L'exemple du courage et de la sororité face au Sénat américain

Christine Blasey Ford
Christine Blasey Ford
Avec son audition pour raconter son agression sexuelle présumée, l'accusatrice du candidat à la Cour Suprême des Etats-Unis Brett Kavanaugh, Christine Blasey Ford s'est sacrifiée pour ses soeurs.
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Ce qui s'est passé au Sénat américain jeudi 27 septembre est un exemple pour toutes les femmes mais aussi pour beaucoup d'hommes. C'est une leçon de sororité.

En ce moment aux Etats-Unis se tient l'entretien d'embauche d'un nouveau juge à la cour suprême, équivalent de notre Conseil constitutionnel. Le candidat actuellement entendu, le juge Brett Kavanaugh, a été proposé par le président Donald Trump en juillet. Il est conservateur et jeune.

C'est une opportunité en or pour le parti présidentiel, les Républicains. En effet, si Brett Kavanaugh est confirmé par le Sénat dans cette fonction, il sera juge à la Cour Suprême à vie, or il n'a que 53 ans. Ce qui assure aux Républicains un poste important pendant encore plusieurs dizaines d'années pour appliquer un agenda conservateur au plus haut sommet du pays.

Or cet entretien d'embauche qui ne devait être qu'une formalité, a connu un petit grain de sable dans un beau rouage bien huilé. Trois femmes l'accusent de les avoir agressées. D'abord il y a Christine Blasey Ford, une professeuse en Psychologie de l'université de Paolo Alto en Californie, puis Deborah Ramirez une ancienne camarade d'université qui l'accuse de lui avoir mis son pénis en plein visage lors d'une fête. Une troisième femme, Julie Swetnick l'accuse d'avoir était présent pendant un viol collectif pendant ses années d'université.

Une femme digne contre un homme en colère

Jeudi 27 septembre, Christine Blasey Ford était auditionnée par la commission du Sénat américain qui décide de la confirmation du juge Brett Kavanaugh au poste de juge à la Cour Suprême. Elle fut un exemple de courage pour beaucoup. Mais aussi un exemple brillant de sororité.

Dans son texte introductif qui a duré plus de 17 minutes, Christine Blasey Ford, raconte dans les détails son agression présumée, la voix emplie d'émotion. Elle accuse Brett Kavanaugh d'avoir essayé de la violer il y a 36 ans lors d'une soirée lycéenne.

Elle dit valoir son salut au maillot de bain une pièce qu'elle portait et qui aurait empêché de Brett Kavanaugh de pouvoir la déshabiller entièrement pour la violer. Sa plus grande peur a été selon elle de mourir alors qu'il lui plaquait la main contre la bouche pour l'empêcher de crier.

L'audition de Christine Blasey Ford

L'exemple du témoignage de Christine Blasey Ford qui est venue parler devant le sénat américain est un exemple de sacrifice sororal. Cette professeuse de psychologie n'a rien à gagner à se présenter et à témoigner. Juste des menaces pour sa famille. Elle a sans doute sacrifié sa vie tranquille et celle de sa famille pour pouvoir témoigner pour qu'un agresseur présumé ne puisse entrer à vie à la Cour suprême. Elle a décrit pendant son audition les menaces qui pèsent aujourd'hui sur sa famille et le harcèlement dont elle est la victime.

"Mon devoir civique"

À plusieurs reprises, elle a parlé de "devoir civique" quant à son témoignage. Elle a aussi raconté comment ces dernières semaines elle a hésité à venir devant le Sénat à visage découvert pour être entendu et soumise à la vindicte.

Dans son discours introductif elle martèle de sa voix intimidée mais sûre d'elle : "Je ne suis pas là parce que je veux être là. Je suis terrifiée. Mais je suis là parce que c'est mon devoir civique de vous dire ce qui m'est arrivé quand Brett Kavanaugh et moi étions au lycée".

Pendant plus de quatre heures, elle va défendre son témoignage, fermement. Comme cette fois où on lui demande si elle est sûre que Brett Kavanaugh est son agresseur : "Cent pour cent". Chaque mot est appuyé.

En se mettant en avant et en racontant son agression présumée, elle met à mal la confirmation de ce juge qui par ses positions conservatrices, va à contre-courant des droits des femmes. Elle aura mis la sororité avant sa réputation.

Les soutiens de Christine Blasey Ford

Pour l'occasion, l'actrice, productrice et militante Alyssa Milano était dans la salle du Sénat pour assister à cette journée d'audition. Dans la journée, elle a publié un poème à destination de Christine Blasey Ford.

Il est emprunt de sororité : "Si seulement je pouvais te sauver, t'aider, enlever ce poids de tes épaules fatiguées et devenir la joie d'un toi sans fardeau, je le ferais. D'elle aussi et de lui aussi je t'enlèverais et je porterai ton poids, je le porte déjà [...] Nous sommes les reines éphémères d'Ephyra. Plus que vous ne le pensez, nous vous trompons en survivant au dessein de la société. Est-ce que tu nous vois ? Nous sommes ici. Bras dessus bras dessous. Chuchotez votre histoire sur la montagne. Le son nous protège tous. Crie ton histoire sur les oreilles d'un sourd."

Des sénateurs et sénatrices démocrates, qui ne sont pas du même bord politique que Brett Kavanaugh ni de la majorité au Sénat qui est républicaine, on salué le courage de Christine Blasey Ford. Notamment le sénateur Cory Booker qui a déclaré : "Vous faites preuve de courage, vous influencez la culture de notre pays et vous brillez de mille feux avec cela. Dire la vérité n'est rien de moins qu'héroïque."

Une autre démocrate, la pugnace Kamala Harris, lui a confessé son admiration : "Vous avez eu le courage de vous manifester. Comme vous l'avez dit, vous croyez que c'était votre devoir civique [...] Je veux vous remercier pour votre courage, je veux vous dire que je vous crois. Je vous crois."

Alors qu'il et elle sont sous serment, l'un des deux, de Christine Blasey Ford ou de Brett Kavanaugh, ment. Pourtant d'une professeuse se tenant terrifiée mais sûre d'elle qui n'a rien à gagner, et d'un juge en colère qui défend une carrière qui semble lui échapper, c'est elle que les commentateur•trices croient.

Christine Blasey Ford a même réussi à convaincre nombre de commentateur•trices de la très trumpienne et très conservatrice chaîne Fox News, l'un d'eux analysant par exemple : "C'est un désastre pour les Républicains".

L'histoire de Christine Blasey Ford en rappelle une autre, celle d'Anita Hill. En 1991, cette professeuse de droit avait témoigné devant le Sénat à l'occasion de la nomination du juge Clarence Thomas à la Cour Suprême. Elle avait raconté les propos à caractère pornographique que ce dernier lui tenait sur son lieu de travail. Il avait fini par avoir le poste à l'issu d'un vote serré.

Aujourd'hui les manifestant•tes crient aux abords du Sénat : "Nous te croyons Anita Hill, nous te croyons Christine Blasey Ford". Avec cette démonstration de sororité, l'issue ne sera peut être pas la même qu'en 1991. Réponse lundi 1er octobre pour le vote final.