Médecins agressés : les femmes principalement prises pour cibles

Agressions de patients sur les médecins : 51% des victimes sont des femmes
Agressions de patients sur les médecins : 51% des victimes sont des femmes
Une enquête du Conseil de l'Ordre National des Médecins dévoilée par Le Parisien ce mercredi 4 avril dénote 1035 cas de violences physiques et verbales perpétuées par des patients à l'encontre des médecins. Des attaques qui visent majoritairement les femmes.
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Insultes, menaces, crachats, agressions sexuelles... Pour un millier de médecins, la relation patient-médecin est loin d'être un long fleuve tranquille, comme le révèle une enquête menée sur l'année 2017 par le Conseil de l'Ordre National des Médecins (Cnom), publiée ce mercredi 4 avril dans Le Parisien.

D'après le Cnom, le nombre de médecins agressés a connu une nette augmentation en 2017, franchissant la barre des 1000. Parmi eux, 51% des victimes sont des femmes. Un chiffre qui s'explique par la présence accrue de la gent féminine au sein de la profession, mais pas seulement. "Pour certains, elles sont clairement une cible", affirme le Dr Hervé Boissin, coordonnateur de l'observatoire de la sécurité au Cnom.


Dans les pages du journal Le Parisien Claire Marie, 35 ans, médecin remplaçante à Dunkerque, explique comment elle est restée abasourdie après que l'un de ses patients lui a asséné un violent coup de poing dans la mâchoire 5 minutes après le début de la consultation. "Je lui ai demandé ce qui l'amenait, il m'a rétorqué que j'avais des questions idiotes. J'ai trouvé ça sec et insultant, mais j'ai continué. Puis il m'a lancé que j'examinais mal, qu'il ne m'aimait pas... Je lui ai dit que ça suffisait et l'ai raccompagné". Le coup est parti quelques secondes plus tard, raconte la jeune médecin, qui a porté plainte après son agression.

"Il n'y a jamais eu autant de violences"

Le Dr Marie a voyagé pendant des années, notamment en Nouvelle-Calédonie, où elle a soigné des tribus kanak. Une expérience au cours de laquelle elle n'a jamais été confrontée au moindre acte de violence de la part de ses patients. "Il a fallu que ça arrive à 100 km de chez moi", déplore la jeune femme qui envisageait d'ouvrir son propre cabinet mais a depuis renoncé à le faire seule.


Le cas de Claire est loin d'être isolé. Une autre femme médecin raconte qu'à Marseille, un patient a éjaculé sur le bureau de son cabinet. La liste est longue. "Il n'y a jamais eu autant de violences. Ce sont des insultes, des crachats, des vols, des agressions sexuelles, des coups", regrette Hervé Boissin. Lui-même a récemment essuyé un flot d'insultes dans son cabinet, à Paris.

"Là, il y a urgence"

Sur les 1035 agressions recensées en 2017, 50% ont été commises directement par les patients et 15% par des personnes qui accompagnent les patients lors des consultations. Mais parfois, l'agression vient aussi de l'extérieur. Pierre Goidin, 55 ans, médecin installé dans un quartier sensible de Dunkerque a déposé 7 plaintes en l'espace de 13 mois. Un jour, il demande à des adolescents de faire moins de bruit devant son cabinet.

Résultat : le médecin s'est retrouvé avec le tibia fracassé. Quelques jours après, il a retrouvé un pétard dans sa boîte aux lettres.



"Être agressé alors qu'on soigne, c'est purement intolérable. Si la mesure du problème n'est pas prise et si rien n'est fait, on va voir des médecins quitter certaines zones, réduire leur présence le soir, ne plus faire de visite à domicile", a réagi Alain-Michel Ceretti, président de France Assos Santé, l'union nationale des associations agréées d'usagers du système de santé qui regroupe (entres autres) de nombreuses associations de patients.


"Les pouvoirs publics doivent réagir et notamment le ministère de l'Intérieur", a de son côté déclaré le Dr Boissin, qui somme le gouvernement de mettre en place un système de vidéosurveillance via l'application originaire d'Israël Reporty, qui permet de filmer les agresseurs à leur insu et de prévenir les forces de l'ordre. "On attend le feu vert... qui tarde à venir. Pourtant, là il y a urgence. Vu la situation, attendre n'est plus acceptable", alerte le Dr Hervé Boissin.