C'est quoi, l'autosexualité ?

L'autosexualité, un vrai phénomène décrypté par les experts et les stars.
L'autosexualité, un vrai phénomène décrypté par les experts et les stars.
Attirance envers soi, auto-attraction, sologamie... On attribue bien des expressions au même phénomène, encore trop méconnu et incompris : l'auto-sexualité. Mais c'est quoi, au juste ? Eh bien, une réalité que de plus en plus de voix expertes s'évertuent à explorer.
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Et si on commençait l'année 2021 avec bienveillance ? C'est en tout cas ce que promeut aujourd'hui Kourtney Kardashian, l'une des fameuses soeurs de la queen Kim K. Sur son blog lifestyle Poosh, la star en appelle ainsi à explorer... L'autosexualité. Liens à l'appui. La quoi ? Pas de panique, on vous explique tout.

"Un guide pour vivre votre meilleure vie". C'est ainsi que s'autoproclame le site de la célébrité. Et cela semble également être l'intention de l'article qu'elle relaie sur sa plateforme, comme le relève l'édition britannique de Grazia. L'on peut notamment y lire la thérapeute Casey Tanner, qui nous l'affirme ainsi : "Beaucoup de gens résistent encore à l'autosexualité, craignant qu'elle ne soit narcissique ou qu'elle puisse nuire aux relations sexuelles en couple. En réalité, l'autosexualité peut être une facette saine, voire précieuse, de votre vie sexuelle". Et l'experte de nous inviter à "embrasser" cette partie trop ignorée de nous-même.

Il faut dire que pour bien des voix, aussi thérapeutiques que people, l'autosexualité n'a rien d'une simple "tendance" du moment, aussitôt évoquée aussitôt oubliée. Non non, cela fait même plusieurs années que les expert·e·s s'exercent à la décortiquer. Mais pour en dire quoi, au juste ?

Le désir de soi

"Se sentir sexy indépendamment de quelqu'un d'autre". C'est ainsi que Casey Tanner définit l'autosexualité. Mais ce n'est pas tout. A la lire, cette attirance envers soi-même prend de multiples formes plus ou moins concrètes, comme se laver "avec amour" en prenant un bain bien chaud ou encore "vraiment profiter de son corps". L'autosexualité se situerait donc sur une ligne plutôt large où convergent l'attention portée à son corps, la bienveillance envers soi, et surtout, le désir - ardent - que nous inspire notre propre petite personne.

Et alors que les tabous se brisent progressivement, notamment au sujet de la sexualité féminine, d'aucuns associent l'autosexualité à ce que l'on appelle l'auto-exploration, ou "self-help" : le fait de scruter, cajoler et connaître son intimité, et plus encore son corps, sa vulve, son clitoris. Un mouvement initié dans les années soixante-dix et remis au goût du jour au gré des nouvelles révolutions féministes, comme le démontre l'ouvrage de la journaliste Clarence Edgar-Rosa : Connais-toi toi-même - Guide d'auto-exploration du sexe féminin.

Au sein de l'article de Poosh relayé par la soeur aînée Kardashian, la thérapeute Casey Tanner associe ainsi cet "autoérotisme" à la masturbation, "l'exemple le plus évident d'autosexualité". A la différence que derrière le désir tout court s'immisce le désir - intense - de soi-même. C'est ce qu'observe la Dr Jennifer McGowan du côté de la BBC. Elle nous raconte : "Les autosexuels sont simplement plus à l'aise sexuellement lorsqu'ils sont en leur propre compagnie. L'autosexualité désigne la préférence pour une expérience sexuelle personnelle".

Autosexualité ou sologamie, une réalité self-care de plus en plus mise en lumière.
Autosexualité ou sologamie, une réalité self-care de plus en plus mise en lumière.

Comme l'indique Metro, tout est donc affaire d'attirance envers son propre physique, son charme, sa singularité à soi. Concrètement, l'autosexualité implique une auto-attraction. "La relation que j'ai avec moi-même est spéciale. J'ai parfois des papillons dans l'estomac quand je pense à moi. Je sais que je peux toujours me tourner vers moi-même si j'ai un souci. Je m'aime aussi pour mon caractère unique, ma créativité et ma beauté", témoigne au journal britannique Ghia, femme anonyme qui explique se masturber régulièrement en pensant à elle-même.

De Kourtney Kardashian à Emma Watson

Autosexualité, ou sologamie ? Voilà deux expressions qui semblent traduire le même rapport à soi, à une époque où l'idée du couple implique toujours une forte pression sociale. Face à cette injonction, certains individus rétorquent par le contrepied. Comme Yasmin Eleby. Mais si, vous savez, cette Texane de 40 ans qui s'était mariée avec elle-même, il y a cinq ans de cela. Yasmin Eleby est donc "sologame". Exemple plus récent ? Emma Watson. En 2019, la comédienne et militante féministe délivrait une ode certaine à la "sologamie".

Affirmant être "en couple avec elle-même" ou bien "partenaire avec elle-même", elle enrichissait alors ce sentiment personnel d'un véritable discours critique, synonyme d'indépendance et d'émancipation. Dans les pages de Vogue, elle décrivait ce ressenti comme une réaction à un certain état des lieux : "Si vous n'avez pas construit de maison, si vous n'avez pas de mari, si vous n'avez pas de bébé et si vous allez avoir 30 ans, vous n'évoluez pas dans un espace de stabilité et de confort et vous ressentez beaucoup d'angoisse", déplorait-elle alors.

Raison de plus pour faire fi de ces qu'en dira-t-on et devenir sa meilleure partenaire. Une initiative des plus cohérentes à l'ère du self-love et de ses déclinaisons - se prendre en selfie nue, par exemple.

Un phénomène encore trop incompris ?

"Nous devons vraiment repenser notre façon d'envisager la personne seule et en particulier la manière dont notre culture considère les femmes célibataires", développait en ce sens la journaliste Rachel Thompson. Comme une manière de nous dire que l'autosexualité peut tout à fait déboulonner les diktats et éveiller des consciences.

Même son de cloche dans la bouche de Ghia Vitale, jeune femme autosexuelle, qui s'est également fiancée avec elle-même - affirmant ainsi au grand jour sa sologamie. Dans les pages de Metro, l'interlocutrice fait virevolter quelques préjugés à l'unisson : "Je me souviens, vers l'âge de sept ans, m'être regardée dans le miroir et avoir ressenti une forme d'attraction envers moi-même, mais je n'ai appris le terme 'autosexuel' qu'en 2013. J'ai toujours supposé qu'une relation devait se faire avec une autre personne pour être 'valable'. Mais je me rends compte aujourd'hui que ma relation avec moi-même est aussi valable que toute autre relation !", dit-elle.

Sologamie, autosexualité, tout cela n'est finalement pas neuf. Comme le rappelle la BBC, l'expression était déjà employée par le psychothérapeute Bernard Apfelbaum dans un article de recherche publié en 1989. Mais le spécialiste associait alors ce concept au manque d'attirance sexuelle envers autrui, l'espace d'une définition plus proche de ce que l'on appelle aujourd'hui l'asexualité. C'est dire s'il a fallu du temps, beaucoup de temps, pour tenter de mettre des mots sur cette réalité relationnelle et sentimentale. Raison de plus pour en parler.

Et pour bien en parler. C'est ce qu'incite à faire le magazine Cosmopolitan. L'experte en relations Carmel Jones y rappelle par exemple qu'une personne autosexuelle peut tout à fait entretenir des rapports sexuels avec son ou sa partenaire intime. "Si l'un de vos partenaires est autosexuel, rappelez-vous que son autosexualité n'est pas du tout une insulte ou une attaque contre vous. Vous devez garder l'esprit ouvert", appuie la spécialiste.

Des mots pour décrypter ce qui est encore trop méconnu, ou incompris. Au grand dam de Kourtney Kardashian.