"Il ne faut pas que ça recommence" : abusées par leur gynécologue, elles témoignent

"Il ne faut surtout pas que ça recommence" : agressées par leur gynécologue, elles témoignent
"Il ne faut surtout pas que ça recommence" : agressées par leur gynécologue, elles témoignent
Angélique et sa soeur avaient déposé plainte contre leur gynécologue en 2014 pour agression sexuelle. Six ans après, elles ont appris que l'homme exerçait toujours à Arras en tant qu'endocrinologue. Elles témoignent publiquement pour alerter.
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Les faits datent d'il y a six ans. En 2014, Angélique porte plainte après avoir été agressée sexuellement par son gynécologue, Bernard Henric. En 2015, l'homme est mis en examen pour "viols par personne abusant de l'autorité conférée par ses fonctions" et "agressions sexuelles". Le parquet d'Arras, cité dans le JDD, parle également d'"actes anormalement longs sur des zones érogènes, parfois pendant 45 minutes" et précise que "l'instruction a retenu 62 victimes potentielles".

Aujourd'hui, Bernard Henric exerce toujours comme endocrinologue, toujours à Arras. Parce qu'il "ne faut surtout pas que ça recommence", Angélique et A., sa soeur, racontent leur calvaire dans une interview pour France 3 Hauts-de-France.

"Une confiance aveugle"

Le 10 novembre 2014, quelques semaines après son accouchement, la première a rendez-vous avec son gynécologue - le seul qu'elle connaisse dans la région - pour démarrer sa rééducation périnéale. Bernard Henric lui demande de s'asseoir de façon à ce qu'elle ne puisse pas voir les gestes qu'il va réaliser. "Je lui ai demandé si c'était nouveau cette manière de faire, mais il m'a dit qu'il mettait toujours le siège comme ça", explique-t-elle à la chaîne locale. Après quelques exercices, elle sent la respiration du médecin sur sa vulve. Puis sa langue.

L'interview d'Angélique, victime présumée d'un gynécologue

"Je me dis, ce n'est pas possible, ce n'est pas ça", confie-t-elle. "Je ne sens plus mes jambes, je ne me sens pas très bien. Je sens sa langue une seconde fois puis une troisième fois." Elle entre dans un état de sidération : elle n'arrive pas à réagir. "Je me dis qu'il faut que je fasse un truc mais je me demande ce que je peux dire", poursuit-elle. "Ce qui me passe par la tête, c'est de dire que j'ai des crampes."

Bernard Henric continue malgré tout : "Je finis par lui dire qu'il faut vraiment que ça s'arrête car j'ai envie de faire pipi".

Ce sont ces mots qui arrêtent l'homme. Angélique repart du cabinet, sous le choc de ce qui vient de se passer. "Le pire, c'est qu'après ça, je lui ai fait un chèque et que je lui ai serré la main", livre-t-elle. "Je m'en veux de ne pas m'être assise, de n'avoir réellement rien dit." Elle avoue ne pas vouloir porter plainte, au début. Et puis une ancienne collègue lui fait prendre conscience de la gravité des faits. "Je l'ai fait pour protéger de futures potentielles clientes", déclare-t-elle. "J'ai réalisé que j'aurais été capable d'amener ma fille chez ce gynécologue tellement j'avais confiance en lui. Il fallait que je l'arrête pour que ça n'arrive plus à personne."

Sa soeur, A., rapporte quant à elle s'être rendu compte avoir été agressée lorsqu'elle consulte un autre praticien. "Il m'a dit que mon utérus était un peu sur le côté. J'ai répondu : 'Vous pouvez me le remettre ?' Il m'a regardé très gêné : 'Qui est votre gynéco ?'". Elle lance : "Bernard Henric". Le praticien baisse les yeux.

Une autre plaignante s'était rétractée

Angélique et A. ne sont pas les seules à avoir été supposément agressées par le gynécologue. En 2009 déjà, le JDD explique qu'une jeune femme avait porté plainte avant de se rétracter suite à une confrontation avec le médecin. Cinq ans plus tard, un obstétricien de l'hôpital d'Arras avertit par courrier le président de l'Ordre des médecins du Pas-de-Calais de l'époque, Marc Biencourt, que cinq femmes auraient subi des "attouchements prolongés à connotation sexuelle". Courrier dont ce dernier assure ne pas se souvenir.

Depuis la mise en examen de Bernard Henric, l'accusé nie les faits et l'enquête judiciaire stagne. Appuyé de ces témoignages, l'avocat des deux soeurs et victimes présumées du gynécologue a demandé une audition au magistrat. Une façon d'accéder au dossier et de, on l'espère, le faire avancer.