Du harcèlement sexuel dans les usines de Barbie ?

Au royaume des poupées Barbie, des situations de harcèlement sexuel dénoncées par les employées.
Au royaume des poupées Barbie, des situations de harcèlement sexuel dénoncées par les employées.
C'est une nouvelle enquête édifiante qui vise aujourd'hui l'entreprise Mattel. Plusieurs ONG dénoncent des situations de harcèlement sexuel systématiques relatées au sein des usines chinoises du groupe mondialement connu pour ses poupées Barbie. Accablant.
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Pas moins de de trois organisations non-gouvernementales, ActionAidFrance, China Labor Watch et Solidar Suisse, viennent de délivrer un rapport accablant d'une vingtaine de pages dénonçant les conditions des salariées au sein des usines chinoises de l'emblématique entreprise Mattel - oui oui, l'empire des poupées Barbie. Des faits qui contrastent tout à fait avec le marketing "progressiste" de ladite boîte.

Le rapport en question met notamment en lumière des situations de violences sexistes et sexuelles. L'auteure et enquêtrice a rencontré quatorze ouvrières au sein de l'une de ces usines, qui en dénombre plus de deux mille. Parmi ces voix anonymes, la parole d'une étudiante de 19 ans, qui explique avoir été victime de harcèlement sexuel de la part d'un collègue plus âgé. Propos déplacés, attouchements, réflexions sur le physique, cyber-harcèlement via l'application WeChat... Les faits relatés sont nombreux, comme le relate Mediapart.

Des employées interrogées témoignent même de propositions sexuelles ou de "nudes" envoyés à travers le système de messagerie instantanée. Des situations qui, malgré le fait qu'elles se déroulaient sous les yeux des responsables d'équipe, ne suscitent "aucune réaction" de la part de la direction, déplore encore le rapport.

Un scandale qui ne date pas d'hier

"Un collègue m'appelle chérie, s'assoit à mon poste de travail et quand je me plains, dit que je n'ai qu'à m'assoir sur ses genoux. Il a expliqué aux autres qu'il faisait ça pour m'exciter. Je l'ai bloqué sur Wechat et il a menacé de me frapper si je le débloquais pas. J'ai peur. Personne ne réagit", explique l'une des ouvrières. Des victimes qui bien souvent n'osent pas se plaindre, de peur de faire l'objet de représailles - ou de perdre leur emploi.

Une autre victime évoque un collègue qui aurait caressé les mains et les cheveux d'une ouvrière, et aurait réagi aux protestations de cette dernière en lui répondant : "Je n'ai pas d'endroit où dormir ce soir je peux venir chez toi ?". Et ce sans susciter la moindre réaction des témoins alentours. Des faits édifiants, pour un système abusif qui ne date pas d'hier. L'an dernier déjà, une enquête s'attardait sur lesdites usines, constatant des conditions de travail insoutenables (des cadences infernales notamment) mais aussi un sexisme tout à fait normalisé.

Violences verbales, mais aussi humiliations régulières "de la part des chef·fe·s de ligne"... les situations étaient tout autant édifiants. Sur 10 ouvrières interrogées par l'enquêtrice, quatre témoignaient alors de situations pouvant être qualifiées de harcèlement sexuel. Des investigations qui bousculent volontiers l'entreprise mondialement connue. Mais sans plus. Dans un communiqué officiel destiné au site économique Capital, Mattel a simplement répondu : "Nous ne tolérons aucune forme de harcèlement et sommes engagés à faire en sorte que chacun de nos collaborateurs, y compris ceux travaillant dans nos usines, soit traité avec équité et respect".

Trop peu pour les ONG. Aujourd'hui, l'organisation ActionAid incite à signer une pétition afin d'interpeller directement le directeur de Mattel France, le PDG de Mattel et la Vice-Présidente en charge de la gouvernance de la chaîne d'approvisionnement. L'idée ? Sensibiliser, inciter aux sanctions et garantir "la protection des victimes" dans les usines appartenant à Mattel. Et la pétition de conclure : "Mattel a les moyens d'intervenir pour faire cesser le climat d'impunité et doit montrer l'exemple. À nous de le lui rappeler !".