Regelegorila, YouTubeur cinéma très controversé (il suffit de voir les réactions exacerbées suscitées par son Konbini Vidéoclub) suggère sur les images à retrouver ci-dessous que Interstellar, le classique (pour certains) de Christopher Nolan, serait surtout (trop) apprécié des hommes, qui aiment beaucoup mettre en avant l'opus nolanien, bien plus que les femmes. Et ça fait débat.
Interstellar, succès critique et public d'un réalisateur britannique acclamé par Hollywood (jusqu'au sacre Oppenheimer, l'histoire de mecs qui discutent durant des plombes), et auteur ambitieux (son prochain blockbuster étant ni plus ni moins qu'une adaptation de L'odyssée), un film majoritairement aimé par les hommes ? Le vidéaste connu pour ses prises de position très tranchées (notamment concernant l'éternel débat VO/VF, devenu un running gag au gré de ses diverses déclarations provocs) s'exprime sur ce point dans le long entretien réalisé par Konbini.
Et le jeune homme y va de sa "take" particulièrement audacieuse à propos du voyage stellaire de Matthew McCognaughey : "C'est un film qui a particulièrement marqué une génération d'hommes et qui figure dans les Tops de beaucoup d'hommes vraisemblablement, de ce que j'ai pu constater au fil des années". Il poursuit sur le même ton : "Vous ne verrez jamais Interstellar dans le Top Films d'une femme par exemple !"
Une assertion qui a beaucoup divisé sur la Toile et l'euphémisme est doux. Les commentaires se comptent par centaines, de TikTok à Instagram, et révèlent un même contrepoint : si si, les femmes, elles aussi, adorent Interstellar, un film pas particulièrement "mascu" qui plus est. Alors pourquoi une telle affirmation ? En fait, ce que soulève le critique est bien moins anodin qu'on ne pourrait le croire.
Interstellar, classique pour les mecs, les vrais ? Comme Le Parrain ou Les Affranchis ?
C'est une sortie que l'on croirait issue du film Barbie, et pourtant elle provient de la bouche d'un vidéaste qui fait beaucoup parler de lui, notamment pour l'animosité qu'il suscite.
Dans un premier temps, on a du mal à comprendre pourquoi une œuvre dont la séquence la plus connue met en scène un homme en train de pleurer à chaudes larmes face caméra serait particulièrement apprécié des hommes, plus que des femmes. On est quand même loin de Fight Club ou de American Psycho. Pourquoi celles-ci seraient-elles forcément amenées à apprécier davantage les filmos de Jane Campion, de Greta Gerwig, Céline Sciamma ou encore Sofia Coppola ? N'allons pas si vite en besogne et détachons-nous de ces clichés faciles.
Faites un essai dans votre entourage : il y a forcément une femme, voire plusieurs, qui citeront Interstellar comme l'un de leurs films favoris, du style à aligner les étoiles sur leur app de notation. Car les personnages féminins y ont leur importance, que leurs comparses masculins n'y sont pas dépourvus de complexité ou de vulnérabilité, et surtout, que les thématiques abordées, du temps à la parentalité, y sont universelles.
Cela étant dit, Regelegorila émet une suggestion intéressante : dans le cercle très "select" des amoureux de cinéma, qui ,en ligne, des vidéos YouTube aux communautés type Sens Critique ou Letterbox, demeure tout de même très masculin, l'opus de Christopher Nolan ferait office de signe de reconnaissance entre "vrais", de valeur sûre, à la qualité très fraternelle, qui vient fédérer autour de lui, et surtout, fédérer les mecs.
Ce que suppose le vidéaste, c'est que la communauté très active, surtout sur Twitter, des fous de pelloches, est foncièrement masculine sans pour autant être "mascu", et surtout, que ce sont particulièrement les hommes qui aiment être vocaux, entendus, visibles, écoutés. Que les hommes mettent davantage en avant les signes de crédibilité culturelle, la hiérarchisation, la compétition entre "moins bons" et "meilleurs films", comme si ce culte de la performance comptait dans leur vie. Ce qui est le cas : bien vu.
Il y a surtout un autre élément qui rentre en compte et s'avère encore plus concret : oui oui, qu'on l'aime ou non, il est vrai que le cinéma de Christopher Nolan, pourvu de grandes actrices (Anne Hathaway, Hilary Swank, Maggie Gyllenhaal, Marion Cotillard) est avant tout un univers de mecs, une globale odyssée d'hommes esseulés, solitaires, en lutte (des duels souvent très masculins), brillants (une qualité que revendique n'importe quel mec médiocre) et stratèges, autant que tourmentés et tragiques. Ce sont de vrais mecs comme les aiment les gars sûrs de leur génie : incompris et marginalisés, tourmentés mais si romanesques, ils n'ont finalement besoin de personne pour que leur destin s'illustre.
Christopher Nolan se passionne pour toutes ces figures masculines. Ce qui lui vaut une réputation qui n'est guère celle d'un habile portraitiste de la gent féminine - il suffit de voir comment il met en scène les relations amoureuses. L'écriture de ce côté-là du genre pèche quelque peu. Et n'est pas vraiment à la hauteur du reste. Autant d'observations qu'on entend entre les lignes dans la prise de parole du YouTubeur qui fait tant rager sur les réseaux.
En tout cas, c'est ainsi qu'on peut l'envisager. Et il est difficile de lui donner tort. Contrairement aux très nombreuses internautes qui, à raison, précisent que le film de Christopher Nolan figure dans leur Top : mais le vrai débat est certainement à trouver ailleurs, bien plus loin que la simple évocation de ce blockbuster "surcoté" selon le vidéaste. Dans un rapport au "goût des autres" bourdieusien et un certain culte de la masculinité tel que le rêve le septième art...