Une influenceuse harcelée après avoir parlé de sexe : les femmes contre-attaquent

L'interview de "Clarification" sur Yahoo Style.fr.
L'interview de "Clarification" sur Yahoo Style.fr.
Pour avoir osé parler de fellation le temps d'une interview-vidéo, l'influenceuse Clarisse Luiz subit depuis quelques jours un virulent cyberharcèlement. Pour la défendre, un hashtag s'impose : #JeSuisClarisse. Ce n'est pas une affirmation, c'est une indignation.
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Il en faut peu pour faire rager les misogynes. Il suffit juste d'une simple interview-vidéo. En l'occurrence, un entretien instructif et pêchu de quelques minutes avec Clarisse, 22 ans, plus connue sous le nom de Clarification. Cette jeune influenceuse a partagé au site Yahoo Style les détails de sa "première fois", et plus précisément sa première fellation. L'occasion de décocher quelques "tips" bienveillants aux jeunes qui l'écoutent. Hélas, les réactions qui s'ensuivirent sur la page Twitter du média furent très nombreuses. Et particulièrement haineuses.

Les réflexions au ras des pâquerettes de la part d'internautes (le plus souvent masculins) ne manquent pas : Clarisse est accusée de "pervertir" les plus jeunes qui tomberaient sur cette publication, d'évoquer des choses "privées", est insultée de tous les noms. Bref, elle fait l'objet de ce que l'on appelle le "slut-shaming". Une vague de cyberharcèlement qui a incité la créatrice à désactiver son compte. Les attaques furent si virulentes que Yahoo a également décidé de supprimer la vidéo six jours plus tard. Et oui, en 2019 encore, une femme qui parle librement et sans complexe de (sa) sexualité attise toutes les passions, des discours moralistes aux noms d'oiseaux.

Mais sur les réseaux sociaux, nombreuses sont celles à dénoncer cette injustice. En guise de mot d'ordre, un hashtag : #JeSuisClarisse.

Hypocrisie massive

Par-delà la violence de ces réactions, c'est une hypocrisie générale qui est - à juste titre - épinglée. Celle des anonymes qui sexualisent le corps des femmes et consomment de la pornographie, mais n'acceptent pas de voir les principales intéressées parler sans détour de leur intimité. Et ne peuvent supporter l'idée que des jeunes femmes aient envie de s'instruire à ce sujet. C'est d'ailleurs ce qu'explique Laetitia Reboulleau, journaliste à Yahoo, en s'adressant directement à ces misogynes : "C'est incroyable comme vous êtes pas foutus d'écouter les femmes parler de sexe sans les harceler. Vraiment, vous n'imaginez pas le ras-le-bol. Dès qu'on parle de sexe, de problèmes féminins, de body-positive, de féminisme, on se retrouve la cible d'insultes. En commentaires. Par tweets. Dans nos DMs, sur nos adresses mails".

"Combien de mes collègues femmes refusent désormais de signer leurs articles, de montrer leurs visages dans des vidéos justement pour ne pas avoir à subir ce harcèlement ?", s'interroge encore la journaliste.

A ses côtés, nombreuses sont les voix féminines à s'indigner. Et à rappeler les vertus éducatives de l'entretien initial. "Arrêtez de faire les choqués, plus jeune j'aurais adoré pouvoir trouver de tels témoignages pour m'informer, là où en parler avec mes parents était compliqué", explique en ce sens une internaute, avant de poursuivre : "Laissez donc les femmes et les hommes partager leurs expériences, le sexe est une énorme partie de la vie et c'est comme tout, ça 's'apprend' ne serait-ce que pour connaître les risques ou mieux comprendre son corps".

Et les commentaires qui abondent sous ce thread de Yahoo Style de démontrer l'étendue de ce slut-shaming organisé : les "trolls" (ou cyber-harceleurs) se félicitent d'avoir provoqué la suppression de la vidéo. De quoi raviver le sens de l'expression #MenAreTrash. "On devrait supprimer le problème et pas ce qui devrait n'en causer aucun. Et oui, on parle bien des mâles fragiles qui peuvent parler de leur bite pendant des heures mais qui s'offusquent dès qu'un vagin fait coucou...", ironise une internaute féministe.

 

Pour contrer ces hourras très "boys club", nombreuses sont celles à soutenir l'influenceuse. On la remercie d'avoir su bousculer un tabou et d'être une voix alternative, plus "sex-ed", pour les plus jeunes qui bien souvent ont une vision déformée de la sexualité. "À partir du moment où les enfants ont un téléphone ou que leurs potes en ont un, ils voient du porno, soit 10-11 ans. J'ai trois ados et je préfère qu'ils écoutent ce que dit Clarisse plutôt que regarder du porno pas éthique", affirme une internaute.

"Je sais pas trop quoi dire de plus aux mecs qui ont harcelé Clarisse que "vous êtes une belle bande de grosses merdes". On parle de sexe si on veut. On parle de nos règles si on veut. On montre nos corps si on veut. On vous dit "non" si on ne veut pas", explique une autre twitta en affirmant à l'unisson : "#JeSuisClarisse".

Et l'internaute solidaire de renvoyer dans les choux les "mascus" paternalistes : "Les tabous sont un réel danger, surtout quand ça concerne le sexe. Messieurs, va falloir un jour arrêter de vous croire suffisamment supérieurs aux femmes pour penser qu'il est légitime de nous imposer ce qu'on a le droit - ou pas- de dire ou faire".

Plus qu'une histoire de "fellation", c'est évidemment cette idée d'une parole féminine libre qui semble en bousculer beaucoup - et surtout, beaucoup trop. Raison de plus pour le clamer aujourd'hui : #JeSuisClarisse.