Porter un soutien-gorge : question de santé ou injonction sociale ?

Doit-on réellement porter un soutien-gorge pour notre santé ?
Doit-on réellement porter un soutien-gorge pour notre santé ?
On nous le présentait comme un essentiel du vestiaire féminin dès notre adolescence, on le boycottait lors du mouvement #NoBra, il se pourrait que le soutien-gorge serve davantage à camoufler l'un des symboles de notre sexualité qu'à véritablement redresser notre poitrine.
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"Couvrez ce sein que je ne saurais voir", assénait Tartuffe à Dorine dans l'oeuvre éponyme de Molière, en 1664. Plus de 350 ans plus tard, on estime toujours qu'une femme qui ne porte pas de sous-vêtements est indécente, et qu'on a tous les droits de lui demander de cacher sa poitrine par respect de la pudeur. Pour preuve, cette jeune lycéenne américaine qui s'était fait convoquer après s'être rendu en classe sans sous-vêtements sous son débardeur. Motif : elle faisait office de "distraction pour ses camarades masculins" et a été forcée à porter des pansements sur ses tétons.

Le soutien-gorge que l'on brûlait en 1968 continue de faire parler de lui, jusque dans le mouvement #NoBra, qui incite à se débarrasser de son soutif pour se libérer des carcans sociétaux, ou encore #FreeTheNipple, le hashtag qui réclame l'affranchissement des tétons. On le considère comme une entrave à l'égalité, qui contribue à l'idée que les seins des femmes soient sexualisés, diabolisés, et donc camouflés, quand la poitrine des hommes est amplement acceptée.

Au-delà d'une pièce qui cache nos attributs, le soutien-gorge est surtout présenté comme une nécessité relative à la santé de chacune. Il servirait à un meilleur maintien de la poitrine et éviterait ce qu'apparemment toute femme redoute plus que la mort elle-même : que ses seins tombent comme des gants de toilette. Subtile parade pour contrôler nos corps que d'invoquer le sacro-saint bien-être physique ? Ce qui est sûr, c'est que certains experts mettent en doute sa réelle efficacité.

Sans soutien-gorge, les seins se raffermiraient

Dr Jean-Denis Rouillon, médecin du sport au CHU de Besançon a réalisé une étude sur le sujet qui a depuis fait le tour des médias. En 2013, il expliquait ainsi qu'après avoir suivi de nombreuses femmes âgées de 18 à 35 ans, sportives dans l'ensemble et ne portant pas de soutien-gorge pour l'occasion, il avait remarqué que "le mamelon des seins remontait en moyenne de 7 millimètres en un an, par rapport à l'épaule", rapporte Le Figaro. Et que, moins on en porte, plus "les seins se raffermissent et les vergetures s'estompent".

Selon lui, c'est une question de logique musculaire : "Si la femme met un soutien-gorge dès l'apparition de ses seins, l'appareil suspenseur (situé sur le haut du corps) ne travaille pas correctement et ses tissus de suspension se distendent", affirme-t-il. Le sous-vêtement desservirait plus sa cause qu'autre chose, et son utilisatrice deviendrait alors "dépendante du soutien-gorge, dont elle n'a pas vraiment besoin", ajoute Dr Rouillon.

Des propos que Laura Tempesta, experte en soutien-gorge de sport et fondatrice de Bravolution, a également tenu à Teen Vogue : "Contrairement à la croyance populaire, il n'existe aucune preuve scientifique que le port d'un soutien-gorge empêche les seins de s'affaisser, [une condition connue sous le nom de] ptose mammaire", explique-t-elle. "La ptose avec le temps est causée par l'âge et la gravité et survient que l'on porte un soutien-gorge ou non."

Une question de choix plutôt que de santé

Les femmes pour qui l'accessoire peut s'avérer salvateur en revanche, sont celles dont la poitrine pèse au quotidien, devenant très gênante, voire handicapante. Mais même dans ce cas, il existe d'autres solutions pour pallier la douleur : "Travailler sur le renforcement des stabilisateurs du dos, les étirements et la biomécanique de la respiration sont toujours utiles quand il s'agit de posture", assure Kristina Petrocco-Napuli, chiropraticienne, au magazine américain.

Le soutien-gorge serait donc une affaire de volonté personnelle, d'esthétisme, plus qu'une obligation bien-être à suivre à la lettre, si l'on en croit les études et les analyses des professionnel·les du milieu. Un constat qui démontre bel et bien que l'utilité première de l'objet est davantage sociétale, en prise aux injonctions patriarcales, que sanitaire. Et qu'il est nécessaire de remettre en cause la façon dont il nous est quasi systématiquement imposé.