6 poétesses françaises à découvrir absolument

Entre vers éparpillés sur le web et métaphores inscrites noir sur blanc au fil des pages, les poétesses se jouent désormais aussi bien des modes de diffusion que de la forme littéraire. Preuve en est que la poésie n'est pas morte, loin de là. Démonstration par six.
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La poésie est partout sur Instagram. Comptes de création et de recommandations littéraires valorisent cet art en permanente renaissance : on pense par exemple aux publications stimulantes de poesia_feminine (qui met en avant les poétesses), A quoi bon les poètes (et ses belles photos) ou encore Poèmes du jour.

Mais la plateforme permet aussi aux poétesses d'aujourd'hui de s'exprimer. Blogs, réseaux sociaux et parutions en librairies constituent les différents terrains de créations des poétesses françaises actuelles. Tour à tour romantiques, lyriques, spleenétiques et expérimentales, ces créatrices bien souvent aussi douées pour la prose que pour les vers rendent notre quotidien plus léger, imagé, mélodieux, le recouvrent de volupté et de nuances.

Des bienfaits dont peuvent se targuer ces six poétesses françaises contemporaines.

Cécile Coulon

C'est au gré d'opus remarqués (Une bête au Paradis, sacré par le Prix littéraire du Monde) mais aussi de publications Facebook et Instagram régulières que Cécile Coulon partage son talent de mise en images du monde. Du web au papier, et de la prose aux vers, la lauréate du Prix Guillaume Apollinaire envoûte par son langage volontiers romantique, où s'enlacent mélancolie douce et art exigeant de la métaphore bien sentie.

Au sein de ses poèmes s'observe notamment une célébration du sentiment amoureux, mise en valeur dont le lyrisme et la justesse ne sont pas sans évoquer le style d'un certain Paul Eluard. Comme une douceur de vivre. Démonstration en mots : "Maintenant que je sais ce que cela fait / d'être renversée par deux grands yeux la nuit / je me couche en travers des fantômes / tu ressembles à des mots sacrés / que plus personne ne dit".

Valérie Rouzeau

Poétesse et traductrice, Valérie Rouzeau est passionnée par les strophes de Sylvia Plath et Emily Dickinson, noms majeurs du genre (elle a même adapté dans notre langue certaines de leurs oeuvres). Sa poésie à elle est tout aussi saluée : elle fut notamment couronnée par les prix Guillaume-Apollinaire et Robert Ganzo (grand poète d'origine vénézuélienne).

En explorant ses recueils de poésie comme Vrouz (publié aux Editions Table Ronde), on apprécie particulièrement la musicalité de ses mots, toujours aussi rythmés, même pour dire la plus limpide des banalités. Ce sont ces détails de la trivialité que l'on apprécie tant en lisant de la poésie - celle de Jacques Prévert par exemple.

Nathalie Quintane

Nathalie Quintane est de ces plumes hybrides que l'on pourrait dire indéchiffrables. Dans son dernier opus poétique, Un hamster à l'école (Editions La fabrique), l'artiste dresse un portrait de l'Education nationale... à sa façon. En valorisant un type de poésie de l'ordinaire mais aussi une écriture expérimentale, déconstruisant les phrases, se jouant de la forme littéraire et de ses narrations conventionnelles.

Avec Un hamster à l'école, cette ancienne enseignante se réapproprie l'écrin du romanesque pour mieux le renverser à renforts de rejets et d'enjambements. Une liberté stylistique qui fait le sel même de la poésie. L'écrivaine revient d'ailleurs volontiers sur cet art exigeant et polyphonique dans son livre Ultra-Proust : Une lecture de Proust, Baudelaire, Nerval (Editions La Fabrique, 2018).

Camille Loivier

Le langage, Camille Loivier en use autant en poétisant qu'en traduisant – du chinois et du japonais notamment. Grande connaisseuse de la poésie taïwanaise, elle privilégie dans des recueils comme Éparpillements et Joubarbe des strophes légères comme des haïkus, traversées de vers rêveurs et aériens, flottants comme des songes.

Idéal pour s'évader. Et percevoir, derrière la mélancolie sourde, une forme d'apaisement bienvenu. "J'ai la sagesse de ne plus croire / ce monde éphémère / et de m'y accrocher / avec les ventouses du lierre / je ne connais plus ni l'angoisse / ni le spleen / ni dépressive ni mélancolique / le chapelet que je porte gravé d'amidôfu / ne sera jamais lisse / et ne m'attache / qu'à toi." (La Terre tourne plus vite, 2016).

Hélène Barrow

Poète et photographe, Hélène Barrow déploie notamment son langage vivace sur sa page Instagram. Pour l'artiste, clichés comme vers permettent à l'unisson de convoquer une forme de "puissance secrète", de celle qui émane "des songes, des souvenirs enfouis, d'enfance, de paradis perdus", écrit-elle sur son site personnel.

Un style forcément très sensoriel qui nous rappelle la qualité première de la poésie, à savoir sa force d'évocation, qui sait si bien se jouer de nos sens comme de nos sentiments.

Exemple : "Tu as joué au soleil / dans l'enfance-ferveur / de bruits de portes qui claquent / et de seaux qui cognent les puits". On s'y croirait.

Kiyémis

Blogueuse et poétesse afroféministe, Kiyémis est une jeune autrice de 28 ans aux nombreux combats, des luttes antiracistes à la défense de l'égalité des sexes et du féminisme intersectionnel. S'autoproclamant "Afropéenne qui fait du bruit", on peut retrouver ses écrits en librairies (A nos humanités révoltées, Editions Metagraphes) et sur son blog, Les bavardages de Kiyémis.

En temps de couvre feux, on apprécie particulièrement ses créations intimistes. Elles ponctuent son compte Instagram, plateforme où la poésie vient illuminer un monde d'après des plus ternes.

On la lit : "C'est dans le secret / de nos brouillons / de nos ratures / de nos aventures / avortées / de nos carrières / abandonnées / de nos pages blanches / désertées / de nos erreurs / de nos échecs... / c'est dans le secret / de nos efforts / et de nos deuxièmes fois / de nos troisièmes fois / de nos centièmes fois / Que résident nos humanités".