Judith Godrèche vient de sortir son dernier livre, Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux. Elle y revient sur sa relation abusive avec le cinéaste Benoît Jacquot, la misogynie inhérente au monde du cinéma français, la silenciation des victimes, les agressions sexuelles dont elle fut victime et la façon dont le milieu du septième art a complètement banalisé l'emprise hégémonique des metteurs en scène.
L'an dernier, Judith Godrèche avait porté plainte contre le cinéaste Benoît Jacquot, pour "viols avec violences sur mineur de moins de 15 ans commis par personne ayant autorité".
L'actrice avait dénoncé des "violences sur mineur de moins de 15 ans commis par personne ayant autorité" mais également "une entreprise de prédation", ainsi que des violences physiques, sexuelles, psychologiques diverses".
“L’idée de séparer l’homme de l’artiste est une blague absolue.”, clashe sans concessions auprès des Inrockuptibles la comédienne, qui de Télérama au Monde, a maintes fois fustigé les violences présumées dont elle accuse Benoît Jacquot, certes, dès son plus jeune âge (quatorze ans, quinze ans), mais également, un autre cinéaste emblématique des années 80 et 90 : Jacques Doillon. Des faits sur lesquels elle revient abondamment dans cet opus qui promet de bouleverser cette rentrée littéraire hivernale.
« L’écriture, c’est l’endroit de ma vie où toutes les pièces du puzzle se retrouvent », confie également dans une interview fleuve à retrouver dans le dernier numéro de ELLE, dont elle fait la Une, celle qui comme l'énonce à très juste titre la revue historique est devenue "l’une des icônes du mouvement #MeToo".
"En creux, elle explore la façon dont le milieu du cinéma protège les prédateurs, la manière dont les deux hommes l’ont dépossédée de ses écrits et de sa créativité, le système d’emprise dont elle a été la victime et l’importance de défendre à tout prix le droit des enfants", observe dans les pages des Inrockuptibles la critique littéraire Pauline Le Gall.
Judith Godrèche elle-même a consacré un long échange aux Inrocks.
Où elle revient notamment sur le choix d'une forme littéraire très éclatée, façon puzzle, pour raconter les violences dont elle affirme avoir été victime des années durant.
"Cette forme de puzzle fait écho à la destruction dont j’ai été victime dans ma jeunesse. L’écriture reflète ce que cette destruction a pu faire à cet être structuré, mais encore en construction que j’étais. Et elle porte en elle l’idée d’une réparation.", y développe-t-elle notamment. A retrouver sur le site des Inrockuptibles.
Et ce n'est pas tout. L'artiste, qui est également metteuse en scène et scénariste, puisqu'on lui doit la réjouissante série Icon of French Cinema diffusée il y a deux ans sur Arte, s'interroge plus longuement sur la perduration desdites violences sur la scène artistique, près d'une décennie après les prémices de la révolution #MeToo.
Alors, que faire ? Se lever et se casser, à l'unisson de Virginie Despentes se référant au geste d'Adèle Haenel lors des César 2020 ? Plutôt, tenir bon, et tenir tête. Comme Judith.
Récemment encore, signe qu'elle dérange un peu trop les mascus, la comédienne était victime de menaces et d'intimidations s'étalant jusqu'aux murs de son immeuble, des menaces de viol émises à l'encontre d'elle et de sa fille.
La comédienne lançait l'alerte dans son dernier post très relayé : "La violence et la lâcheté, toujours. Venir tagguer en pleine nuit des insultes pour m’intimider, et pire, s’en prendre à mes enfants, ma famille. Quelle genre de personne faut-il être pour faire cela ? Une plainte a été déposée. À un moment ou à un autre, il leur faudra assumer leurs actes, à la lumière du jour."