Au Missouri, un juge fédéral bloque une loi anti-avortement ultra-restrictive

La Justice rétorque à une loi anti-avortement très restrictive.
La Justice rétorque à une loi anti-avortement très restrictive.
Ceux et celles qui suivent le traitement législatif de l'avortement à travers le monde savent qu'au Missouri, ce n'est pas vraiment "ça". Mais la situation n'est pas sans espoir, comme le démontre cette décision de justice...
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C'est un fait, le droit à l'avortement n'a pas vraiment sa place dans le Missouri. Un jour, il est question d'affliger des peines de 5 à 15 ans d'emprisonnement pour les médecins pratiquant des interruptions volontaires de grossesse - huit semaines après les prémices de celle-ci - et un autre de provoquer la fermeture de la toute dernière clinique pratiquant des IVG au sein de cet Etat ultra-conservateur. Mais ces mesures répressives sont loin de susciter l'adhésion, non seulement auprès des partisan·e·s du respect du corps des femmes et de leurs droits, mais également auprès de la loi américaine.

La preuve ? Elle a un nom : Howard Sachs. Ce juge fédéral a suspendu le 27 août dernier l'application d'une loi qui devait entrer en vigueur : l'interdiction des avortements à partir de la huitième semaine de grossesse. A l'écouter, cette mesure des plus sévères enfreint la décision de la Cour suprême américaine - qui autorise l'interruption volontaire de grossesse jusqu'à la vingt-quatrième semaine. Effectivement, selon les textes de la Cour suprême, "aucune limite législative ou judiciaire sur l'avortement ne peut être mesurée en matière de semaines de développement du foetus", nous rappelle le Huffington Post. Ce que d'aucuns considèrent comme une bonne nouvelle laisserait-il entrevoir un début d'évolution dans l'Etat du Missouri ?

"Le Missouri se bat pour la vie"

Si la question mérite d'être posée, elle se heurte hélas vite à la réalité : cette suspension n'est que temporaire. De plus, comme le précise Paris Match, il ne faut pas oublier que Mike Parson, le cinquante-septième gouverneur de l'Etat du Missouri, est un conservateur décomplexé, farouchement opposé au droit à l'avortement. Ainsi sur Twitter, le gouverneur républicain affirme sa volonté de se battre pour cette loi qu'il juge "anti-discriminatoire" et se dit honoré "de diriger un État déterminé à lutter pour les enfants à naître". D'ailleurs en mai dernier, heureux de représenter une "gouvernance pro-vie", il se félicitait même de voir le Missouri atteindre "le taux d'avortements le plus bas DE TOUS LES TEMPS : de plus de 20.000 avortements dans notre État à moins de 3000 aujourd'hui". Une véritable fierté à ses yeux. Pour lui, cela ne fait aucun doute : "le Missouri se bat pour la vie".

Cette vigueur des mouvements pro-vie est indéniable au sein de l'Amérique de Donald Trump. Le 14 mai encore, l'Etat conservateur d'Alabama faisait grand bruit en adoptant la loi anti-avortement la plus répressive des États-Unis. Cette loi interdit l'avortement à n'importe quel stade de grossesse, même en cas de viol ou d'inceste, et punit de de 10 à 99 ans d'emprisonnement les médecins le pratiquant illégalement. Qu'espérer d'un Etat qui inculpe pour homicide involontaire une femme enceinte touchée au ventre par une balle, accusée d'avoir provoqué la mort de son foetus ?

Cependant, tout le monde ne baisse pas les bras. Présidente de l'organisme de planification familiale Planned Parenthood, Alexis McGill Johnson se bat pour défendre le droit des femmes à disposer librement de leur corps. "Nous n'arrêterons pas de lutter devant les tribunaux", affirme-t-elle sur Twitter. En 2013 déjà, elle rappelait à Washington l'importance de proposer une loi "qui assurerait le droit des femmes à un avortement sans risque et légal". Un message essentiel qui, hélas, peine encore à s'immiscer partout.