Plus le droit de voyager seule, de voyager tout court, de déclamer de la poésie (oui), d’étudier à l’université, de s’épargner le contrôle d’un tuteur, de se séparer du voile, de manifester. On pourrait poursuivre ainsi sans discontinuer la liste des oppressions faites aux Afghanes.
Et certaines tutoient une absurdité toute orwellienne. Dernier volet dans cette longue saga de retour en force du système le plus patriarcal qui soit, depuis 2020, une nouvelle loi : celle-ci se dédie aux violences conjugales et plutôt que de les condamner, s’exerce à les banaliser.
On vous raconte tout en détails.
En Afghanistan, les victimes n’ont jamais été aussi silenciées. Pourquoi ? Car on leur refuse l’appellation-même de victime. On tutoie ici l’un des essentiels des sociétés totalitaires : la mise en silence du langage, sa négation et sa manipulation sémantique.
De fait, ce sont aujourd’hui les violences conjugales, ou plutôt leur négation, justement, qui se retrouvent dans le viseur. Une nouvelle loi éteint toute possibilité de poursuites judiciaires envers les auteurs de violences au sein du foyer. On nage en plein The Handmaid’s Tale.
Ce sont nos consœurs de ELLE qui précisent l’étendue de la chose : "En Afghanistan, frapper sa femme peut désormais relever du droit. Concrètement, les agressions commises au sein du foyer ne seront plus poursuivies par l’État dès lors que l’auteur invoque une justification morale ou religieuse."
Etayant encore dans cet article : “Certaines dispositions assimilent même implicitement les femmes à des subordonnées comparables à des « esclaves », autorisant les « maîtres » - ou les maris - à exercer des châtiments physiques. Et le code pénal autorise - encourage même - les maris à infliger des « punitions discrétionnaires » à leurs épouses, à condition qu’elles ne laissent pas de blessures visibles.”
Tout un programme. Qui n’est qu’une particule d’un vaste panorama de violences banalisées. Refuser le droit aux femmes de s’exprimer, de se déplacer, et comme prolongement, ou finalité, les condamner à la vie la plus confinée possible, sans espoir d’échappatoire. C’est aussi une façon d’appuyer la mainmise d’un tutorat qui aura tout loisir de se faire respecter par la force.
Pas de parole plus pertinente que celle de l’ONU à ce sujet : "Les expert·es des droits humains rapportent maintenant que le déni systématique des droits humains des Afghanes peut équivaloir à une persécution fondée sur le sexe, ce qui est un crime contre l'humanité".
Et celle d’Amnesty International; à travers la voix de la secrétaire générale Agnès Callamard : "Il ne fait aucun doute que ceci est une guerre contre les femmes – bannies de la vie publique, empêchées d'accéder à l'éducation, visées par des interdictions de travailler et de se déplacer librement, emprisonnées, soumises à des disparitions et torturées, notamment pour avoir dénoncé ces politiques et résisté à la répression".
Une guerre contre les femmes, dont on ignore encore l’issue. Jusqu’à quand ? 13,8 millions de femmes et de filles ont besoin d'une assistance humanitaire pour survivre en Afghanistan. 80% des filles en âge d'être scolarisées ne le sont pas. "Les afghanes sont contraintes de vivre comme des citoyennes de seconde zone. Elles sont réduites au silence et rendues invisibles", développe encore la secrétaire générale Agnès Callamard. Une société sans femmes, semble être le projet "politique" mis en œuvre.