Et si ce "non-confinement" était mauvais pour notre santé mentale ?

Le non-confinement est-il mauvais pour la santé mentale ?
Le non-confinement est-il mauvais pour la santé mentale ?
Alors que le président Emmanuel Macron s'est enorgueilli de ne pas avoir reconfiné en janvier dernier, le moral des Français·e·s est au plus bas. Entre l'épidémie qui flambe, un reconfinement dur qui semble inévitable aux yeux des scientifiques et les espoirs de la vaccination, la situation sanitaire entraîne des injonctions contradictoires et une incohérence difficiles à supporter.
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Couvre-feu, vaccins, coronavirus mutant, "mesures de freinage"... Ces derniers mois, les (quelques) bonnes nouvelles s'enchaînent au rythme des mauvaises. Et les nouvelles annonces gouvernementales n'apportent pas toujours de la clarté. "C'est incompréhensible. On ne sait pas quand on va s'en sortir", regrette Lisa, 22 ans. L'incohérence et l'incertitude de la situation sanitaire pèsent sur le moral de l'étudiante.

En repoussant à ce stade tout confinement total, en morcelant et en territorialisant les mesures ou encore en les incitant à sortir, le gouvernement espère pourtant envoyer un signal positif pour la santé mentale des Français. Les restrictions sont désormais pensées pour "ménager le bien-être", affirmait au HuffPost le ministère de la Santé, à la sortie d'une réunion à Matignon avec Jean Castex et Frédérique Vidal, ce lundi 22 mars. En voulant préserver la psyché des Français, cette stratégie pourrait malgré elle la dégrader.

À force de repousser les échéances et d'ajuster au jour le jour, le gouvernement nourrit les contradictions et les incertitudes générées par la crise du Covid-19, aux effets délétères sur la santé mentale. Lasse, Lisa a arrêté de suivre les annonces du gouvernement. "Pile au moment où Jean Castex a reporté l'échéance d'un troisième confinement", se souvient l'étudiante.

Paradoxalement, l'intention du Premier ministre était à l'époque de soulager les Français. Trop pesante psychologiquement et économiquement, la solution du confinement a été bannie, à ne déterrer qu'"en dernier recours", selon Jean Castex. Chez elle en Haute-Savoie, Lisa échappe aux nouvelles restrictions, mais rien n'y fait. "Je suis à fleur de peau, ce n'est pas à mon habitude", souffle la jeune femme, excédée.

La France, plus dépressive libre que confinée


Les malheurs de Lisa ne surprennent pas Xavier Briffault, sociologue de la santé interrogé par le HuffPost : "Cette perte de cohérence venant du monde extérieur dégrade notre santé mentale. Nous avons besoin de comprendre notre vie et nos difficultés". Le directeur de Covadapt, programme de recherche du CNRS sur la santé mentale, est de plus en plus inquiet. "La stratégie du gouvernement n'aide pas forcément, d'un point de vue psychologique. Cela aurait été bénéfique si de nouvelles mesures avaient effectivement été évitées", explique le chercheur.

Santé mentale pendant le Covid
Santé mentale pendant le Covid

22,7% des Français interrogés en février par Santé publique France dans le cadre de l'enquête CoviPrev affirmaient se sentir dépressifs et anxieux. C'est pire que durant les premier et deuxième confinement. Pour Xavier Briffault, ce bilan s'explique en partie par le tiraillement qu'impose la situation actuelle, entre les nouvelles restrictions et une vaccination porteuse d'espoirs mais au démarrage trop lent. "L'incertitude et l'incohérence sont pathogènes, ce sont des facteurs environnementaux qui dégradent la santé mentale", explique le chercheur.

"Les ordres se contredisent de plus en plus fréquemment. En psychiatrie, on connaît bien les effets des injonctions contradictoires. Lorsqu'un patient reçoit un ordre puis son contraire à quelques minutes d'intervalle, il devient fou", souligne auprès du HuffPost Serge Hefez, psychiatre parisien. À l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, ses consultations explosent. Ses patients, enfants et adolescents évoquent systématiquement les incohérences de la crise sanitaire, lorsqu'ils arrivent à se confier.

Sans cap, et avec un éventuel reconfinement total suspendu façon épée de Damoclès, Élise est paralysée : "Je suis de plus en plus déprimée, incapable de prévoir quoi que ce soit parce que tout est incertain", murmure la stagiaire de 22 ans. Elle ne prévoit plus rien en dehors de son travail à la préfecture de l'Isère. Ni week-end, ni vacances, ni insertion professionnelle. "Je n'en peux plus d'être dans l'attente. J'ai l'impression d'être prise pour du bétail. Je me tais, travaille et rentre le soir pour pleurer".

"Le coronavirus tue, les hôpitaux sont pleins, mais finalement, on n'est pas confinés. C'est pour quand alors ?", s'interroge Emma, depuis son studio de 18 mètres carrés à Grenoble. Elle ne comprend plus la situation. L'étudiante a arrêté de regarder les conférences de presse de Jean Castex et Olivier Véran, depuis le deuxième confinement. Rien n'y fait, le puzzle sanitaire s'invite sous l'oreiller et l'empêche parfois de dormir alors qu'elle suit un traitement : "J'y réfléchis et cela me rend anxieuse. Comment on va faire pour vivre avec, comment la vie peut-elle revenir ?". Chaque matin, la distance entre son lit et son bureau s'étend. "C'est difficile de se lever. J'ai un peu lâché les cours. La situation donne juste envie d'attendre", glisse-t-elle.

Des personnes figées, sans désir

Les psychiatres s'inquiètent de voir apparaître de plus en plus de patients atones. "Mes patients et même certaines personnes de mon entourage sont sidérés, au sens clinique du terme. Ils ne parlent plus, ne désirent plus. Ce sont des personnes figées", raconte Serge Hefez.

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