"Sale pute", "chiennasse" : un week-end ordinaire de cyber-harcèlement des femmes

Les tweets d'insultes reçus par Linda Kebbab
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Ce week-end du 19 et 20 janvier, deux femmes publiques ont une nouvelle fois été la cible de cyber-harcèlement, la syndicaliste Linda Kebbab et la journaliste Isabelle Saporta.
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Ce week-end (19 et 20 janvier), deux exemples sont venus illustrer le cyber-harcèlement que subissent les femmes sur les réseaux sociaux. Ce cyber-harcèlement peut être d'autant plus violent que ces femmes sont publiques. Internet semble avoir définitivement perdu tout sens de la raison lorsqu'il s'agit de réagir à un débat de manière constructive.

Ainsi, la déléguée nationale du syndicat SGP Police FO Linda Kebbab était dimanche 20 janvier soir, l'invitée de l'émission C Politique sur France 5. Vendredi soir, elle était également l'invitée de Balance Ton Post sur C8. Elle était venue défendre les policiers face aux accusations de bavures lors des manifestations des gilets jaunes.

Suite à ces interventions, Linda Kebbab a reçu une pluie d'insultes sur les réseaux sociaux. Elle les détaille dans un message public sur son compte Facebook : "'Sale pute', 'Viande de chiennasse', 'Salope va crever', 'Tu devrais subir un viol', 'Je te verrais bien avec un oeil en moins', 'Faut la violer pour qu'elle comprenne', 'Elle mérite un lynchage', 'Fais comme tes collègues, suicide-toi', 'Espérons que le destin la poussera à se suicider', 'Il faut tous les buter', 'Grosse merde, je vais prendre un flashball et te le foutre dans le cul', 'Envie de la voir crever en direct', 'J'espère qu'il arrivera un truc à ses gosses à cette grosse pute', 'Je vais l'attendre devant les locaux de télé pour la gifler'.

Ces messages reçus par Linda Kebbab sont inacceptables. Tout comme les messages de haine aveugle et d'insultes que reçoit quotidiennement la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, qui a d'ailleurs porté plainte pour cyber-harcèlement.


On peut ne pas être d'accord avec une personne. On a le droit de penser que les syndicats policiers sous-estiment publiquement les violences policières dans un geste corporatiste, on a le droit de penser que la politique en faveur de l'égalité de Marlène Schiappa n'est pas la meilleure, mais en aucun cas, on ne peut user de ce genre de mots.


Ces messages appellent au viol, aux meurtres, au crime. C'est une honte.


Dans son message, Linda Kebbab écrit : "Ces messages, à chaque publication. À chaque intervention publique. Parce que je suis une femme, policière, déléguée syndicale. Vous ne me ferez pas taire. Vous ne nous ferez pas taire. Je continuerai. Nous continuerons tous les combats car nous sommes fiers d'être policiers et défenseurs de notre métier. Nous ne lâcherons rien, nous continuerons pour nos collègues."


Elle indique également qu'elle portera plainte à chaque fois qu'elle tombera sur ce type de messages : "Parce que ne rien dire ni faire, c'est les laisser dire et les laisser faire".

"Suceuse, salope, connasse, journalope, on va t'étouffer dans ta merde, ça se terminera mal"


Une autre femme a fait les frais de ce cyber-harcèlement : la journaliste de RTL, Isabelle Saporta. Elle était samedi 19 janvier l'invitée des Terriens sur C8. Elle a fait sur le plateau le rapprochement entre Rassemblement National et La France Insoumise.

Insultes reçues par Isabelle Saporta et Linda Kebbab
Insultes reçues par Isabelle Saporta et Linda Kebbab

Elle s'est émue dimanche 20 janvier au matin des insultes qu'elle avait reçus depuis la veille au soir : "Dites: 'suceuse, salope, connasse, journalope, on va t'étouffer dans ta merde, ça se terminera mal'..? Des centaines de messages d'insultes depuis hier..? Vous avez l'impression que c'est ça le débat démocratique..? Les menaces et les insultes..?"

Heureusement, entre deux salves d'insultes, Linda Kebbab et Isabelle Saporta ont reçu de nombreux messages de soutien.

Amnesty International avait publié une étude en décembre sur le cyber-harcèlement que subissent les femmes. Elles reçoivent 7,1% de tweets injurieux et problématiques. Les femmes racisées sont encore plus touchées puisqu'elles ont 34 % de risques de plus par rapport aux femmes blanches d'être mentionnées dans des tweets injurieux ou problématiques.