qui fait par ailleurs du conseil en stratégie pour les assurances.

Terrafemina : Pourquoi avoir créé ce réseau et pourquoi est-il différent des autres ?

Minetou Ndiaye : Je cherchais un réseau professionnel dans lequel je pouvais m'impliquer. J'ai toujours été sensible aux questions en lien avec les femmes et leur ambition, mais je n'étais jamais passée à l'action.

Quand j'ai voulu le faire, la première chose qui m'avait interpellée, c'était leur fonctionnement en silos, de manière assez cloisonnée. Soit on est dans le bon secteur d'activité, soit dans une catégorie bien précise, on a "les femmes de la com", "les femmes de l'assurance", mais il n'y a pas forcément de passerelles. Ou bien il y a des réseaux de femmes au sein d'une même entreprise.

Et ce qui m'interpellait, c'était que certains réseaux étaient réservés à une certaine catégorie, donc les cotisations sont chères, ou d'autres qui ne conviennent pas pour celles qui sont en reconversion par exemple et qui ne sont pas forcément intéressées par le réseau de leur entreprise.

L'idée alors était de créer quelque chose d'assez transversal, de manière verticale au niveau des catégories socio-professionnelles, et de manière horizontale avec la représentation de tous les secteurs d'activité.

L'idée étant de dire que notre force réside dans la différence que l'on peut avoir, et c'est en étant différent que l'on peut avoir de la richesse et de la complémentarité.

Aujourd'hui, on le voit en terme de profil et d'âge, on a aussi bien des étudiantes que des retraités. C'est comme ça que l'ont peut créer les échanges les plus riches.

L'idée était que les femmes ne se sentent pas obligées de rentrer dans une case pour venir s'impliquer. Notre dénominateur commun, c'est vraiment l'ambition des femmes.

Pourquoi organiser les rencontres mensuelles sous forme d'apéro ?

M.N. : Parce que je trouvais cela plus convivial. Cela permet de briser la glace. Nous avons des femmes très différentes, on ne sait pas forcément qui on a en face. Une étudiante a donc la possibilité de côtoyer une cadre dirigeante, qu'elle n'aurait peut-être jamais vue dans un autre contexte si c'était plus professionnel.

Minetou Ndiaye du réseau professionnel féminin Energie Femmes
Minetou Ndiaye du réseau professionnel féminin Energie Femmes

Les affinités se sont créées et le bouche à oreille a fonctionné. Deux marqueurs reviennent. Le premier : elles savent qu'elles vont passer un bon moment. Le deuxième : elles savent qu'elles vont repartir en ayant appris quelque chose.

Ce sont ces éléments-là sur lesquels on travaille. Dans un afterwork, on discute dans un cadre un peu plus informel et plus propice pour se confier sur ses points de faiblesse et recueillir les recommandations des autres femmes.

Est-ce que cela a changé la vie professionnelles des membres d'Energie Femmes ?

M.N. : Il y en a qui sont passées d'une situation pro à une autre, qui sont passées de salariée à entrepreneuse ou dans l'autre sens, plusieurs cas de personnes qui étaient en train de stagner et qui ont finalement eu la promotion qu'elles réclamaient.

Un sujet qui revient souvent, c'est la question des négociations et des augmentations de salaires. Certaines l'ont mise en pratique.

Nous avons la chance d'être un réseau qui rassemble des catégories socio-professionnelles très différentes et surtout tous les domaines d'activité. Ce qui permet de créer de créer des collaboration entre deux secteurs d'activités complémentaires.

Il y a aussi toutes celles qui étaient en reconversion et qui ont plus facilement pu trouver leur voie.

Que faites-vous en plus des apéros mensuels ?

M.N. : On est 300 membres actives, même si la notion de membre est relative parce qu'on veut un engagement et une implication des personnes, plutôt que d'être dans un relevé de compteur.

On a toujours notre afterwork mensuel où nous sommes une trentaine. Ils sont axés sur des sujets qui sont en lien avec l'audace et sur le développement d'un certain savoir-être auprès des femmes actives.

On essaie plus régulièrement, tous les deux mois, d'organiser un atelier concret sur la communication ou la recherche d'emploi par exemple.

Une des soirées du réseau professionnel Energie Femmes
Une des soirées du réseau professionnel Energie Femmes

On parle de numérique. Parce que le numérique, c'est aussi leur empreinte, leur visibilité sur LinkedIn, le fait d'être à l'aise et de communiquer sur les réseaux sociaux. On a aussi collaboré avec le secrétariat du numérique pour le projet femme@numérique, et on aimerait faire plus de partenariats avec des start-ups pour faire des ateliers de codage.

On se retrouve avec un réseau très hétérogène, avec des personnes de 40-50 ans, d'autres qui sont en reconversion, et petit à petit, on fait tomber les barrières qu'elles peuvent avoir. On garde cet aspect concret d'élargir leur réseau, de développer leur savoir-être et d'acquérir des compétences supplémentaires.

Ce qui a été décisif cette année, c'est qu'on a un peu plus formalisé cette existence en devenant une association.

Les adhésions se faisaient auparavant par bouche-à-oreille. Maintenant, c'est plus cadré parce qu'on est beaucoup plus sollicité.

Nous allons aussi faire une à deux fois par an des tables ronde mixtes avec des intervenants. Celle organisée en décembre par exemple parlait d'ambition et de déterminisme. On y parle des aspects de diversité, d'inclusion, de mixité.

L'idée, c'était de passer en revue avec les intervenants les différents déterminismes, qui vont au-delà du milieu social, comme l'âge, la zone géographique, entre ceux et celles qui habitent à la campagne et ceux et celles qui habitent en ville, mais aussi sur les déterminismes entre un secteur d'activité et un genre, avec les sujets techniques chez les femmes.

Ces tables rondes nous permettent de sensibiliser un public plus large et d'aller au-delà de notre zone de confort. Cela fait maintenant trois ans que les maris ou les compagnons de certaines de nos membres les voient partir un jeudi chaque mois, donc c'est l'occasion de les embarquer. Nous sommes dans une logique de construction assez claire du leadership et de l'ambition qui est saine.

On est resté un réseau féminin pour une raison précise qui est que cela permettait de libérer la parole quand on parle de leadership, ou d'éléments où nos membres ne sont pas forcément à l'aise. C'est plus simple d'en parler entre femmes.

Mais c'est intéressant de faire intervenir d'autres acteurs qui font bouger les lignes et de le faire une à deux fois par an.

Ils et elles ne viennent pas juste refaire le monde, mais nous expliquent "sur tel sujet, voilà le problème que j'ai rencontré, voilà comment je l'ai résolu".

Avez-vous parlé de #MeToo et #BalanceTonPorc à l'occasion des afterwork ?

M.N. : On a fait du #MeToo avant, mais au travers d'autres thématiques. Chaque année dans le planning, il y a un sujet qui revient, c'est la négociation et le fait de savoir parler d'argent, de savoir refuser et dire non, et de s'imposer.

Avec la vague de #MeToo, elles ont pu collecter des conseils sur des aspects concrets comme "comment je m'impose", "comment je refuse", "comment je mets des limites". On sentait qu'il y avait cette question là en filigrane.

Après, à deux ou trois reprises, j'ai pris la parole, pas pour libérer leur parole parce qu'elles le faisaient déjà, mais juste pour redire qu'un harcèlement, c'est un harcèlement, que cela soit dans le cadre pro ou privé. Il faut mettre des mots sur la chose, et dès qu'on tourne autour du pot, c'est qu'il y a un problème.

Après c'est, comment je fais en sorte, au-delà de l'aspect victime, dans le cadre professionnel, je continue à garder mon leadership. Si je me fais harceler et que je gère une équipe, il ne faut pas que je perde en crédibilité. En gros, comment je le gère ?

Quels sont vos projets pour 2019 ?

M.N. : Le projet pour 2019 et de publier un livre blanc qui reprendrait toutes nos synthèses, tous nos conseils pratiques, que nous avons développés pendant trois ans.

Il y a eu 36 rencontres sur des sujets spécifiques et à chaque fois, une synthèse de conseils a été produite. L'idée serait de faire un document dynamique avec les retours d'expériences.

On est en train de consolider ce qu'on a en Île-de-France, et de l'étendre dans les grandes villes françaises, et pourquoi pas le développer à l'international.

Le message que je veux faire passer maintenant que nous sommes une association, c'est que l'on peut faire des choses importantes, utiles et structurantes même sans rien en étant basé sur le partage, la bienveillance et le concret.

Si j'arrive à avoir quinze femmes tous les mois qui repartent en me disant que c'est plus clair pour elles et qu'elles vont appliquer ces conseils, ça me va très bien.

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