Deux femmes prennent les rênes de l'Europe

Christine Lagarde nommée à la tête de la Banque centrale européenne. Getty Images.
Christine Lagarde nommée à la tête de la Banque centrale européenne. Getty Images.
La Commission européenne pour l'une, la Banque centrale européenne pour l'autre : Ursula von der Leyen et Christine Lagarde sont désormais au sommet de l'Europe.
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C'est officiel. La patronne du FMI Christine Lagarde a pris les rênes de la Banque centrale européenne (BCE). Elle les conservera huit ans durant. De son côté, la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen vient d'être nommée présidente de la Commission européenne. Des postes pour le moins prestigieux pour des personnalités politiques singulières.

On a évidemment à l'esprit les traits de caractère de Christine Lagarde. Son emblématique "blandeur" (ou l'empowerment par les cheveux blancs), ses convictions végétariennes, son CV exemplaire, du poste de ministre de l'Économie et des Finances sous l'égide de Nicolas Sarkozy à celui de directrice générale du Fonds monétaire international, mais également ses punchlines féministes. "Les femmes multiplient les acrobaties pour jongler avec des injonctions contradictoires", cinglait-elle encore il y a peu à Paris Match.

A contrario, on connaît un peu moins Ursula von der Leyen. Trilingue sexagénaire et politicienne conservatrice, c'est une proche de la chancelière Angela Merkel. Partisane du salaire parental - dont bénéficient les couples au cours des quatorze mois qui suivent l'enfantement - elle a agit quatorze ans durant sur bien des fronts, du ministère de la Famille d'Allemagne au ministère du Travail, jusqu'à devenir ministre fédérale de la Défense. Un poste jusque là exceptionnel pour une femme. Une considération importante lorsque l'on sait que Von der Leyen s'est battue afin de garantir la parité au sein des conseils d'administration d'Allemagne. Sans succès hélas. "Elle est quelqu'un qui veut faire avancer les choses. Elle est progressive dans son action, conservatrice dans sa vie privée, toujours dans l'offensive, toujours pragmatique", écrivaient deux de ses biographes il y a quatre ans de cela. Les compliments ne manquaient pas alors : charismatique, autoritaire, voire même... "glamour".

Vers une Europe plus féminine ?

"Christine Lagarde a toutes les compétences et les qualités requises pour diriger la Banque Centrale Européenne", a réagi Emmanuel Macron. L'espace d'un tweet, l'intéressée s'est dite "très honorée" d'occuper cette présidence. En cohésion avec le Comité d'éthique du Conseil d'administration, l'économiste y exprime sa décision de quitter "provisoirement" ses fonctions au FMI.

Mais la nomination d'Ursula von der Leyen, elle, suscite davantage de contestations. Son bilan en tant que ministre ne fait pas l'unanimité, comme le démontre un sondage publié par le quotidien Bild : elle serait l'une des ministres les moins compétentes de son gouvernement.

Toujours est-il que, par-delà ces controverses, c'est l'hypothèse heureuse d'une Europe plus ouverte aux leadeuses qui semble aujourd'hui accaparer l'attention médiatique, des pages du journal suisse Le Temps, où l'on se réjouit de voir "deux visages féminins symboliser cette Union vacillante mais résiliente, qui cherche toujours sa voie", à celles de Libération. "Deux femmes à deux postes clés : l'Union européenne vient à coup sûr de marquer un point en progressant de manière spectaculaire vers la parité dans l'attribution des responsabilités continentales", affirme Laurent Joffrin dans un édito optimiste au titre éloquent : "Inattendu".

Un virage féminin inattendu et un nouveau plafond de verre brisé. Christine Lagarde le suggère le temps d'une entrevue : "Comme beaucoup de femmes, je me suis d'abord sous-estimée pendant mes études, éliminant d'emblée des carrières pour lesquelles il ne me semblait pas que je détenais la légitimité suffisante. J'ai vécu ensuite des situations où être une femme a joué contre moi", déplore-t-elle. C'est dire si aujourd'hui, cette nomination a comme un goût de victoire.