Najat Vallaud-Belkacem : "Non, les femmes ne manquent pas pour intégrer Comex et Codir !"

Najat Vallaud-Belkacem : "Non, les femmes ne manquent pas pour intégrer Comex et Codir !"
Najat Vallaud-Belkacem : "Non, les femmes ne manquent pas pour intégrer Comex et Codir !"
Alors que « les femmes restent scotchées en bas de l'échelle des responsabilités », la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem a fait de l'égalité professionnelle son cheval de bataille. Dans sa ligne de mire : la féminisation des Comités exécutifs et des Comités de direction. À cet effet, la ministre réunit le mardi 9 avril une vingtaine de dirigeants et dirigeantes de grands groupes français lors d'une conférence à Paris, afin d'explorer les solutions concrètes possibles. Interview exclusive à l'occasion de cet évènement dont Terrafemina est partenaire.
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Terrafemina : Quel est l’objectif de cette matinée dédiée à la question de l’accès des femmes aux Comex et aux Codir ?

Najat Vallaud-Belkacem : Vous savez, une étude de la Commission européenne a montré que notre économie perd 20 à 40% de son potentiel de croissance en raison des inégalités entre les femmes et les hommes. Nous adoptons des législations. Nous lançons des inspections. Mais nous n’aurons pas les résultats sans mobiliser les entreprises, en leur démontrant qu’il y va de leur intérêt. Pour cela, le sujet du plafond de verre est un sujet clé. La part des femmes dans les postes de direction ne progresse plus. Nous nous sommes enfermés dans des postures qui tolèrent les inégalités. C’est au management supérieur de donner l’exemple. Voyez l’exemple de Sheryl Sandberg, la patronne de Facebook aux États-Unis. C’est quand les PDG prennent les choses en main que l’on brise les ressorts psychologiques et organisationnels qui font que les femmes restent scotchées en bas de l’échelle des responsabilités. 

Tf : Qu’est-ce qui selon vous pourrait motiver la féminisation des Comex et des Codir ? Est-ce un ressort de croissance pour les entreprises ? Ou de RSE ?

N.V.-B. : D’abord l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. C’est un droit, un droit fondamental. C’est évidemment essentiel et, en soi, cela justifie toutes nos actions. La féminisation des Comex et des Codir et plus globalement des fonctions de direction est au cœur des stratégies d’entreprise payantes. Nous avons plusieurs exemples qui le montrent. Ce n’est pas un sujet périphérique. Non que les femmes soient de meilleures managers que les hommes, ou que leur style de leadership soit différent et plus adapté. Mais simplement parce que si on laisse de côté la moitié de la population on se prive nécessairement de la moitié des meilleurs. 

Tf : Pensez-vous que la France évolue assez vite sur ces enjeux ?

N.V.-B. : Je vous le dis sans détour : non ! Nous enregistrons des progrès réels, soulignés par tous les pays du monde, sur la place des femmes dans les conseils d’administration. Mais ce n’est qu’une petite partie du sujet. Le cœur, c’est l’accès des femmes aux postes de direction, et aux comités exécutifs, les Comex et Codir des entreprises. Dans cette matière, les progrès sont quasi-inexistants. On voit bien que certaines entreprises s’engagent et avancent régulièrement mais, globalement, la place des femmes dans ces instances est très réduite, et souvent limitée à certaines fonctions de l’entreprise, comme les fonctions supports, et moins dans les activités dites opérationnelles. Dans les faits, les niveaux de responsabilité sont, dans les deux cas, très importants, mais les fonctions supports sont moins valorisées, moins rémunérées.

Tf : Faut-il imposer des objectifs chiffrés aux entreprises ?

N.V.-B. : Sans nul doute, c’est un minimum. Certes nous ne pouvons pas procéder, s’agissant des Comex et des Codir, comme pour les Conseils d’administration, avec une logique de quota obligatoires. Dans la mesure où les comités exécutifs et de direction ne sont pas des objets juridiques définis, il nous est impossible de passer par la loi. Mais je suis déterminée. Dans un premier temps nous demandons aux entreprises de se fixer des objectifs chiffrés, sur la base du volontariat, et nous verrons dans un an si les choses avancent. Si ce n’est pas le cas, nous envisagerons des actions contraignantes. 

Tf : La relève est-elle assurée ? Y a-t-il un vivier suffisant dans les entreprises pour féminiser ces instances ?

N.V.-B. : Il m’est arrivé en effet d’entendre « on aimerait bien féminiser, mais on ne trouve pas de candidates, on manque de viviers ». Franchement, avec le nombre de femmes qualifiées sur le marché du travail et dans les entreprises, cet argument est une insulte à la raison. Les femmes sont là. Parfois peut-être s’affirment-elles moins que les hommes, mais elles sont là. Vous savez, certaines entreprises font une chose simple : lors des revues de vivier, pour les promotions, elles examinent en premier la situation des femmes, et non pas en fin de liste comme c’est souvent la pratique. Voilà un premier pas pour changer les choses. Ensuite, nous devons mettre en œuvre des actions plus structurelles pour amener les entreprises, quelle que soit leur taille, à penser l’ensemble de la politique d’égalité professionnelle, les parcours et les viviers à tous les niveaux de l’entreprise, y compris chez les non-cadres.

Tf : La question de l’importance des réseaux féminins sera également posée le 9 avril. Quid de l'influence de ces réseaux ?

N.V.-B. : Je le dis simplement à vos lectrices : adhérez à un réseau et s’il n’y en a pas dans votre entreprise, créez-le. Nous avons besoin que vous vous organisiez. Ces réseaux, quand ils sont actifs, jouent un rôle précieux pour accompagner les femmes dans leurs parcours, pour leur proposer du coaching, du mentoring, des conseils. Nous sommes prêts à leur reconnaître une véritable place dans l’entreprise, y compris pour vérifier si celle-ci respecte ses obligations légales en matière d’égalité des rémunérations et d’accès des femmes aux responsabilités. Donc si vous voulez monter un réseau, appelez votre délégué aux droits des femmes ou consultez notre site internet. Vous y trouverez tout ce qu’il faut pour le faire. 

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