"Je ne suis pas prêt à m'engager" : excuse bidon ou vraie raison ?

"Je ne suis pas prêt à m'engager", info ou intox ?
"Je ne suis pas prêt à m'engager", info ou intox ?
Le classique "je ne suis pas prêt à m'engager" a de quoi rendre dingue tant la phrase qui met fin à un semblant de relation est populaire. Info ou intox ? On a mené l'enquête.
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Si j'avais mis un euro de côté à chaque fois qu'on m'a dit "Déso, je suis pas prêt pour quelque chose de sérieux, on arrête de se voir", je vivrais certainement autre part que dans un 18 m² sous les combles.

Pour celles qui ont été assez bénies par le ciel pour être passées entre les mailles du filet de la galère sentimentale, il s'agit d'une porte de sortie souvent employée par ceux - la tendance est principalement masculine - qui souhaitent s'extirper d'une pseudo relation sans devoir se justifier plus que ça. Un "C'est pas moi, c'est toi" amélioré et moins old school, en somme. Mais qui commence à sévèrement frôler le cliché.

L'anecdote la plus rageante que j'ai eu le bonheur de vivre fut celle où mon propre pote, qui avait suivi mes déboires amoureux liés aux soi-disant problèmes d'engagement des mille partenaires précédents, m'a envoyé la même chose alors qu'on avait commencé à flirter sérieusement.

Le mec savait donc que je ne m'étais tapé que des dates en carton qui me lançaient l'excuse comme on peut dire bonjour. Il savait aussi très bien ce que j'en pensais, et pourtant, dans toute sa sérénité masculine, il m'a délivré un speech digne des Oscars à base d'arguments qui ne tenaient évidemment pas debout pour conclure par "et donc... je ne suis pas prêt à vivre une relation maintenant". Lol. Le penthouse me tendait les bras.

En réfléchissant à cette histoire quelques mois plus tard, alors que j'avais enfin mis la main sur ma perle "prête à s'engager", je me suis demandée si balancer une phrase du genre pour mettre fin à une fréquentation revenait à éviter de dire qu'on ne lui plaisait pas assez, ou s'il s'agissait d'un problème plus profond.

En gros, est-ce que quelqu'un qui nous sort qu'il n'est pas prêt est-il réellement phobique de l'engagement, ou se fout-il carrément de notre gueule ? Une enquête méritait d'être menée.

"Tu feras l'affaire jusqu'à ce que je trouve la bonne"

Pour Saverio Tomasella, interrogé par Biba, il s'agit d'une raison plutôt que d'une excuse. Le psychanalyste évoque notamment que derrière cet état se cacherait la "peur de l'abandon, à cause d'une histoire qui s'est mal terminée, de parents absents... La différence avec les femmes ? Les hommes parlent peu, leur peur ne s'évacue pas et peut les pousser à faire marche arrière, même s'ils sont amoureux".

La filiation, c'est aussi ce qu'implique Gérard Leleu, sexologue, lors d'une interview pour Elle : "En toute femme aimée, l'homme recherche une mère : une part de lui attend un amour fusionnel et inconditionnel. Mais, en même temps, il a peur de retomber sous l'emprise d'une femme toute-puissante qui peut l'engloutir dans son amour ou l'abandonner. Lui qui cherche un objet d'amour semblable à sa mère se met alors à le fuir : il redoute toute relation fusionnelle, craint l'intimité, appréhende de s'engager...". L'éternel Œdipe freudien.

Mais l'engagement, c'est aussi prendre ses responsabilités et assumer sa relation avec quelqu'un pour un bon moment, ou du moins c'est ce qu'ils imaginent - la plupart du temps, on ne demande pas vraiment plus que de voir où ça mène avec une once de respect. Et ça, ça fait flipper. Alors plutôt que d'affronter ses propres démons, la fuite paraît salvatrice. Ça se tient.

Sauf que dans certains cas très présents, celui qui ne voulait pas s'engager (titre probable d'un épisode de Friends) finit par trouver chaussure à son pied deux semaines après nous avoir larguée à la table d'un bistro décrépit, sans même payer notre Coca Zéro. Et puis ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants... alors que la notion même du couple lui filait la nausée un mois plus tôt.

Le site américain Elite Daily a posé la question sur Reddit, et si certains utilisateurs vont dans le sens du mal être, d'autres expliquent clairement ce qu'on redoutait comme la peste : ce n'est pas lui, c'est bien nous. "S'il t'aimait vraiment à ce point, il serait prêt à [passer le pas]. C'est ce que j'ai dit à toutes les filles à qui j'ai parlé jusqu'à ce que j'en rencontre une que je jugeait assez spéciale pour une relation." Ou un autre de répondre un simple et glaçant "Pas intéressé", sous entendu par notre personne.

Et puis parce que la classe n'a pas de limite :"C'est une belle façon de dire qu'on peut être amis ou coucher ensemble, mais que je ne suis pas prêt à m'engager avec toi. Je cherche autre chose chez une femme, mais tu feras l'affaire jusqu'à ce que je la trouve." L'amour en 2019.

Non pas que les femmes n'aient pas leur lot de techniques douteuses niveau lâcheté amoureuse (le ghosting n'a pas de genre), mais on se prend en général moins la tête pour ce qui est de voir de quoi l'avenir sera fait.

Surtout, quand s'engager signifie seulement passer du temps et développer des sentiments avec une personne que l'on voit de façon exclusive, on ne se sent pas directement prise au piège dans un traquenard sans issues de secours. Ou alors on dit clairement que l'affaire semble compromise par un manque évident de réciprocité.

La vérité blesse, certes, mais elle permet aussi de couper les ponts pour de bon. Un autre point de non-retour qui effraie sûrement nos interlocuteurs. En particulier quand ils souhaiteraient garder leurs options ouvertes, et potentiellement nous rappeler deux mois plus tard un soir de disette sexuelle.

En fin de compte, les deux hypothèses sont plausibles. A la seule différence qu'un mec qui fuit malgré ses sentiments saura être ramené à la raison, contrairement à son confrère moins honnête - qui lui sera hermétique à toute forme d'empathie ou tentative de le rassurer. Une peste à éviter de toute urgence.