Comment le mouvement #DoublePeine a relancé une affaire classée sans suite à Montpellier

Comment le mouvement #DoublePeine a fait basculer une affaire classée sans suite à Montpellier
Comment le mouvement #DoublePeine a fait basculer une affaire classée sans suite à Montpellier
La plainte pour viol à l'origine du mouvement #DoublePeine, mobilisation digitale dénonçant l'accueil des victimes de violences au sein des commissariats, n'a finalement pas été classée sans suite à Montpellier.
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Sur Twitter, le mot-clé #DoublePeine génère des centaines de tweets depuis la fin septembre. Cet hashtag invite les victimes de violences sexuelles à témoigner de leur mauvais accueil au sein des commissariats. A l'origine de cette mobilisation sociale, une publication Instagram de l'activiste digitale Anna Toumazoff : "Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes si elles ont joui. Et on explique aux victimes de viol qu'une personne qui a bu est forcément consentante".

"Dans ce commissariat, on refuse de recevoir des victimes de viol en raison de leur tenue. On les recale, malgré leur visage tuméfié, en leur riant au nez", poursuit Anna Toumazoff dans sa publication virale. Un post qui relate l'accueil déplorable d'une jeune femme de 19 ans, victime de remarques déplacées par une policière, et dont la plainte pour viol avait été classée sans suite au commissariat de Montpellier.

Or, selon des informations relayées par Libération, cette affaire a connu cette semaine un revirement : le procureur de la République de Montpellier a confirmé à la victime que sa plainte n'a finalement pas été classée sans suite.

Une mobilisation massive

"Je m'étonnais de ne pas avoir accès au dossier, en vue de formuler un recours au classement sans suite. J'ai donc écrit au procureur général de Montpellier pour savoir où ça coinçait. Il m'a répondu dans l'après-midi que je ne pouvais pas avoir accès au dossier puisque l'enquête préliminaire était toujours en cours. Et que donc la plainte n'avait pas été classée", détaille Candice Tomasicchio, l'avocate de la jeune victime, à Libé.

L'orientation de la procédure par la policière chargée du dépôt de plainte, vers un classement sans suite, n'a donc jamais été confirmée, suite à plusieurs lectures du dossier par le magistrat. Une petite victoire pour la victime et son avocate, qui souhaiteraient désormais que les investigations toujours en cours à Montpellier prennent en compte "des éléments ADN retrouvés sur sa cliente et des données de vidéosurveillance du tramway de Montpellier, où la jeune femme a été abordée".

C'est aussi une victoire pour la mobilisation digitale #DoublePeine.

Un mouvement qui est parvenu à sensibiliser par-delà les réseaux sociaux. La publication d'Anna Toumazoff avait engendré près de 50 000 likes et généré de très nombreux commentaires. Les abondants témoignages engendrés par ce post initial visaient un même but : en appeler à "une meilleure prise en charge des plaintes pour viol ou tentative de viol dans les commissariats", comme le résume la journaliste Constance Vilanova. Une manifestation avait également eu lieu le 10 octobre dernier devant le commissariat de Montpellier, pour dénoncer la prise en charge des victimes de viols par les policiers.

Sensibiliser l'opinion publique, et politique ? Le 12 octobre, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'accueil des victimes de violences sexuelles dans ce commissariat, à propos notamment "des questions posées qui n'ont rien à voir avec le fait qu'on ait été victime d'agression sexuelle". Le ministre aurait notamment demandé à la nouvelle directrice centrale de la sécurité publique "d'aller voir ce qui s'est passé et d'en tirer toutes les conséquences".