Ces femmes de détenus dénoncent les conditions d'incarcération pendant le confinement

En prison, des conditions de vie déplorables.
En prison, des conditions de vie déplorables.
En temps de pandémie de Covid-19, les discriminations et inégalités s'exacerbent. C'est aussi le cas dans les prisons, où les conditions de vie des détenus n'en deviennent que plus critiques. Mais aujourd'hui, la parole se libère.
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"Depuis le confinement, tous les détenus sont en situation punitive". Elle énonce les choses sans détour, cette lettre que cinq femmes de détenus adressent aujourd'hui à la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Une tribune puissante relayée par France Bleu et qui rend compte d'une situation encore trop ignorée : les conditions de détention des prisonniers à l'heure de la pandémie mondiale. Car en période de confinement, force est de constater que les nombreuses mesures restrictives mises en place dans les structures pénitencières ont de quoi susciter la perplexité.

C'est en tout cas ce qu'affirme Léa Proust, qui compte parmi les signataires de ladite missive. A l'adresse directe de la garde des Sceaux, cette épouse de détenu rappelle le contexte carcéral actuel, à savoir l'interdiction des parloirs, et donc des visites extérieures, mais également des activités, dont les promenades dans la cour. Et la rédactrice de le fustiger : "Depuis le confinement, c'est l'isolement pour tout le monde, aucun activité et au mieux une promenade par jour. Certains ont le droit à du sport mais c'est rare. Ils sont tous dans des situations punitives". De quoi alerter l'opinion publique.

"Le risque de contagion est très fort en prison"

Des restrictions qui ont tout l'air de "punitions", donc. Mais ce n'est pas tout. Léa Proust fustige également les insuffisances d'un système qui, sur-concentration de prisonniers oblige, peine à faire respecter les mesures sanitaires les plus élémentaires en temps de contagion mondiale, dont la fameuse "distanciation sociale". Santé et sécurité semblent mises aux oubliettes. D'où cette exigence au coeur de la lettre : en appeler à une réelle mise en place de mesures hygiéniques, avec fournitures de protections, de masques et de gels hydroalcooliques.

Une démarche qui n'a rien d'une bouteille lancée à la mer : elle a déjà fédéré plus de 150 familles qui, en France, se sont jointes à ce mouvement citoyen, tel que l'indique le Huffington Post. Ensemble, elles rappellent l'isolement subi par celles et ceux qui ne disposent que de téléphones pour conserver un lien avec leurs proches - et ce au sein de cabines peu nettoyées. A ce titre, Nicole Belloubet a insisté sur l'attribution à chaque détenu de France d'un "crédit" de quarante euros par mois sur leur compte téléphonique. Une même somme est par ailleurs prévue pour les plus démunis concernant l'achat de biens alimentaires et de produits hygiéniques.

Une maigre compensation pourtant, pour toutes les familles qui désormais dénoncent ces insuffisances. Mais pas seulement. C'est aussi le plus cas de la maîtresse de conférences en langue française Laélia Véron, également enseignante en établissements pénitenciers. Dès les prémices du confinement en France, la linguiste en appelait déjà à un "plan d'urgence Coronavirus" pour les détenus. Et sans cacher son désarroi face à cette défaillance.

"Le risque de contagion est très fort en prison, pourtant je n'ai rien vu de spécial mis en place. Les détenus sont très inquiets, le personnel aussi. En Italie, la situation a explosé, il y a eu des mutineries, des morts", déplore-t-elle en ce sens. Et l'érudite d'ajouter : "La prison c'est à la fois un lien de surpopulation et de confinement (va mettre en place des quatorzaines dans des établissement surpeuplés !) et de brassage (des gens venus de partout) avec un système de soins particulièrement défaillant". Autant de raisons qui attisent l'inquiétude.