Qui était Rosetta Tharpe, la grand-mère badass du rock'n'roll ?

Rosetta Tharpe, la grand-mère badass du rock'n'roll
Rosetta Tharpe, la grand-mère badass du rock'n'roll
Elle a participé activement à l'émergence du rock'n'roll à la fin des années 50 en influençant Chuck Berry, Elvis Presley ou encore Little Richard. Portrait de Rosetta Tharpe, la marraine du rock'n'roll qui aurait eu cent ans cette année.
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De Rosetta Tharpe, le grand public ne connaît pas grand-chose. Tout juste est-il peut-être au courant qu'elle a été, de la fin des années 30 à sa mort, en 1973, l'une des plus brillantes femmes guitaristes de sa génération. Pourtant, l'héritage qu'elle a laissé à la musique contemporaine est incroyable.

D'Elvis Presley à Muddy Waters, en passant par Chuck Berry, Little Richard et Johnny Cash, tous ont été influencés par cette grande musicienne qui n'avait pas peur de se confronter à l'univers masculin, et parfois machiste, du rock'n'roll.

Une prodige de la guitare

Rosetta Tharpe lors d'un concert à Cardiff, en Angleterre
Rosetta Tharpe lors d'un concert à Cardiff, en Angleterre

Rosetta Nubin naît en 1915 dans une plantation de coton de l'Arkansas et baigne dès son enfance dans l'univers de la musique. Sa mère, prédicatrice, jouait de la mandoline au sein de la COGIC (Church of God in Christ), une église où le chant et la danse sont considérés comme des moyens privilégiés d'expression de sa foi et qui encourage le ministère des femmes. Initiée très tôt par ses parents à la guitare, la petite Rosetta développe rapidement un don pour le chant. À six ans, la fillette chante déjà dans la troupe évangélique de sa mère et la suit dans sa tournée des églises du Sud des États-Unis.

Lorsque sa mère déménage à Chicago, Rosetta la suit et devient une figure de la communauté religieuse de la ville. Sa voix puissante et son talent inné pour la guitare en font l'une des principales attractions des concerts organisés par son église. Mariée en 1934 à l'âge de 19 ans avec un prédicateur de la COCIC, elle se sépare de lui quatre ans plus tard mais conserve son nom d'épouse. Désormais connue sous le nom de Sister Rosetta Tharpe, elle déménage à New York et fait la connaissance de John Hammond, un découvreur de talents qui lui fait immédiatement une place au sein de son spectacle "Spirituals to Swing" au Carnegie Hall. Parallèlement, Rosetta signe un contrat chez Decca Records, qui lui fait enregistrer "This Train" avec l'orchestre jazz de Lucky Millinder. Le succès ne se fait pas attendre. Sa version habitée et groovy de ce standard de Thomas Dorsey, sublimée par sa voix chaude de crooneuse devient un hit, tout comme "Rock me", qu'elle enregistré à la suite.

"This Train" par Rosetta Tharpe

Mais c'est son "Strange Things Happening Everyday" qui lui vaut véritablement le succès. Dès sa sortie, la chanson se classe à la deuxième place des charts Billboard R&B en 1945. Une première pour une chanson religieuse.

Malgré la fulgurance du succès de ses chansons aux paroles religieuses, Rosetta Tharpe décide d'élargir son répertoire aux chansons laïques. Accompagnée de la chanteuse de gospel Marie Knight, elle part en tournée à travers les États-Unis et devient si populaire que 25 000 personnes ont déboursé de l'argent pour assister à son union avec son troisième mari Russell Marrisson au Griffith Stadium de Washington DC en 1951.

Mais son incursion dans la musique laïque a aussi valu à Rosetta Tharpe de nombreuses critiques de la part de certains fans, déçus de la voir renoncer à son identité chrétienne. En 1951, la musicienne est lâchée par Marie Knight, partie faire carrière en solo et sa notoriété commence à décroître aux États-Unis. Elle part alors en tournée en Europe, chante en compagnie de Muddy Waters et d'Otis Spann jusqu'à ce qu'un accident vasculaire cérébral lui fasse totalement arrêter la scène au début des années 1970. Elle s'éteint le 9 octobre 1973 à Philadelphie la veille de l'enregistrement d'un nouveau titre. Elle avait 58 ans.

Une femme forte et un esprit libre

Musicienne d'exception qui a grandement contribué à façonner le rock'n'roll des années 50, Rosetta Tharpe a vécu sa vie avec audace, osant jouer de la guitare avec ses tripes à une époque où les guitaristes féminines étaient extrêmement minoritaire. C'était aussi une chanteuse hors pair, à la voix puissante et maîtrisée, qui n'a rien à envier à celle d'Aretha Franklin. Mariée trois fois, elle n'a jamais renoncé à son indépendance et à ses valeurs, quitte à s'aliéner une partie de son public, qui lui en a voulu de se détourner un temps du répertoire religieux qui l'a fait connaître.

Largement mis en sourdine, son statut d'icône noire et féminine de la musique rythm'n'blues est heureusement de plus en plus reconnu. Des girls groups du Brill Building et de la Motown dans les années 60 à Tina Turner, jusqu'à Beyoncé aujourd'hui, Rosetta Tharpe a ouvert la voie à d'innombrables musiciennes en leur prouvant qu'être une femme n'empêchait en rien de swinguer comme une déesse. Il n'y a qu'à regarder Rosetta interpréter "That's All" pour s'en convaincre.

"That's All" par Rosetta Tharp