L'autonomie gynécologique, c'est quoi ?

L'autonomie gynécologique, c'est quoi ?
L'autonomie gynécologique, c'est quoi ?
La pratique de l'autonomie gynécologique vise à inciter les femmes à connaître davantage leur corps et les petits maux qui peuvent perturber leur intimité. Une façon de reprendre le contrôle, nous explique Gaëlle Baldassari, fondatrice de "Kiffe ton cycle" et du Sommet du cycle menstruel.
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Du 28 juin au 4 juillet 2020 aura lieu le quatrième Sommet du cycle menstruel. Une rencontre 100 % virtuelle, 100 % gratuite, dédiée au public et aux professionnel·le·s et organisée par Gaëlle Baldassari, coach auto-proclamée "hackeuse de cycle menstruel" et autrice du livre et blog Kiffe ton cycle. Une plateforme instructive qui veut que "le cycle retrouve ses lettres de noblesse".

Au programme de cette édition, un sujet encore méconnu : l'autonomie gynécologique. Une vingtaine de conférences animées par de nombreux·se·s expert·e·s (on retient "Découverte de son bassin et son périnée", "La symptothermie"(méthode naturelle pour gérer la fertilité), "Flux libre instinctif", ou encore "L'éducation au plaisir féminin") aborderont les façons dont on peut prendre en main son intimité, et plus précisément certains des petits soucis de santé qui y sont liés.

Briser le tabou qui entoure la gynécologie dans son ensemble et s'emparer du "gynéco power", annonce l'événement. Forcément, on a voulu en savoir plus. Car le terme nous intrigue, et une question nous taraude presque immédiatement : est-ce bien raisonnable de conseiller aux personnes dotées d'un vagin de s'auto-diagnostiquer ?

Un procédé qui ne remplace pas l'expertise médicale

Pour Gaëlle Baldassari, il ne s'agit pas de supprimer la consultation gynéco, bien au contraire. Mais plutôt de connaître davantage son corps. "Tous·tes les intervenant·e·s précisent dans leur prise de parole la limite des pratiques personnelles", assure-t-elle. "J'ai envie de dire que c'est de ne pas se comprendre qui éloigne des praticien·ne·s. Car quand on ne comprend pas, quand nous avons honte, cela fige et repousse bien souvent la consultation. Connaître les bases permet de savoir aussi quand il est nécessaire de consulter (parfois sans attendre)."

Elle nous explique d'ailleurs que l'autonomie gynécologique vise les anomalies minimes, et non les problèmes majeurs qui eux, nécessitent une intervention experte. "C'est l'ensemble des choses que nous aurions dû apprendre étant jeunes pour pouvoir gérer les petits maux du quotidien par nous-mêmes", précise-t-elle. "Des mycoses récidivantes aux règles abondantes en passant par les soucis liés au désir ou encore le fait de comprendre nos analyses médicales. Il y a aussi les auto-stimulations pour accompagner les désagréments liés au cycle, par exemple."

En s'informant sur ce qui est susceptible de se passer au niveau de notre appareil génital - pendant nos règles, mais aussi suite à un rapport sexuel par exemple - on se réapproprierait la zone au-delà de la chair. Un acte quasi militant.

"Un vecteur d'empowerment pour les femmes"

"Le savoir, c'est le pouvoir", disait Francis Bacon, et notre interlocutrice semble approuver. Elle admet de son côté considérer "l'ignorance comme un souci", tant elle mène à des obstacles néfastes entre les femmes et leur émancipation.

Elle ajoute que cette autonomie gynécologique qu'elle prône permet entre autres de "comprendre son bassin, savoir reconnaître les signes de l'ovulation ou encore apprendre à se passer de protections hygiéniques", en régulant son flux, notamment. Et en étant plus en phase avec son propre corps, pour finalement gagner en confiance en soi - auprès de son entourage, mais aussi des médecins auxquels ont s'adressera par la suite.

"Quand nous sommes autonomes nous gagnons en confiance car nous nous comprenons", insiste Gaëlle Baldassari. "Nous pouvons aussi mieux guider les médecins que nous serons amenées à consulter si le problème le nécessite. Nous retrouverons aussi la possibilité de régler certains désagréments pour lesquels la seule réponse médicale est : 'il faut faire avec'", déplore-t-elle. Une phrase entendue par beaucoup, qui contribue par la même occasion à minimiser la douleur des femmes.

Mieux prendre soin de soi en s'émancipant, en quelques sortes. "Nous offrons la possibilité d'être en meilleur santé, de faire alliance avec nous-mêmes", affirme-t-elle. "C'est un vecteur d'empowerment pour les femmes."

Vaincre un tabou nuisible

Gaëlle Baldassari oppose également les lacunes concernant notre sexe, comparées aux connaissances populaires sur d'autres parties du corps. "Pour les rhumes et autres petits problèmes bénins, nous savons parfaitement que faire alors que dès que cela touche la sphère intime chez les femmes, presque rien n'est transmis." Comprendre qu'on aura quasi instinctivement recours à de l'eau chaude et du citron pour soigner une gorge irritée, mais le réflexe semblera moins évident en cas de vulve qui démange.

La raison est aisément identifiable : le tabou coriace qui entoure la sexualité féminine, et plus généralement le corps de la femme.

Être autonome gynécologiquement parlant, jusqu'à un certain niveau, permettrait donc de "reprendre du pouvoir sur notre intimité grâce à la connaissance, la compréhension et la maîtrise des bases pour s'accompagner en autonomie", poursuit-elle.

Mais plus concrètement, comment faire ? "Il faut tout un Sommet pour y répondre", plaisante Gaëlle Baldassari. "Mon conseil serait d'abord d'aller à la rencontre de soi. Comment suis-je faite, s'auto-palper les seins, regarder sa vulve, observer ses pertes blanches pour comprendre son cycle, apprendre à s'auto-masser. Se comprendre et savoir comment est fait notre bassin, comment se construit le plaisir et le désir aussi."

Elle évoque également des réflexes à prendre au quotidien : "Pour les mycoses comme pour les règles abondantes, la qualité de vie et notamment l'alimentation saine joue un rôle essentiel. Il est possible de régler ces désagréments en changeant d'habitudes alimentaires, comme diminuer le sucre pour les mycoses et limiter l'inflammation du corps avec une alimentation anti-inflammatoire pour les règles très abondantes."

En tout cas, le sujet vise juste : 13 000 participant·e·s se sont déjà inscrites au rendez-vous. "Nous allons parler de la possibilité d'utiliser pour soi-même un spéculum ou encore de se passer de protections hygiéniques, nous allons aussi parler des mécanismes du désir, ou de la masturbation", détaille l'instigatrice. "Autant de sujets qui font rougir voir tourner les talons encore une grande partie de la population... Mais les choses avancent et nous espérons pouvoir faire bouger les lignes rapidement en démontrant qu'il est facile d'aborder simplement ces sujets." Ce qui est sûr, c'est que la discussion est lancée - et pour le meilleur.