Ces hommes marchent en talons contre les violences faites aux femmes

Des avocats de Chicago ont défilé jeudi 14 juin en talons dans les rues de la ville pour dénoncer les violences sexuelles contre les femmes. L'initiative solidaire fait partie d'une démarche plus large pour se mettre à la place des femmes.
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Des hommes ont débarqué dans le centre de Chicago ce jeudi (14 juin), le pas plutôt hésitant et mal assuré. Cette vingtaine d'avocats de la section des jeunes du barreau de Chicago est venue manifester contre les violences faites aux femmes. Pour interpeller les passant·e·s, ils ont chaussé des talons hauts.

Ils ne sont pas les premiers à organiser ce type d'événements. En effet, ils sont partenaires de l'organisation "Walk a mile in her shoes" ("Marchez un mile dans leurs chaussures"). En gros, mettez-vous à la place des femmes. Ces hommes ont donc dû marcher 1,6 kilomètre juchés sur des talons. Sur le site des avocats de Chicago, on explique que cet événement "a pour but de sensibiliser à propos de cette cause et les effets des violences sexuelles et sera un moyen amusant d'amener les gens à parler d'un sujet très difficile."

La vidéo de leur marche est en effet plutôt drôle.

L'organisation de Walk a mile in her shoes veut démontrer qu'en ne parlant pas assez des violences sexuelles contre les femmes, elles sont impossibles à traiter. Ce type de "happening" est organisé dans de nombreuses villes des États-Unis ou du Canada. A Red Deer en Alberta, on organise même une distribution de chaussures à talons selon les tailles.

A Toronto au Canada, la marche est organisée chaque année et les hommes déploient des trésors d'inventivité pour se démarquer. Cette année, pour la huitième marche organisée le 30 mai dernier, on a pu y trouver par exemple des chaussettes arc-en-ciel ou un homme portant des chaussures grises avec des chaussettes Wonder Woman. Des fonds sont à l'occasion récoltés pour l'association du Ruban blanc.

Le mouvement s'est étendu dans le monde entier. En mai dernier, une marche a réuni plusieurs dizaines d'hommes sous le soleil de Sofia en Bulgarie. A chaque fois, les associations de défense des femmes en profitent pour récolter de l'argent pour leur cause.

L'organisation "Walk a mile in her shoes" a lancé ces marches en 2001. L'idée est venue de Frank Baird, un thérapeute familial californien militant contre les violences faites aux femmes depuis les années 1990. Il explique : "La violence contre les femmes n'affecte pas seulement les femmes. Les hommes sont aussi blessés et en colère quand les femmes auxquelles ils tiennent sont violées. Mais aussi quand ils essaient de créer une relation avec elles dans une atmosphère de peur, de manque de confiance et de reproche. Et les mêmes violences qui visent les femmes, visent aussi les hommes parce que le viol n'est pas une question de sexe. C'est une question de pouvoir, de contrôle et de violence".

Frank Baird appelle au dialogue entre les genres : "Il est parfois suggéré que les hommes ont besoin de parler avec d'autres hommes sur ce qu'est être un homme [...] mais nous ne vivons pas seuls sur cette planète. Et ne parler qu'aux hommes limite les possibilités de voir comment nous nous définissons."

Bon, comme on dit, on ne va pas non plus leur donner un cookie. Il est louable de défendre les femmes, mais c'est également... normal. On ne le répétera jamais assez, les femmes ont besoin que les hommes soutiennent eux aussi le féminisme. On salue donc cette initiative contre les violences faites aux femmes, même si on peut quand même se poser des questions sur la méthode, bien que symbolique. Résumer une femme à des talons est limité.

En France, si l'on regarde deux ans en arrière, on se souvient du député Europe Écologie Les Verts Denis Baupin qui avait posé tout sourire avec du rouge à lèvre rouge pour une campagne similaire. Il avait été par la suite accusé de harcèlement et d'agressions sexuelles. Donc même si nous avons besoin des hommes dans ce combat, nous restons vigilantes.