En Corée du Sud, les femmes se coupent les cheveux en soutien à l'archère An San

En Corée du Sud, les femmes se coupent les cheveux en soutien à l'archère An San
En Corée du Sud, les femmes se coupent les cheveux en soutien à l'archère An San
Se couper les cheveux en guise de revendication militante, sororale et féministe ? Voilà un fait pour le moins singulier, qui nous vient directement de Corée du Sud.
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Malgré son statut de championne triplement médaillée aux Jeux Olympiques de Tokyo 2021, l'archère sud-coréenne An San n'a pas fait l'unanimité auprès du peuple coréen. La raison ? Ses cheveux courts. Puisque soi-disant "pas assez féminine", l'athlète a été qualifiée de "féministe" par une partie de son public. On a déjà connu pire insulte, mais dans la bouche de certains internautes coréens, le mot n'a pas grand-chose de positif. Comme le rapporte la BBC, la championne a non seulement fait l'objet de critiques et d'insultes, mais aussi de menaces.

Heureusement, l'absurde polémique autour des choix capillaires de la très stylée archère fut vite étouffée par un salvateur vent contraire : la montée au créneau de soutiens, sur les réseaux sociaux, dévoilant des selfies de leurs tifs rafraîchis ou se coupant les cheveux afin de défendre An San. Se couper les cheveux, un acte militant ? Dans une société hautement patriarcale, qui dose la "féminité" en fonction de la longueur des mèches, il faut croire que oui.

Ces débats incongrus autour de la "féminité" et de la "masculinité" n'en finissent pas de ponctuer les victoires olympiques. Récemment, la championne chinoise en lancer de poids féminin Gong Lijiao était qualifiée de "femme virile" par certains journalistes d'une chaîne nationale. L'affaire An San dévoile un état d'esprit tout aussi archaïque.

Une mobilisation nationale

"J'ai été très troublée non pas par un ou deux, mais par de nombreux commentaires misogynes à propos d'An, au sein d'une communauté en ligne dominée par les hommes", a commenté à la BBC Han Jiyoung, l'internaute qui a initié ce "mouvement des cheveux courts", avec le hashtag #women_shortcut_campaign. "Ce genre d'attaques massives suggère que les hommes veulent contrôler le corps féminin, et que les femmes devraient cacher leur féminisme. Je me suis dit que lancer une campagne pour que les femmes montrent leurs cheveux courts et fassent preuve de solidarité serait une manière de s'attaquer aux deux problèmes", a poursuivi la meneuse de campagne.

Résultat : de nombreuses internautes ont érigé hashtag, paires de ciseaux et cheveux courts en une forme de mobilisation nationale et intensément sororale. Certaines ont même vu en l'archère un role model sur laquelle calquer son style capillaire. Normal, car qui n'aimerait pas s'inspirer d'une championne multi-médaillée ? De quoi faire rager ses détracteurs réacs. Il faut dire que les femmes, et plus encore les militantes féministes, n'hésitent pas à faire bouger les lignes en Corée du Sud depuis plusieurs années, qu'elles dénoncent les violences sexistes et sexuelles ou se révoltent face aux injonctions à la féminité, comme le port du corset.

"Les cheveux coupés courts sont une sorte de déclaration politique chez de nombreuses jeunes féministes. An San, en tant que jeune olympienne, semble cristalliser beaucoup de choses que les hommes détestent. Elle a les cheveux courts, est allée dans un collège pour femmes, a utilisé certaines expressions que ces internautes considèrent comme des formulations misandres et ce sans raison claire", décrypte du côté de la chaîne britannique Hawon Jung, autrice d'un livre à venir sur le mouvement #MeToo en Corée du Sud.

Une "déclaration politique" perpétuée avec fierté.