Elles créent un "mémorial" pour les victimes de féminicides

Un mémorial à Paris pour rendre hommage aux victimes de féminicides.
Un mémorial à Paris pour rendre hommage aux victimes de féminicides.
A Paris, en plein coeur du 11e arrondissement, les colleuses féministes ont tapissé les murs d'une centaine de noms - ceux, trop nombreux, des femmes assassinées par des hommes. Un puissant devoir de mémoire.
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Aurore, Sylvia, Sabrina, Salomé, Pascaline, Nathalie, Raymonde, mais aussi Virginie, Jessica, Mélanie, Barbara, Florence... Ce sont 122 prénoms qui recouvrent en cette rentrée un mur du onzième arrondissement de Paris. Ces patronymes sont ceux des femmes victimes de féminicides, anonymes auxquelles rend hommage le mouvement féministe de colleuses qui, depuis un an déjà, inscrit sur les murs des grandes villes la mémoire des défuntes.

Des collages pour dire l'innommable. Et, donc, ce mémorial mis en place rue Bouvier, pour ne pas oublier. Comme l'énonce TV5 Monde, ce sont plus d'une centaine de militantes qui se sont relayées durant une heure et demie pour effectuer ces collages en séries. "C'est impressionnant de voir autant de filles réunies, et de réaliser à la fois le chemin parcouru par les colleuses depuis un an", témoigne à l'AFP l'une de ces colleuses, Sarah, 21 ans. Une réunion qui s'est soldée par des gerbes de fleurs déposées et une minute de silence toute symbolique.

Pour une autre participante, Alix, cette opération est à la fois un devoir de mémoire est une démonstration franche d'activisme. La jeune femme de 20 ans l'explique à Ouest France : "On n'est pas habituées à voir des femmes qui se rassemblent dans la rue comme ça, ça nous permet de nous réapproprier l'espace public, et de s'y sentir à notre place, pour une fois". Mais derrière cette mobilisation salvatrice, un constat déplorable : dans le "monde d'après", le fléau des violences conjugales et des féminicides perdure en France.

Pour ne pas oublier

"La violence de tous ces féminicides témoigne de l'inaction de l'État", affirme en ce sens Sarah. Et ce n'est pas le compte Facebook du collectif "Féminicides par compagnons ou ex" qui la contredira. "Non, ce ne sont pas des 'drames familiaux' ni des 'drames de la séparation' ni des 'crimes passionnels', ce sont des féminicides conjugaux perpétrés par des hommes frustrés qui pensent détenir un permis de tuer", déplorent ses instigatrices. A l'appui, un chiffre : 62. C'est le nombre de féminicides recensé "officiellement" depuis le début de l'année en France. Mais pour le collectif, de nombreuses affaires seraient encore "non comptabilisées".

"Nous consacrons sur notre page une publication par victime. C'est un travail éprouvant mais nécessaire pour que ces femmes ne restent pas invisibles, qu'elles soient nommées quand c'est possible, et non plus une parmi d'autres anonymes dans un chiffre global annuel dont pas grand monde ne s'émeut ni ne s'indigne, parmi les politiques et même la société", tacle encore "Féminicides par compagnons ou ex" sur ses réseaux sociaux. A l'unisson, le mémorial de collages du 11e arrondissement met en oeuvre cette démarche : nommer pour ne pas oublier.

Nommer, pour sensibiliser également, aussi bien l'opinion publique que les pouvoirs politiques. En 2019, 176 femmes ont été tuées par des hommes. Le collectif Nous Toutes, qui lutte aussi bien contre les féminicides que contre les violences sexistes et sexuelles, interpellait directement le gouvernement. L'urgence ? Agir. En proposant une réelle formation professionnelle des forces de l'ordre, magistrat·e·s et professionel·le·s de santé, mais aussi des politiques publiques plus considérables, un budget vraiment conséquent, une meilleure prise en charge des victimes de violences conjugales, de meilleurs moyens de prévention...

La route semble encore longue.