5 mesures pour (enfin) mettre fin aux féminicides

L'on dénombre pas moins de 71 féminicides depuis le début de l'année. - Getty Images -
L'on dénombre pas moins de 71 féminicides depuis le début de l'année. - Getty Images -
Une tribune interpelle le président de la République sur "son silence concernant les féminicides" : en France, l'on en dénombre pas moins de 71 depuis le début de l'année.
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"Les féminicides ne sont pas une fatalité : Monsieur le président, réagissez". Ainsi s'ouvre la puissante tribune d'un collectif féministe dans les pages du Monde. Un texte-choc qui nous rappelle que, depuis le début de l'année, ce ne sont pas moins de soixante et onze femmes qui sont mortes, "assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint". Et que dire des réactions et mesures entreprises par les pouvoirs publics ? Qu'elles sont encore cruellement insuffisantes malheureusement, à en lire la tribune. Aux côtés de la militante Caroline de Haas (instigatrice du collectif #NousToutes), nombreuses sont les voix à soutenir ce texte alarmant, de la journaliste Rokhaya Diallo à l'autrice et dessinatrice Pénélope Bagieu (Culottées), de Lauren Bastide (créatrice et animatrice du podcast La Poudre) à Rebecca Amsellem, fondatrice de la newsletter féministe et culturelle Les Glorieuses.

A travers ce texte qui ne demande qu'à être partagé en masse, et en attente du rassemblement à Paris en soutien aux familles des victimes de féminicides qui aura lieu ce samedi 6 juillet à la Place de la République (dès dix-sept heures), le collectif relaie sur les réseaux sociaux cinq mesures majeures pour espérer diminuer le risque de féminicides - cinglées du hashtag #5MesuresContreLesFéminicides. Car il est temps que le gouvernement français prenne ses responsabilités. Alors, que doit-il faire afin de réagir ? Réponses.

1. Pas de refus de plainte

Par-delà l'appel au président de la République, le premier à intervenir doit être Christophe Castaner. Un post du collectif invite le ministre de l'Intérieur à réunir les préfets en imposant aux commissariats et aux gendarmeries une simple consigne : aucune femme victime de violences conjugales ne doit rester sans réponse. Les autorités locales ne doivent pas refuser sa plainte, "sous peine de sanction", lit-on. Trop souvent, le passage des victimes de violences au commissariat apparaît comme un acte dérisoire. Un échange "qui ne sert à rien", particulièrement oppressant pour la victime. L'écoute que vouent les agents aux victimes est légitimement remise en question. Or, parmi d'autres situations, c'est précisément le refus de plainte par l'agent qui empêche la prise de parole et condamne la victime au silence - et assure à son agresseur l'impunité. Pour Caroline de Haas à l'inverse, c'est "le silence du gouvernement [qui] commence à devenir vraiment flippant". D'où l'urgence de "réunir en urgence l'exécutif" par le biais de cette mobilisation.

2. Une ordonnance de protection

La seconde mesure s'adresse plus précisément à Nicole Belloubet, l'actuelle ministre de la Justice. Le collectif féministe suggère à la politicienne d'organiser une concertation générale en compagnie des procureurs et des juges aux affaires familiales. Et ce, afin de mettre en place une initiative : fixer des objectifs d'attribution d'ordonnances de protection des femmes menacées "dans chaque département". Pendant le temps de l'instruction, la Ministre doit également garantir le retrait de l'autorité parentale des "pères meurtriers". Le traitement judiciaire des hommes coupables de féminicide est encore insuffisant à en lire cette accablante tribune : "bon nombre de féminicides auraient pu être empêchés si les pouvoirs publics n'avaient pas dysfonctionné". L'heure est à la remise en question.

3. Ouvrir plus de places d'hébergement

Troisième mesure ? Garantir l'ouverture de deux-cent places d'hébergement pour les femmes victimes de violences au sein des Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale, et ce, avant la fin de l'année 2019. C'est ce que suggère #NousToutes à Julien Denormandie, le ministre du Logement. Et d'ici la fin du quinquennat ? 2200 places supplémentaires serait un chiffre idéal.

4. Détecter les violences

Une meilleure considération des féminicides ne peut avoir lieu sans une prise en charge plus aiguë des victimes de violences conjugales. C'est ce que rappelle le collectif en s'adressant indirectement à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Celle-ci se doit de réunir les responsables d'Agence régionales de Santé afin de "mettre en place un plan de détection systématique des violences à l'hôpital". Plus de sécurité donc, mais également plus de prévoyance. "Les meurtres de femmes, on peut les détecter, on peut les prévenir, on peut donc les empêcher" s'exprimait en ce sens Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, du côté de France Inter.

5. Doubler les subventions des associations

La cinquième mesure, et pas des moindres, est directement décochée à l'adresse de Marlène Schiappa. #NousToutes recommande à la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes d'accorder plus d'importance aux associations de protection des femmes. Comment ? "Doubler les subventions" serait un bon début. Au bout de cette démarche, la nécessité d'embaucher davantage afin de pouvoir satisfaire la demande desdites victimes.

"Les signataires de la tribune exigent des mesures immédiates pour que ces meurtres cessent", conclut le collectif féministe. Alors, faut-il espérer une meilleure prise en considération des féminicides en France ? Certainement. Qu'en sera-t-il en vérité ? Nul ne le sait encore. Mais certaines voix ne manquent pas d'observer une évolution au sein du débat public et de sa réception médiatique. C'est le cas de la journaliste féministe Lauren Bastide. Sur Twitter, elle note : "je vois le mot "féminicide"- qui faisait débat il n'y a encore pas si longtemps - s'imposer en Une des journaux et dans la bouche des journalistes radio, et je me dis que ça avance un peu". La co-instigatrice des studios Nouvelles Ecoutes tient à remercier "les militantes qui se mobilisent sans relâche contre les violences de genre". En attendant une mobilisation encore trop sourde, qui prendrait sa source au coeur de l'Etat.