Société
Grace Tame, survivante de viols, devient "Personne de l'année" en Australie
Publié le 1 février 2021 à 13:17
"Lorsque nous nous exprimons, nous guérissons. Je me souviens de mon agresseur, disant: 'Ne fais pas de bruit.' Et bien, écoutez-moi maintenant". Survivante de viols, Grace Tame a été élue "Personne de l'année" en Australie. Un combat et une parole nécessaires.
Grace Tame, Australienne de l'année, avocate engagée et activiste inspirante pour la défense des victimes d'agressions sexuelles et de viol. Grace Tame, Australienne de l'année, avocate engagée et activiste inspirante pour la défense des victimes d'agressions sexuelles et de viol.

Etudiante dans le collège pour filles St Michael's Collegiate Girls, Grace Tame n'avait que 15 ans lorsque son professeur de mathématiques l'a violée à plusieurs reprises. Si l'agresseur a été arrêté, la jeune Australienne a mis du temps avant de libérer la parole. Aujourd'hui avocate, celle qui se dit "survivante" est acclamée dans son pays natal. En 2021, elle vient même d'être nommée "Personne de l'année".

Il faut dire que Grace Tame ne se contente pas de parler pour celles et ceux qui ne le peuvent pas. Non, cette avocate tasmanienne se fait également la porte-parole d'un plus vaste mouvement, en lien direct avec la révolution #MeToo. En Australie, elle s'oppose à une loi nationale qui empêche les victimes d'agressions sexuelles et de viol de s'exprimer publiquement, auprès des médias notamment. Plus précisément, une victime de viol, si elle souhaite relater les faits incriminés en utilisant son vrai nom, doit obligatoirement bénéficier d'une ordonnance juridique exceptionnelle qui l'autorise à le faire. Le silence est donc normalisé.

Cette loi, l'activiste de 26 ans s'y oppose fermement, comme pour mieux dénoncer l'absence de prise en considération des victimes, le phénomène de "victim blaming" et l'impunité des agresseurs. Sur les réseaux sociaux, cette éternelle optimiste - dixit son compte Instagram - a lancé le hashtag #LetHerSpeak ("Laissez la parler") afin de changer la donne. Un profil inspirant au possible.

"Lorsque nous nous exprimons, nous guérissons"

"J'ai perdu ma virginité à cause d'un pédophile. J'avais 15 ans, j'étais anorexique. Il avait 58 ans, c'était mon professeur. Il a publiquement décrit ses crimes. Mais moi, j'ai été réduit au silence par la loi", a déclaré l'avocate afin de faire entendre toute l'absurdité de cette législation patriarcale et la nécessité d'une réforme juridique. "Je dédie ce prix de 'Personne de l'année' à tous les survivants d'abus sexuels sur enfants", a-t-elle poursuivi.

Comme l'indique ABC, Grace Tane a fini par achever une part de son (long) combat, en remportant auprès de la Cour suprême le droit de s'identifier publiquement en tant que survivante d'un viol, sous sa vraie identité. Mais pour cela, il lui a fallu batailler auprès de la justice australienne durant près de deux ans et débourser près de 10 000 $ en frais juridiques. Une avancée laborieuse donc, mais tout à fait salutaire dans un système où les révolutions féministes n'ont pas encore tout bouleversé. Loin de là, même.

"J'ai été choquée d'apprendre qu'il était illégal pour quiconque - y compris moi - d'être autorisée à m'identifier comme victime d'agression sexuelle. Or il est important que les victimes d'agression sexuelle soient en mesure de raconter leur propre histoire après une agression, car cela peut contribuer au processus de guérison", déplore en ce sens Sandra, jeune australienne elle aussi victime de viol. C'est également ce que doit penser le jury du prix de "Personne de l'année", qui a salué le "courage extraordinaire" de Grace Tame, ainsi que sa propension à "sensibiliser l'opinion publique aux violences sexuelles".

"Lorsque nous nous exprimons, nous guérissons. Je me souviens de mon agresseur, disant: 'Ne fais pas de bruit.' Et bien, écoutez-moi maintenant", a achevé l'avocate dans les médias nationaux. Là encore, le mot d'ordre semble le même : laissez-les parler !

Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
Mots clés
Société News essentielles Agression sexuelle Femmes engagées international Monde Viol
Sur le même thème
"Une chaussure jetée en plein visage", "viols conjugaux" : cette jeune influenceuse dénonce la relation toxique dont elle a été victime dès l'adolescence, c'est très choquant
couple
"Une chaussure jetée en plein visage", "viols conjugaux" : cette jeune influenceuse dénonce la relation toxique dont elle a été victime dès l'adolescence, c'est très choquant
26 novembre 2025
Accusé de viols, Cauet porte plainte et dénonce les "fantasmes sexuels" de l'une de ses accusatrices, les féministes scandalisées
#MeToo
Accusé de viols, Cauet porte plainte et dénonce les "fantasmes sexuels" de l'une de ses accusatrices, les féministes scandalisées
18 novembre 2025
Les articles similaires
"Il posait son pénis..." : cette célèbre humoriste parle du consentement avec justesse (quitte à défriser les machos)
Société
"Il posait son pénis..." : cette célèbre humoriste parle du consentement avec justesse (quitte à défriser les machos)
30 janvier 2026
"Elle sort de l'asile", "Cinglée" : cette chanteuse de la Star Ac victime de racisme suite à cette vidéo, un scandaleux cas de "misogynoir"
Société
"Elle sort de l'asile", "Cinglée" : cette chanteuse de la Star Ac victime de racisme suite à cette vidéo, un scandaleux cas de "misogynoir"
13 octobre 2025
Dernières actualités
Nicole Kidman en lingerie à bientôt 60 ans, le sex symbol Jamie Lee Curtis applaudit “son audace”
cinéma
Nicole Kidman en lingerie à bientôt 60 ans, le sex symbol Jamie Lee Curtis applaudit “son audace”
12 mars 2026
Amanda Seyfried méritait l’Oscar avec ce film événement à découvrir en salles : on a vécu l'expérience pour vous
cinéma
Amanda Seyfried méritait l’Oscar avec ce film événement à découvrir en salles : on a vécu l'expérience pour vous
12 mars 2026
Dernières news