Ovidie a défrayé la chronique avec son livre à succès, et sa pièce, sur la grève du sexe. Son nouveau opus est sorti : il s’appelle Slut Shaming et s’attaque à la putophobie, la “haine des putes” et plus globalement, l’emploi de ce terme pour juger la sexualité des femmes - et plus encore la "sexualité supposée" de celles-ci.
Ovidie, c’est une grande voix de la cause féministe en France. Ancienne actrice X, très vite passée à l’écriture il y a plus de 20 ans de cela, l’essayiste pro-sexe n’hésite jamais, à l’instar de Zahia Dehar, à dénoncer la misogynie qui pèse sur les femmes dont les tenues, les propos, les mœurs supposés, la sexualité, sont jugés inconvenants. Les “sales p*tes” comme l’énoncent les mascus.
Vous avez l’idée : les femmes, très jeunes déjà au cours de leur vie, sont jugées, et condamnées, selon le regard des hommes. Elles ne font jamais l’amour ou ne sont pas assez “féminines” ? Elles sont raillées. Elles sont “trop féminines” ou “trop sexy” ? Elles sont insultées, et le même terme revient : “sal*pe”, “p*te”, c’est à dire “slut” : d’où l’intitulé de slut shaming, la honte d’être p*te, comme l'énoncent en tout cas les misogynes.
Voilà précisément ce que dénonce Ovidie avec force dans l’interview à retrouver ci-bas, on l’écoute : “Quand on est une putain, aux yeux des gens, on reste toujours une putain…”
Ovidie a des mots suffisamment puissants pour exprimer l’envergure des violences subies par les femmes. Lesquelles depuis la nuit des temps sont jugées sur leur sexualité.
A Konbini, elle développe son manifeste, à retrouver en librairies, et qu’elle mot ainsi en mots : “Aux yeux des gens quand tu es une putain, tu ne peux pas devenir mère, dès que tu dévoiles ton corps, ça vient annihiler tout le reste, du cinéma à la mode, partout !”
Une certaine critique, très incarnée (Ovidie étant une ancienne TDS, pour travailleuse du sexe) du slut shaming, qui bien souvent d’ailleurs, engendre du victim blaming. C’est à dire que si une femme considérée comme une “fille facile”, ou une femme qui se “montre trop”, est victime de violences, on va juger sa tenue, ses comportements. Jamais l’agresseur. On dira que la femme et victime en question l'a "bien cherchée" : c'est une inversion nette du rapport entre victime et coupable, qui alimente considérablement la culture du viol, l'euphémisation des violences sexuelles.
Écoutons l’autrice. Mais aussi une autre artiste engagée, Zahia Dehar, qui disait à ce sujet : "On met les femmes dans des catégories et les femmes qui ont le malheur d’être dans cette catégorie de "mauvaises femmes", dans ces cas-là, la société leur fait payer un prix qui est énorme, qui est horrible. Moi jusqu'à présent personne ne m'a donné d'explication rationnelle à ce sujet : pourquoi être une p*te c'est mal, pourquoi être une traînée c'est mal... ".
Ovidie, toujours : “Une femme qui se dénude ça fascine les gens. Et juste derrière il y a une volonté de la punir pour ça. On dénigre les femmes pour leur sexualité, présumée ou réelle. C’est toujours l’acte supposé qu’on nous fait payer, on est juste déshumanisées”
Edifiant. Une prise de parole qui a réveillé quelques misogynes dans les commentaires mais à l’heure de la montée du masculinisme, s’avère d’autant plus intime et politique.