Au Texas, une femme politique veut pénaliser la masturbation masculine

Une manifestation de soutien à l'avortement le 2 mars 2017 devant la Cour Suprême
Une manifestation de soutien à l'avortement le 2 mars 2017 devant la Cour Suprême
Vendredi 10 mars, l'élue texane Jessica Farrar a déposé un projet de loi pour pénaliser les hommes qui se masturbent. Objectif de cette loi ahurissante : défendre le droit à l'avortement, régulièrement attaqué au Texas.
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C'est ce qu'on appelle troller en beauté. Pour défendre le droit à l'avortement, régulièrement remis en question au Texas, Jessica Farrar, une élue démocrate de cet État conservateur a décidé de mettre les opposants à l'IVG face à leurs propres contradictions.

Vendredi 10 mars, elle a déposé auprès de la Chambre des représentants le projet de loi HB 4260. Intitulé "Man's Right To Know Act", il prévoit de "réguler la santé et la sécurité des hommes" comme le sont la santé et la sécurité des femmes. Dans son projet de loi, Jessica Farrar précise notamment qu'elle souhaite soumettre à une amende de 100 dollars (environ 115 euros) tout homme se masturbant en dehors d'un établissement médical. "Si le sperme d'un homme n'est pas utilisé à des fins de procréation, alors c'est une perte, car il peut et doit être utilisé pour créer la vie.", a déclaré à la BBC Jessica Farrar, reprenant à son compte et détournant les arguments éculés par les opposants à l'avortement. "Les hommes doivent être responsables de leurs actions. S'il doit y avoir éjaculation, cela doit se faire à l'hôpital où le sperme pourra être conservé pour des grossesses éventuelles ou sera directement déposé dans le vagin de la femme", a-t-elle ajouté.

Autre mesure proposée par la loi de Jessica Farrar : la vasectomie obligatoire pour toute délivrance de Viagra ou avant une vasectomie. Le texte de loi prévoit également pour les médecins la possibilité d'"invoquer leurs croyances personnelles, morale ou religieuses pour refuser de prescrire du Viagra".

Un contrôle permanent du corps des femmes

Saugrenue et parfaitement ironique, cette proposition de loi obligeant les hommes à se plier aux mêmes injonctions que les femmes pourrait être amusante si elle ne mettait pas en lumière une réalité aussi dramatique. "Beaucoup de gens trouvent ce texte amusant. Ce qui n'est pas drôle, ce sont les obstacles auxquels sont confrontées chaque jour les femmes au Texas, des obstacles [...] qui leur rendent l'accès aux soins très difficile", a expliqué Jessica Farrar au site MySanAntonio.com.

Bien entendu, le texte de loi déposé par l'élue démocrate n'a aucune chance d'être adopté par la Chambre des représentants texane, où siègent en majorité des républicains opposés à l'avortement. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas manqué de critiquer la proposition de loi déposée par Jessica Farrar, expliquant que seul un embryon fécondé avait besoin d'être protégé, et lui demandant si elle comptait étendre sa proposition de loi à toutes les femmes en âge de concevoir un enfant. Mais pour la démocrate, c'est avant tout l'ingérence permanente des politiques dans la vie intime des femmes qui est insupportable, d'autant plus dans un État qui a pris ces dernières années de nombreuses mesures pour restreindre l'accès à l'IVG.

Le Texas possède en effet certaines des lois sur l'avortement les plus restrictives des États-Unis. L'État a récemment voté une loi rendant obligatoire pour les femmes l'organisation de funérailles pour leur embryon avorté.

Pour Jessica Farrar, c'est inadmissible. Tout comme il est inadmissible pour le personnel médical de culpabiliser les femmes choisissant d'interrompre une grossesse non-désirée, de faire valoir les implications morales du recours à l'IVG ou de les forcer à regarder des images de foetus pour les inciter à changer d'avis. Il est aussi courant de pratiquer avant un avortement une échographie vaginale intrusive pour faire entendre le rythme cardiaque du foetus ou bien de recevoir des avertissements quant aux taux supposément élevés de cancer du sein chez les femmes ayant avorté – ce qui a été plusieurs fois démenti.