Le gouvernement polonais profite du Covid pour faire passer sa loi anti-avortement

Une mobilisation contre l'interdiction de l'avortement à Rybnik, jeudi 28 janvier 2021.
Une mobilisation contre l'interdiction de l'avortement à Rybnik, jeudi 28 janvier 2021.
Malgré une mobilisation populaire considérable à l'automne, le gouvernement polonais a décidé de faire la sourde oreille. Mercredi 27 janvier, l'Etat a finalement voté sa loi anti-avortement, interdisant quasi totalement aux femmes d'avoir recours à la procédure.
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Les manifestant·e·s étaient plus de 400 000, fin octobre, à sortir dans les rues de nombreuses villes pour témoigner de leur colère face à la décision du Tribunal constitutionnel de Pologne. En cause : l'adoption d'une restriction quasi totale de l'avortement, soutenue par le gouvernement ultra-conservateur en place.

La loi visait ainsi à ce que la procédure devienne illégale en cas de graves malformation du foetus, et seulement autorisée lorsque la grossesse résultait d'un viol ou d'un inceste, ou lorsque la mère était en danger de mort. Un projet qui revenait à interdire 98 % des IVG pratiquées dans le pays. Et à limiter toujours plus les droits des femmes à disposer de leurs corps.

Face à la mobilisation nationale, le Premier ministre Mateusz Morawiecki avait suspendu la décision controversée pendant trois mois, faisant espérer une sorte de compromis. Mais ce mercredi 27 janvier, le sort de milliers de Polonaises a finalement été scellé, puisque le pays a supprimé de manière officielle ce qu'il juge comme un "avortement eugénique" et incompatible avec la Constitution.

"Une décision cruelle"

Les associations et les opposant·e·s du parti au pouvoir, le nationaliste et ultra-catholique PiS (Droit et Justice), sont formels : c'est un jour sombre pour la Pologne. Désormais, après Malte où l'IVG est complètement interdite, la Pologne est le pays de l'Union européenne où le droit à l'avortement est le plus restreint, rappelle en outre Courrier International.

"Cette décision préjudiciable porte atteinte aux droits sexuels et reproductifs des femmes enceintes et met leur santé en danger", dénonce Esther Major, conseillère principale en matière de recherche à Amnesty International. "Nous sommes solidaires des femmes et des jeunes filles en Pologne et partageons leur indignation face à cette décision cruelle".

Le médiateur polonais pour les droits de l'homme Adam Bodnar, qui dirige l'une des rares institutions du pays à rester indépendante du gouvernement, s'insurge lui aussi contre la terrible nouvelle que représente cette législation pour les Polonaises. "L'État veut limiter davantage leurs droits, risquer leur vie et les condamner à la torture", fustige-t-il auprès du Guardian. "La société civile s'oppose à cette offensive".

Et si, à en lire le tweet de la députée de gauche Wanda Nowicka, engagée pour les droits des femmes en Pologne, le gouvernement n'a "pas encore gagné sa guerre" contre celles-ci, il semble avoir bel et bien misé sur la lassitude face à cette question et sur le maintien des mesures liées au coronavirus pour atténuer toute nouvelle vague de protestation. Dès mercredi soir, les manifestant·e·s se sont rassemblé·e·s à Varsovie et dans d'autres villes, mais en bien moins grand nombre qu'à l'automne, rapporte le quotidien britannique.

Chaque année, dans l'Etat d'Europe de l'Est, les organisations féministes estiment à 200 000 le nombre d'avortements clandestins ou réalisés à l'étranger. Un chiffre qui, au vu de cette dernière actualité tragique, devrait croître.