Pourquoi la basketteuse Valériane Ayayi Vukosavljević a caché sa grossesse pendant les JO

La basketteuse française Valériane Ayayi Vukosavljević enceinte de trois mois et demi
La basketteuse française Valériane Ayayi Vukosavljević enceinte de trois mois et demi
De retour en France après les Jeux olympiques de Tokyo (et une belle médaille de bronze), la basketteuse française Valériane Ayayi Vukosavljević a dévoilé son secret : elle était enceinte de trois et demi pendant la compétition. La championne explique ce choix.
A lire aussi

Médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Tokyo, la basketteuse française Valériane Ayayi Vukosavljević n'a rien laissé paraître sur le terrain, ni en vestiaire. Pourtant, la championne était enceinte de seize semaines. C'est ce qu'elle a révélé sur Twitter ce mercredi 11 août, à son retour en France.

"Championne de France, Vice Championne d'Europe et médaillée olympique, mais ma plus belle médaille se trouvait depuis tout ce temps gardée bien au chaud", a écrit l'athlète de 27 ans, accompagnant son tweet d'une jolie photo dévoilant son ventre arrondi.

"Aujourd'hui, il est l'heure pour moi de me reposer, de profiter de cette grossesse avec mon mari et ma famille ! Je reste là, présente autour des terrains. Je vous donne rdv très vite en 2022, de retour sur le parquet et avec comme toujours de gros objectifs ."

Un secret bien gardé, puisque "seules quelques personnes en équipe de France étaient dans la confidence", précise FranceInfo, qui a interrogé Valériane Ayayi Vukosavljević sur cette grossesse prévue, mais qui a pris la basketteuse de cours. "Avec mon mari, nous souhaitions une maternité après les JO. Mais finalement, les Jeux ont été reportés. J'ai fait le choix de signer à Basket Landes, en leur expliquant mon projet. Le club l'a tout de suite accepté. C'était donc quelque chose d'anticipé, mais nous n'imaginions pas que cela arriverait de si tôt", confie-elle. Un projet "de longue date" qui n'a absolument pas remis en cause sa participation aux JO de Tokyo cet été, avec l'accord médical de sa gynécologue.

Avant l'Euro et les Jeux olympiques, seul·e·s le médecin de l'équipe de France, ainsi que l'entraîneure Valérie Garnier ont été mis·e·s au courant. Un choix conscient er réfléchi pour éviter l'effusion médiatique et ainsi rester concentrée sur ses objectifs. "Je voulais être tranquille et faire mes deux compétitions sans me prendre la tête", explique-t-elle. "À vrai dire, j'avais peur que des coéquipières, ou même des adversaires, agissent différemment avec moi sur le terrain, sous prétexte que j'étais enceinte."

Sa crainte ? La stigmatisation et que sa grossesse devienne "un évènement dans l'évènement". Un secret facilité par la crise sanitaire, puisqu'"à cause du Covid, nous ne prenions pas souvent la douche en équipe. Nous rentrions à l'hôtel, et je me douchais seule dans ma salle de bain", usant de quelques excuses pour ne pas avoir à dévoiler son ventre de femme enceinte.

Sur le terrain, en revanche, la basketteuse n'a pas tergiversé. Valériane Ayayi Vukosavljević, qui se définit comme une "hyperactive", a foncé et s'est défoncée. "Je continuais à plonger sur les ballons lorsqu'il le fallait. Je n'avais pas envie que cette grossesse m'empêche de jouer au basket. Il n'y a pas eu un seul moment sur le terrain où je me suis dit 'ne fais pas ce geste là parce que si ça se trouve...'. Jamais."

Quant au fait de devoir concilier maternité et sa carrière d'athlète de haut niveau, elle est prête. Mieux, la jeune femme est impatiente. "La maternité ne me fait pas peur du tout. J'ai hâte de pouvoir concilier les deux, partager les deux, vivre les deux en même temps. Je suis sereine sur le fait que je vais revenir, que je vais travailler."

Maternité et carrière des sportives : le grand tabou

La prise de parole de Valériane Ayayi Vukosavljević sur sa grossesse est importante tant la question de la maternité chez les sportives de haut niveau peut (malheureusement) s'avérer compliquée. Et la politique des clubs et des sponsors discriminatoire.

Ainsi, sous la pression, Nike avait supprimé en 2019 ses clauses de performances des contrats des athlètes de retour de congé maternité. Un combat mené avec force par la sprinteuse et sextuple championne olympique américaine Allyson Felix, qui avait dénoncé le traitement post-grossesse de l'équipementier à la virgule dans une tribune cinglante publiée dans le New York Time. "Être enceinte, c'est le baiser de la mort pour une femme athlète ", écrivait-elle. Nike avait alors décidé de baisser ses rémunérations de 70% en raison de sa grossesse. Elle avait alors salué la décision du sponsor sur Instagram : "Nos voix ont un pouvoir. (...) Cela veut dire que les athlètes féminines ne seront plus pénalisées financièrement pour avoir un enfant, écrit celle-ci en légende du cliché avant de remercier les responsables de Nike. Et merci également aux marques qui ont déjà pris cet engagement. Qui est la suivante ?"

Encore récemment, la championne italienne de volley Lara Lugli se voyait poursuivie en justice par son propre club. Son tort ? L'athlète était tombée enceinte en plein milieu d'une saison.

La voix de Valériane Ayayi Vukosavljević donne donc de la puissance à cette cause hautement féministe. "La grossesse n'est pas une maladie. Elle n'empêche pas de pratiquer son sport. J'ai disputé trois grosses compétitions : les playoffs du championnat de France, l'Euro, ainsi que les JO. Et je vais bien", renchérit la basketteuse française qui conclut : "J'ai hâte de me reposer et de profiter pleinement de cette grossesse."