Pourquoi le féminisme de Nicki Minaj n'a rien à envier à celui de Simone de Beauvoir

Nicki Minaj au MET Gala de New York en mai 2019
Nicki Minaj au MET Gala de New York en mai 2019
Dans cette photo : Nicki Minaj
Source de propos dénigrants et misogynes, l'hypersexualisation de la rappeuse Nicki Minaj, qui vient d'annoncer sa retraite, dérange. Et pourtant... Zoom sur une figure inspirante.
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Elle est l'une des rappeuses les plus écoutées dans le monde. Sur Instagram, Nicki Minaj, qui a annoncé ce jeudi 5 septembre mettre un terme à sa carrière pour se concentrer sur sa vie de famille, compte 106 millions d'abonnés. Pourtant, c'est souvent de son postérieur que les gens préfèrent parler.

Connue pour certains titres phares comme Starships ou Super Bass, l'artiste de 36 ans l'est aussi pour son apparence hypersexualisée. Ses vêtements sont moulants et mettent en valeur ses formes. La chanteuse remue volontiers ses fesses sur scène, comme dans ses clips. Sauf qu'à l'inverse de "Miley Cyrus dont le twerk serait gentiment subversif, celui de Nicki Minaj serait, lui, carrément pornographique", soulève le média dédié aux cultures urbaines Yard.

Dénigrée pour son attitude de "salope", elle est aussi souvent accusée d'instrumentaliser son corps à des fins marketing. Les insultes et les remarques sexistes dont elle a été la cible au moment de la publication d'une photo d'elle accroupie en string pour la promotion de son titre Anaconda, en 2014, étaient telles qu'elles l'ont contrainte à décaler la sortie du single.

Tandis que certains s'efforcent de la discréditer, d'autres voix s'élèvent et soulignent, au contraire, à quel point la démarche de l'artiste est féministe. La journaliste Johanna Luyssen, dont le livre Les 30 féministes que personne n'a vus venir est sorti en 2015, est de celles-ci. Dans cet ouvrage, nulle Olympe de Gouge, nulle Simone de Beauvoir. Non pas par snobisme de l'autrice mais plutôt pour dépasser ces figures tutélaires et regarder le reste du monde d'un nouvel oeil.

"Mon cul m'appartient"

Interrogée par Le HuffPost, elle n'hésite pas à défendre le clip du morceau Anaconda de Nicki Minaj. Elle reconnaît avec humour que la chanteuse "ne se pose pas comme une figure intellectuelle de premier plan", certes. Ceci étant, "le féminisme de [la rappeuse] nous dit ceci : mon cul m'appartient." "Ce n'est qu'un personnage qu'elle incarne, qui se joue des clichés du hip-hop pour mieux les détourner", précise-t-elle à BFMTV.

Le clip d'Anaconda de Nicki Minaj
Dans cette vidéo : Nicki Minaj

Cette transgression ne s'arrête pas là. Régulièrement moquées dans la vie de tous les jours, mais aussi au cinéma ou dans les séries, les femmes noires en surpoids sont victimes aussi bien de racisme, que de misogynie et de grossophobie, rappelle cet article du site Mic. L'exemple de la "mama" est une illustration parfaite de la caricature qui est faite d'elles.

Nicki Minaj a des formes. Ces rondeurs, elle a décidé de les imposer plutôt que de les cacher. Au-delà de la redéfinition des critères de beauté à laquelle elle contribue, elle participe aussi à mettre un terme à ce mythe colonial qui a longtemps sexualisé, fétichisé et fantasmé l'excès de chair des femmes noires.

C'est son corps. Elle en fait ce qu'elle veut. "Arrêtez de regarder mon cul [...]. Je ne veut pas coucher avec vous, j'en ai rien à foutre de votre ex. Je ne veux même pas recevoir un texto de vous tous", lance la rappeuse dans son titre Lookin Ass en 2014.

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