On la vire d'une réunion Pôle Emploi parce qu'elle allaite son bébé

Elle allaite son bébé à Pôle Emploi, on lui demande de partir.
Elle allaite son bébé à Pôle Emploi, on lui demande de partir.
Il ne se passe pas une semaine sans qu'un fait divers nous le rappelle : le corps des femmes est volontiers sur-sexualisé, soumis à la culpabilité et aux injonctions sociales. Et ce n'est pas cet énième bad buzz qui nous contredira.
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Imaginez. La scène se déroule dans le cadre (trop) familier d'un centre Pôle Emploi. Il est neuf heures du matin. Une femme se rend à une réunion collective. Son mari travaille. Elle n'a donc pas d'autres choix que d'emmener avec elle son jeune fils de cinq mois. Histoire de ne déranger personne, elle s'installe au fond de la salle. Trente minutes passent. Il fait chaud - mois d'août oblige. Son fils pleure. Elle se met donc à lui donner le sein. Et là, l'enfant se calme. Ouf. Mais tout le monde n'est pas tranquille. Surtout pas la conseillère Pôle Emploi, qui lui demande de quitter la salle. Car "ce n'est pas possible de procéder ainsi dans les locaux". On croit rêver. Mais non.

La jeune mère de famille est donc partie. Atone. Mais n'avait pas dit son dernier mot, loin de là. Sur Facebook, elle relate son récit à des internautes indigné·e·s et nous incite à relayer ce scandale. D'abord, elle avoue être restée sans voix. Abasourdie.

"Tellement honteuse, je n'ai pas osé réagir ! Mais [cette conseillère] a-t-elle le droit de faire ça ?? Pour quelle raison ??". Ensuite, elle pose la question qui fâche : "si j'avais sorti un biberon, comment cela se serait-il passé ?". Une interrogation des plus pertinentes hélas. Car malgré l'absence d'interdiction officielle, il n'est pas toujours recommandé d'allaiter son enfant en public. Et on ne cessera de le déplorer.

"Je ne vais pas en rester là"

A raison, la jeune maman Anaëlle Jean parle de "discrimination" et de pratique illégale. Sous sa publication partagée plus de 400 fois et abondamment commentée, les indignations pleuvent, et ce malgré quelques réactions de mecs jugeant la situation "inappropriée" (merci d'avoir participé) : "C'est une blague ??", "C'est du grand n'importe quoi", "La conseillère devrait avoir honte de sa décision", "Cela aurait été un biberon, elle n'aurait rien dit". Un internaute y va même de son coup de gueule, pour le coup salutaire. "J'ai en mémoire que certains membres des Femen ont été poursuivis en justice pour "exhibition sexuelle" [car] leur poitrine était à nue... Doit-on en conclure que les seins d'une femme sont considérés comme une sorte d'appareil génital en France ? A contrario, un homme exhibant son torse ne subira nullement le même jugement. Égalité des sexes ? Où ça ?".

On ne lui fait pas dire. Une injustice qui, de la pratique du topless sur les plages à l'allaitement en public, nous démontre que les mentalités sont loin d'évoluer. Rappelez-vous. En juillet dernier déjà, la compagnie aérienne KLM Airlines jugeait bon de rappeler sur les réseaux sociaux que "tous les passagers ne sont pas à l'aise avec l'allaitement dans leur voisinage". Quitte à obliger les mères de famille à couvrir leur poitrine, et ce malgré l'absence de telles injonctions au sein du règlement. L'occasion de rappeler ces mots de l'organisation Equality Now : "les attitudes négatives à l'égard de l'allaitement en public découlent de la sexualisation excessive du corps des femmes". Qu'importe le lieu, le poids du regard subsiste.

"C'est honteux que, de nos jours encore, les femmes soient pénalisées lorsqu'elles réalisent un acte des plus naturels", s'accorde à dire une voix anonyme. A ce jour, aucune excuse ne semble avoir été présentée à la jeune femme. Comme le précise Au Feminin, le directeur de l'agence s'est contenté d'expliquer que le souci n'était pas l'allaitement mais "les pleurs de l'enfant". Curieux argument puisqu'il est précisé que l'enfant, justement, ne pleurait plus lorsque sa mère lui a donné le sein.

"Nous aurions pu lui proposer de s'isoler dans une pièce pour allaiter, mais il semblait qu'il était plus simple pour elle et les autres participants de convenir d'un autre rendez-vous", ajoute-t-il. Pourquoi pas. Anaëlle Jean, de son côté, l'affirme : "Je ne vais pas en rester là".