Comment le lobby des armes détourne le mouvement #MeToo

L'étudiante américaine Kaitlin Bennett porte fièrement une arme à sa cérémonie de diplôme
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Le lobby des armes ne recule devant rien aux Etats-Unis, même pas à détourner le féminisme pour servir sa cause.
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Surfant sur la vague de #MeToo et sur les violences faites aux femmes, les défenseurs du deuxième amendement de la constitution, qui garantit aux Américains le droit de porter une arme, proposent aux femmes de s'armer pour se protéger. Une suite de photos récemment postées sur les réseaux sociaux en fait la démonstration.

La dernière en date est celle d'une étudiante de 22 ans de l'université de l'État de Kent dans l'Ohio, Kaitlin Bennett. Pour sa remise de diplômes, elle pose fièrement avec un fusil semi-automatique sur son campus. Elle s'oppose à une règle de l'établissement qui stipule que seuls les visiteurs ont le droit de porter des armes dans l'enceinte de l'université, mais pas les étudiants ni le personnel. Sous sa photo, la jeune femme écrit : "En tant que femme, je refuse d'être une victime et le deuxième amendement garantit que je n'aie pas à l'être."

Avant d'ajouter dans un autre tweet : "Le féminisme n'a jamais arrêté les agressions sexuelles. Les armes à feu oui".

Une autre étudiante, Brenna Spencer, avait publié en avril une photo d'elle portant une arme à la ceinture et un T-shirt "les femmes pour Trump". Charlie Kirk, un militant conservateur, a retweeté sa photo en écrivant : "C'est ce à quoi le VRAI féminisme ressemble. Fort, intelligent, confiant, et armé. Bien joué Brenda [...] Continue à te battre".

La polémiste ultra-conservatrice Tomi Lahren ne s'était elle pas gênée en mars dernier pour faire la publicité d'un legging possédant une poche pour se balader avec son arme sur son compte Instagram. Dans sa légende, elle expliquait : "Les filles, il y a des chances pour que votre assaillant soit plus grand, plus fort et plus rapide et c'est pourquoi vous avez @alexoathletica pour votre fusil, votre bombe lacrymo ou même votre téléphone".

Après le massacre d'Orlando le 12 juin 2016, où un homme avait fait irruption dans un bar gay et tué 49 personnes, c'était la porte-parole de la NRA (National Rifle Association, le puissant lobby des armes), Dana Loesch avait essayé de démontrer sur la chaîne conservatrice Fox News qu'une interdiction du fusil d'assaut AR-15 serait "une guerre contre les femmes", avant d'ajouter : "Vous parlez de désarmer les femmes".

Un détournement sans foi ni loi

A aucun moment bien évidemment la NRA ne parle de prévention. Cyniquement, les pro-armes vont braconner sur les terres du féminisme pour développer un nouveau marché. Une étude effectuée par l'université d'Harvard montre que le nombre de propriétaires masculins d'armes aux États-Unis est passé de 42% à 32% entre 1994 et 2015, et chez les femmes de 9% à 12%. Pour séduire cette nouvelle clientèle féminine, les fabricants ont aussi adapté leurs marchandises avec des fusils roses ou plus petits spécialement pour les femmes.

Le lobby des armes tente de faire passer l'idée que les femmes se sentiront plus en sécurité avec une arme, mais aussi que c'est un moyen d'empowerment. Un sondage datant de 2017 réalisé par le Pew Research Center révèle que 27% des femmes utilisent les armes pour se protéger seulement, contre 8% des hommes.
Mais comme le rapporte le site du Guardian, "un nombre très important de recherches montrent que les femmes ont plus de chance d'être tuées par une arme que d'être sauvées par elles."

La blogueuse féministe Jessica Valenti explique : "La NRA veut nous faire croire que les armes protègent les plus vulnérables d'entre nous au lieu de nous dire la vérité, à savoir qu'elles tuent les plus vulnérables. Les femmes tuées par leur conjoint ont plus de chance de se faire tuer par arme à feux que n'importe quelles autres armes combinées." Cela n'a pas empêché la NRA de batailler contre l'interdiction des armes pour les agresseurs.

Ce n'est pas la première fois que le lobby des armes tente de s'immiscer de manière insidieuse dans la sphère sociétale pour y faire sa propagande. L'année dernière, Le NRA avait tout simplement réécrit des contes pour enfants en armant Hansel et Gretel et le Petit chaperon rouge.