Michèle Halberstadt, « La petite » ou le suicide à l'âge tendre

Michèle Halberstadt, « La petite » ou le suicide à l'âge tendre
Michèle Halberstadt, « La petite » ou le suicide à l'âge tendre
À 12 ans, est-il normal de s'ennuyer à l'école, de payer ses amis et d'idolâtrer sa sœur ? Peut-on déprimer et souffrir quand on n'a pas encore vécu ? Michèle Halberstadt publie « La petite » (Albin Michel), testament et leçon de vie d'une enfant normale et désespérée, aussi torturée que lucide.
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Terrafemina : « La petite » est votre cinquième roman, comment est-il né ?

Michèle Halberstadt : Quand ma fille a eu 12 ans, je me suis rendu compte que quelle que soit l’attention qu’on donne à un enfant, certaines choses nous échappent, il y a des questions sur lesquelles on ne peut pas les aider. On parle beaucoup de l’adolescence, mais peu des années qui précèdent. Beaucoup d’enfants se brisent pourtant dans cette période que je trouve délicate et compliquée. Je comprenais ce que ressentais ma fille, mais n’avais pas les clés pour l’aider.

TF : Vous êtes-vous inspirée aussi de votre propre enfance ?

M. H. : Absolument, je me suis plongée dans la peau d’une enfant de 12 ans et j’ai retrouvé des émotions, c’était même douloureux. Je me suis souvenu de mon isolement à l’école, je n’avais pas d’amis parce que j’avais un an d’avance et je me trouvais en décalage par rapport aux autres. J’ai aussi été inspirée par l’histoire d’un ami, dont le petit frère s’est suicidé à 12 ans, parce qu’il se sentait dans l’ombre de son grand frère. Je voulais écrire l’histoire d’un enfant invisible.

TF : Ce livre vise-t-il à éclairer certains parents ?

M. H. : Je n’écris pas pour délivrer des messages et encore moins des leçons, mais pour poser des questions. Ce livre montre surtout que le suicide n’est pas une preuve de courage, mais le signe qu’on n’a plus le courage de vivre. Cette histoire peut peut-être aider à comprendre qu’un enfant sage ne va pas forcément bien, et que la discrétion et une chambre bien rangée ne sont pas toujours bon signe.

TF : Cette petite fille trouve dans l’écriture un refuge pour échapper à sa vie, et s’invente une héroïne conforme à ses rêves, nommée Laure. Concevez-vous votre activité d’écrivain comme un moyen d’échapper à la réalité ?

M. H. : Écrire me consolait en effet. Et j’écris toujours pour me consoler des choses qui ne sont pas comme je voudrais qu’elles soient. Cela permet, selon moi, de panser les blessures, de se poser des questions, et de toucher à ce qui est douloureux.

TF : Vous êtes productrice et distributrice de cinéma, (« Adieu ma concubine » de Chen Kaige, « La chambre des officiers » de François Dupeyron) comment partagez-vous votre temps avec l’écriture ?

M. H. : Mon métier reste le cinéma, puisque j’en vis. J’écris pour moi, mais je serais très heureuse de vivre de mes livres et de voyager ! Pour le moment je ne fais pas partie de ces écrivains capables d’écrire pendant trois heures après une journée de travail. Je prends donc des vacances, à l’île d’Yeu, pour libérer mon esprit de tout le reste. C’est là que j’ai écrit tous mes livres.

TF : Pouvez-vous nous parler de votre prochain livre ?

M. H. : Je viens de passer un mois là-bas, et je pense que ce livre va me prendre du temps. Il portera sur l’amitié et la fidélité en amitié, mais je ne suis pas assez avancée pour en dire plus. Je suis assez d’accord avec cette phrase de Julien Gracq : « On écrit un livre pour savoir ce qu’il y a dedans. »

Michèle Halberstadt, « La petite », Albin Michel, 12,90 euros.

Crédit photo : David Ignaszewski Koboy



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