Sportif Lezbon : le club de foot turc qui libère les femmes homosexuelles

Melahat, membre du Sportif Lezbon.
Melahat, membre du Sportif Lezbon.
Si l'homosexualité n'est pas pénalement réprimée en Turquie, l'homophobie, souvent accompagnée de violences, y est encore largement répandue. Des jeunes femmes, amoureuses du ballon rond, se réunissent au sein du club LGBT du Sportif Lezbon pour lutter contre ce fléau et vivre leur passion pour le football en toute liberté.
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Elles sont lesbiennes, transsexuelles mais avant tout footballeuses. Le Sportif Lezbon, une équipe LGBT - lesbiennes, gays, bisexuels et trans - créé à la suite du mouvement Gezi et de la vague de manifestations survenues au printemps 2013 sur la place Taksim d'Istanbul, entend défendre les droits des minorités à travers la pratique du football.

"Un maillot qui me libère de l'image de la femme qu'on veut que je sois"

Réunies sur la pelouse du stade de Dikmen, dans la banlieue d'Ankara, les jeunes femmes, que les équipes de So Foot (un reportage à retrouver dans le numéro en kiosque ce mercredi 2 septembre, ndlr) ont pu rencontrer, arborent un maillot floqué d'un large "I love female orgasm" ("J'aime l'orgasme féminin"). Parmi elles, Selin, l'une des dirigeantes du club, explique dans les colonnes du mensuel : "Je me sens libre quand je joue au foot : je porte un maillot qui me libère de l'image de la femme qu'on veut que je sois. Désormais, je vis et j'affiche mon homosexualité sur le terrain, c'est une vraie prise de pouvoir".

Même sentiment de liberté chez Demhat, étudiante transsexuelle, licenciée au Sportif Lezbon : "Sur le terrain, je profite de qui je suis, de mon apparence, de ma féminité pour jouer un jeu psychologique et perturber l'adversaire. C'est grisant". Le club évolue au sein de la "Ligue des libertés" : un regroupement d'une douzaine d'équipes militant, à travers la pratique du foot, pour plus de droits en faveurs des homosexuels et contre la politique menée par le pouvoir conservateur du président Recep Erdogan.

Poussée des violences homophobes

En effet, depuis l'arrivée au pouvoir du parti de la justice et du développement (AKP) en 2002, l'homophobie n'a cessé d'augmenter en Turquie. Un pays où l'homosexualité n'est toutefois pas pénalement réprimée. Dernier exemple en date lors de la 13e Gay Pride turque, organisée en juin dernier à Istanbul, où les milliers de participants réunis pacifiquement avaient été violemment chargés par la police anti-émeutes, notamment à l'aide de gaz lacrymogène, de canons à eau et de balles en caoutchouc.

Un climat homophobe entretenu, quelques semaines plus tard, à travers des menaces de mort à l'encontre des homosexuels formulées par un groupe islamiste sur des affiches collées dans les rues d'Ankara. "Faut-il tuer celui qui fait la sale besogne et s'adonne à la pratique du peuple de Loth ?", était-il possible de lire sur les panneaux, dans une référence faite au peuple du prophète éponyme ayant pratiqué l'homosexualité.

Footballeuses et militantes engagées en faveur du HDP

C'est dans ce contexte tendu que les footballeuses du Sportif Lezbon affirment leurs droits. Des joueuses qui s'engagent aussi sur le terrain politique en apportant leur soutien au HDP. Ce "Parti démocratique des peuples" de la minorité Kurde, souvent comparé au parti grec Syriza, s'est tourné notamment vers la communauté homosexuelle. Emmené par son leader Selahattin Demirtas, favorable au mariage homosexuel, le HDP a réalisé une importante percée aux dernières élections législatives, s'adjugeant 13% des suffrages et 80 sièges au Parlement turc.

Autant de raisons d'espérer des jours meilleurs pour la communauté LGBT et les joueuses du Sportif Lezbon.