Que voulaient les femmes pendant les Trente Glorieuses ?

Que voulaient les femmes pendant les Trente Glorieuses ?
Que voulaient les femmes pendant les Trente Glorieuses ?
On a vu le spectacle "Une vraie femme" de Sylvie Gravagna, qui se joue jusqu'au 10 février à Paris au Théâtre de l'Opprimé. Cette pièce drôle et engagée nous raconte le parcours de différentes femmes en quête de plus de liberté pendant les Trente Glorieuses.
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1946, Paris. Les Trente Glorieuses battent leur plein. Les femmes ont le droit de voter depuis le 21 avril 1944, le Parti communiste français (PCF) incite les électrices à entrer en politique. La sexualité se libère peu à peu et les jeunes femmes aspirent à plus de liberté. Les magazines féminins prennent un nouveau visage, même si le combat pour l'égalité hommes-femmes n'a pas encore émergé.

C'est dans ce contexte historique que nous emmène la comédienne et actrice Sylvie Gravagna dans son spectacle Une vraie femme qui se joue jusqu'au dimanche 10 février au Théâtre de l'Opprimé (Paris 12e). Dans ce seule-en-scène porté par la compagnie Un Pas de Côté, Sylvie Gravagna se met dans la peau de plusieurs femmes.

"Je me disais : c'est pas possible, je suis revenue dans les années 50 !"

Victoire Bayard, alias Chourinette, a 30 ans et vient d'être engagée comme dactylographe bilingue par Colette Ménard, directrice de la publication d'Ève Moderne, le nouveau magazine féminin en vogue. La collocataire de Victoire, Élise, s'engage activement dans le PCF. Leur concierge, plus âgée, vit par procuration à travers l'écran de sa télévision. Les stéréotypes sexistes et racistes font partie intégrante de son "logiciel".

On fait également la connaissance de Sidonie, fraîchement débarquée de sa province, qui espère "réussir" dans le métier d'artiste. Sa séance photos pour la couverture d'Ève Moderne la propulse aux sommets : elle incarne le modèle de "la femme parfaite" des années 50, c'est-à-dire une bonne épouse, une bonne mère et une vraie fée du logis.

"Quand je suis devenue maman, beaucoup de questions se sont imposées à moi. Je ressentais des choses que je ne comprenais pas : la culpabilité de travailler et d'être mère en même temps par exemple. C'était comme si tout à coup ma mère et mes grand-mères resurgissaient à travers moi. Je me disais 'mais c'est pas possible, je suis revenue dans les années 50 !' Ça m'a donné envie de creuser, et d'en savoir un peu plus sur cette époque", nous explique Sylvie Gravagna, qui a écrit son spectacle en 2016 après deux années de recherches.

"Une vraie femme", de Sylvie Gravagna
"Une vraie femme", de Sylvie Gravagna

"Toutes ces femmes, je les porte en moi"

Le spectacle continue. Nous voilà déjà dix ans plus tard, en 1956. La carrière de Victoire a bien évoluée : elle couvre désormais des événements pour Ève Moderne et même si elle n'a "ni mari, ni quatre enfants", elle espère un jour décrocher sa propre émission télévisée.

Sa concierge accueille d'un mauvais oeil les portraits de "femmes exceptionnelles" proposées dans l'émission de Colette Ménard. Plus engagée que jamais, Élise milite pour l'indépendance de l'Algérie, alors que Sidonie, rebaptisée Ninie Marolles, donne la réplique à Jean Gabin au cinéma.

"Toutes ces femmes, je les porte en moi. Je m'estime pleine de contradictions, et je me suis dit que je n'étais peut-être pas la seule à ressentir ça. J'ai donc pensé que cela avait du sens d'interpréter tous ces personnages", confie Sylvie Gravagna.

Dans ce spectacle drôle, finement écrit à la mise en scène épurée mais parfaitement ficelée, Sylvie Gravagna parvient à nous faire revivre ces décennies charnières pour l'émancipation des femmes : droit de travailler sans l'aval de leur mari, de disposer d'un compte bancaire...

"J'ai pris des tranches d'années : 1946, 1956 et 1966. J'ai regardé beaucoup de documentaires et feuilleté de nombreuses revues pour m'imprégner du langage et des mentalités de l'époque : Elle, mais aussi Antoinette, le magazine de la CGT, ou Heures Claires, du PCF. L'idée n'était pas de juger mais de comprendre", précise l'autrice.

Encore du chemin

Entrecoupé de vidéos et de chansons, Une vraie femme incite à réfléchir et à ouvrir le débat sur l'égalité hommes-femmes. Tout en nous rappelant à la fin que si les droits de femmes en France ont connu une avancée spectaculaire de 1946 aux débuts des années 70, le chemin pour parvenir à l'égalité hommes-femmes est encore long... même en 2019.

"J'ai l'impression que le statut des femmes d'aujourd'hui a davantage évolué en tant que femme-épouse qu'en tant que femme-mère, même s'il y a encore du boulot en termes de répartition des tâches ménagères !", analyse Sylvie Gravagna.

La comédienne nous explique que son spectacle s'adresse aussi bien aux hommes qu'aux femmes : "Je veux dire aux hommes : 'vous pouvez vous occuper de vos enfants, tout comme nous, sans avoir honte, vous en avez le droit. Ce qui, à l'époque des Trente Glorieuses et avant, était totalement tabou."

Après chaque représentation, la compagnie Un Pas de Côté organise un débat avec une association oeuvrant pour les droits des femmes. L'association Règles Élémentaires, qui organise des collectes de protections hygiéniques dans toute la France pour lutter contre la précarité menstruelle, a ouvert le bal mercredi 6 février, soir de la première.

Une Vraie femme, de Sylvie Gravagna

Jusqu'au dimanche 10 février au Théâtre de l'Opprimé