"Promising Young Woman", le conte pop post-#MeToo que l'on attendait

Bande-annonce du film "Promising Young Woman"
Pamphlet politique aux allures de fable acidulée, "Promising Young Woman", le premier film de la réalisatrice Emerald Fennell, vise juste. Une petite bombe post-#MeToo cinglante récompensée par un Oscar.
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Cassie (Carey Mulligan) est lasse, fatiguée. La trentenaire a quitté ses études de médecine, vivote chez ses parents et gagne sa croûte sans enthousiasme dans un café. Mais le soir venu, elle entame sa métamorphose en enfilant ses habits de chasseresse. Armée de son décolleté pigeonnant, de talons vertigineux, de faux-cils et d'une perruque, elle hante les clubs en quête de proies. Son gibier de prédilection ? Ces mecs "sympas" qui abusent des femmes seules et trop ivres pour se défendre. Pour les hameçonner, Cassie a une tactique : feindre la défonce jusqu'à confondre ces prédateurs enveloppants. Car la jeune femme s'est donnée pour mission de faire un grand ménage parmi tous ces hommes qui se prétendent des alliés.


Et si nous tenions (enfin) le premier vrai film post-#MeToo ? Récompensé de l'Oscar du meilleur scénario original, Promising Young Woman délivre un pamphlet corrosif aux allures de conte bubble-gum. Car le film de la Britannique Emerald Fennell (la Camilla de la série The Crown) se révèle bien plus tortueux, futé et complexe qu'un simple rape and revenge pop. Et la réalisatrice a pris un malin plaisir à triturer les codes du genre pour mieux déconstruire la violence sexuelle et la dénoncer.

La culture du viol sur le grill


Ici, le méchant n'est pas un affreux psychopathe tapi dans l'ombre prêt à sauter sur sa victime au détour d'une ruelle. Le monstre se dissimule derrière les traits du gendre idéal, ce gars à l'épaule solide et réconfortante qui ramène une demoiselle en détresse saoule et paumée. Et l'agresse avec un sourire rassurant. Emerald Fennell attaque frontalement la question du consentement et de cette fameuse zone grise dont certains hommes testent et repoussent les limites.

Carey Mulligan dans "Promising Young Woman"
Carey Mulligan dans "Promising Young Woman"

Elle s'amuse également à déployer tout l'arsenal de la culture du viol, cet éventail d'"excuses" si pratiques pour justifier une agression sexuelle ("Elle criait au loup", "Elle buvait beaucoup", "Elle cherche les ennuis"). En les plaçant dans la bouche d'une doyenne de l'université, d'un avocat, d'une "copine", des clients d'un bar, la réalisatrice porte la charge sur cette société complaisante et complice, qui a laissé faire, laissé dire, qui n'a pas cru ou préféré détourner le regard. L'horreur se loge ici dans ces lieux communs qui protègent les coupables et les absolvent. En dressant la liste non-exhaustive de ces réflexes encore bien trop communs, Promising Young Woman livre un réquisitoire virulent qui pourrait bien en faire cogiter quelques-uns.


Autre variation des codes du rape and revenge : jamais nous ne verrons la scène de viol initiale (qui sert habituellement de point de départ à l'intrigue). Pour la simple et bonne raison que la quête de justice de Cassie prend pour point d'appui la sororité. Si les oeuvres du genre se vivent traditionnellement comme une catharsis (l'empathie que l'on ressent pour la victime trouve une réponse satisfaisante dans le châtiment du violeur), Promising Young Woman dévie de cette trajectoire classique en empruntant des chemins de traverse jusqu'à son final, aussi surprenant que frustrant.


En se servant de l'ironie et de l'humour noir comme autant d'armes politiques, en bousculant et malmenant les conventions jusqu'au malaise, Emerald Fennell signe un film féministe étonnant et détonant qui devrait faire date. Et la silhouette vengeresse de la toujours épatante Carey Mulligan pourrait faire son entrée au panthéon pop des héroïnes badass, aux côtés de combi jaune et du katana de Beatrix Kiddo.

Promising Young Woman

Sortie en salles le 26 mai 2021

Un film de Emerald Fennell

Avec Carey Mulligan, Bo Burnham...