Pourquoi "Nonante-Cinq" est l'album d'Angèle le plus émouvant

Féministe, dansant, émouvant... Avec "Nonante-Cinq", Angèle réussit le pari du second album péchu et inspiré. On y retrouve sa faculté à se mettre à nu, aussi à l'aise dans l'introspection que dans les sujets de société sensibles.
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Comment passer après le succès de tubes comme Balance ton quoi ou Tout oublier ? Une question à laquelle Angèle rétorque avec inventivité et pudeur dans son second album tant attendu, Nonante-Cinq. Un florilège de chansons entêtantes qui concilient ce que la jeune chanteuse belge sait faire de mieux. A savoir ?

Des sons tantôt intimes et sentimentaux, dansants et féministes. On y retrouve ce qui avait tant ému à l'écoute de Ta Reine ou plu à celle de Jalousie : un gros plan introspectif plein de lucidité sur les émotions de son interprète et de sa génération d'auditeurs et auditrices, entre ruptures, incertitude du lendemain, espoir et sororité.

Par exemple ? Le bouleversant Taxi, où l'on retrouve le spleen pianoté et poétique qui faisait déjà toute la force de chansons d'amour douloureuses comme "Tu me regardes" : "Ce soir dans un taxi, par une dispute sans queue ni tête / La buée et la pluie se reflètent dans tes yeux fâchés / Si tu disparais demain, mon coeur se sera vidé / Et il me glissera des mains, oh tu vois tu m'as bien changée".

Amour au coeur du tube Bruxelles je t'aime bien sûr mais aussi de Solo, délivrant un subtil message sur nos relations sentimentales : "Pourquoi attendre tout de l'autre / Pour combler nos manques et nos névroses ?".

Mais Angèle se permet également de le rappeler : on ne blesse pas par amour.

"Tempête", un son poignant

La chanson "Taxi" d'Angèle

C'est là le sujet d'une chanson poignante et engagée : Tempête. Angèle nous raconte ici le quotidien d'une femme victime de violences conjugales ("Encore une tempête, encore une alerte / Sa rage la guette"). Avec sensibilité, l'artiste retranscrit la douleur de cette dernière et ses espoirs. Le récit d'un phénomène d'emprise et d'une fuite impossible. Entre les lignes, Angèle s'en prend subtilement à une certaine idéalisation culturelle des relations toxiques : "Alors qu'elle lui dit : "On ne s'aime plus comme avant" / Il continue dans son déni, il dit qu'ils vont de l'avant / J'ai été folle de t'aimer si fort, folle d'aimer fort un fou".

Peur, attente des "jours joyeux", "dernière fois" qui n'en finit pas ("la dernière fois, c'est plusieurs fois")... Des impressions que l'on retrouve dans de nombreux récits de violences au sein du couple, comme la websérie de Lisa Miquet, A Double Tour. On pense également aux mots de Clara Luciani, qui chantait dans Coeur, premier son de l'album éponyme : "L'amour ne cogne que le coeur". Deux airs qui se font intelligemment écho.

La chanson "Tempête" d'Angèle

Par-delà un feat très RnB avec le rappeur Damso et une réflexion sur la vie confinée (Plus de sens), on retiendra encore la finesse d'écriture de chansons comme Profite, témoignage d'angoisses très générationnels : "Y'a des jours, on a peur de vieillir / Peur de manquer, envie de découvrir / Et quand on veut profiter, on oublie / Qu'on passe à côté de nos vies".

Une douce amertume qui synthétise la singularité d'Angèle : proposer des airs pop pleins de gravité sourde, des morceaux très personnels qui, pourtant, résonnent tant dans nos vies.