Quelles sont les marques qui profitent du travail forcé des Ouïghours ?

Textile, technologie, sports... Des usines visées par un rapport accablant.
Textile, technologie, sports... Des usines visées par un rapport accablant.
"Ouïghours à vendre". Selon un rapport aussi massif qu'accablant de l'Institut australien de stratégie politique, la Chine exploiterait depuis au moins trois ans des dizaines de milliers de membres de la minorité musulmane ouïghour au sein de ses usines. Quelles sont les marques qui profitent de ce travail forcé ?
A lire aussi

"Quel est notre monde si on peut y perpétrer en toute impunité des crimes contre l'humanité ? Est-ce qu'on veut d'un monde où les multinationales utilisent les travailleurs forcés Ouïghours via les fournisseurs chinois ?". Ces mots de l'essayiste et député européen Raphaël Glucksmann disent sans détour une vérité qui dérange. Aujourd'hui, nombreuses sont les associations et ONG à dénoncer les conditions de vie des Ouïghours.

Conditions de travail, ou plutôt travail forcé. "Des usines recourent au travail forcé des Ouïghours dans le cadre d'un mécanisme de transfert encadré par l'État chinois, ce qui entache les chaînes de production à l'échelle mondiale", fustige en retour l'Institut australien de stratégie politique dans un rapport d'une cinquantaine pages relaté par L'express. Selon les recherches de ce centre de réflexion, ce sont des dizaines de milliers de membres de la minorité musulmane ouïghour qui, depuis trois ans au minimum, seraient exploités au sein d'usines chinoises.

Des usines qui fournissent pas moins de 83 grandes marques mondiales. Parmi elles ? BMW, Volkswagen, Apple, Sony, Samsung, Microsoft, Adidas, Lacoste, Nike, Uniqlo, H&M, Alstom, Huawei, Oppo... La liste est évidemment vertigineuse. Et accablante. A l'instar du nom de ce rapport : "Ouïghours à vendre".

Un scandale mondial

Plus précisément, ce sont pas moins de 80 000 Ouïghours qui auraient été exploités au sein de ces usines entre 2017 et 2019, comme l'énonce le journal Libération. Parmi les grandes marques concernées, certaines sont françaises. De quoi suscite l'indignation de l'ONG l'Ethique sur l'étiquette et de sa coordinatrice Nayla Ajaltouni. "Nous attendons du gouvernement français qu'il dote la puissance publique de moyens de contraintes", explique cette dernière au média, en appelant au renforcement à l'international d'un véritable "plan de vigilance". Une vigilance qui concerne autant les conditions de travail que le respect fondamental des droits de l'homme.

Colère à l'unisson dans les paroles de la députée LREM Coralie Dubost, pour qui il est grand temps d'arrêter "de se vêtir dans l'indignité et la maltraitance". Mais alors que le temps est clairement à l'urgence, les réponses des multinationales "restent bien timides", déplore encore Libération. Seuls des mastodontes comme Lacoste, Adidas et H&M ont annoncé leur volonté de cesser toute relation avec ces usines et productions. On attend toujours les réactions - et actions - de Ralph Lauren, The North Face, Victoria's Secret, Calvin Klein, Gap...

Alors que Nayla Ajaltouni s'inquiète d'une perduration "des violations des droits humains" sans réponses juridiques fortes et immédiates, la Chambre des représentants des Etats-Unis affirme quant à elle interdire la "plupart" des importations en provenance de la région de Xinjiang, par le biais d'un projet de loi récemment voté. Les esprits s'éveillent, oui, mais (trop) lentement encore. Le rapport de l'Institut australien de stratégie politique, qui prend aussi bien à parti des usines de prêt à porter que des entreprises technologiques, en appelle désormais "à conduire des enquêtes immédiates et approfondies dans les usines de Chine". Après les mots, les actes ?