IVG : un pas en avant, trois pas en arrière ?

Manifestation le 17 janvier 2015 à Paris pour célébrer les 40 ans de la loi Veil sur la légalisation de l'avortement.
Manifestation le 17 janvier 2015 à Paris pour célébrer les 40 ans de la loi Veil sur la légalisation de l'avortement.
40 ans après la loi Veil, le droit à l'IVG reste fragile. En France, Marisol Touraine a proposé des amendements adoptés par l'Assemblée nationale, comme la fin du délai de 7 jours de réflexion ou le fait que les sages-femmes pourraient elles aussi être en charge des IVG médicamenteuses. Des avancées qu'il faut applaudir, mais qui doivent aller plus loin. Notre contributrice Charlotte Lazimi, journaliste, auteure du livre "Toutes les femmes ne viennent pas de Vénus, l'égalité aujourd'hui" et bloggeuse féministe pour Les Martiennes nous en dit plus.
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Ces décisions sont historiques. Quarante ans après le vote de la loi Veil, l'Assemblée Nationale a supprimé le temps de réflexion de sept jours avant de recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG). Autres décisions d'envergure : les sages-femmes pourront, comme les médecins généralistes, pratiquer des IVG médicamenteuses. Et les médecins en centre de santé auront la possibilité de réaliser des IVG par voie instrumentale. Des avancées certaines. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite. En effet, les opposants à l'IVG en France et dans le monde sont aussi nombreux qu'inquiétants.

D'abord, rappelons que depuis 10 ans, plus de 150 centres IVG ont été fermés. C'est colossal. Selon l'endroit où vous habitez en France, vous pouvez, ou pas, accéder facilement à ces services. Quand on sait que chaque année, le nombre d'avortements est d'environ 220.000 en France, cela devient pour certaines un vrai parcours du combattant. Conséquences : 6000 d'entre elles sont contraintes de se rendre à l'étranger, sans solution pendant la durée légale de 12 semaines. Et ce n'est pas tout. L'extrême droite, et Marine Le Pen en particulier, n'ont cessé d'attaquer l'accès à l'IVG ces dernières temps. Le concept favori de la présidente du Front National : ce qu'elle appelle " l'IVG de confort ". Sa théorie est simple. Les femmes ne recouraient à une IVG que parce qu'elles estimeraient ne pas avoir les moyens financiers ou préféraient renoncer à une grossesse pour ne pas ralentir leur niveau de vie. Selon son analyse, ces dernières ne le feraient en somme que par pur égoïsme ou contrainte. Ce raisonnement est simpliste et méprisant pour les femmes. Evidemment, avoir un enfant n'est pas une décision légère qu'on prend parce qu'on préfère s'acheter une nouvelle télé à écran plat. Marine Le Pen souhaite bien sûr aussi son déremboursement. Elle milite pour que cet acte ne soit pas " banalisé ". Etonnant lorsqu'on sait que le recours à l'avortement est stable depuis 2006.

De plus, les mouvements anti IVG en France ont multiplié leurs actions ces dernières années. Entre 2011 et 2012, nombres de prières ont été organisées devant des hôpitaux parisiens pour protester contre les IVG soi-disant en cours dans ces établissements. En 2013, un militant emblématique de la cause, Xavier Dor, était également condamné à 10.000 euros d'amende pour " délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) " pour avoir fait irruption l'année précédente dans un centre du planning familial à Paris. L'homme de 85 ans en est à sa 12e condamnation en près de 20 ans. Sans oublier qu'en 2013, les anti-IVG avaient " trustés " le web avec des sites de désinformation. Appelés " IVG.net " ou " SOS IVG ", ils décourageaient les femmes qui les contactaient, les menaçant parfois

Dans le monde, l'accès à l'IVG est d'autant plus menacé. Aux Etats-Unis, le combat entre pro et anti n'a jamais été aussi rude. Dernier épisode en date ? La condamnation d'une jeune femme à 20 ans de prison accusée d'avoir tué son " foetus " quand celle-ci plaide une fausse couche. Ces dernières années, sept Etats américains, dont le conservateur Texas ou encore le Kansas début avril , ont sérieusement limité l'accès à l'avortement. Et l'Europe n'est pas en reste. En septembre 2014, l'Espagne est passé à deux doigts d'une loi interdisant l'IVG, sauf en cas de viol avec une preuve de dépôt de plainte et de risque de santé grave pour la mère. De quoi rester très vigilant.