Cette université a décidé de n'engager que des femmes (et ça ne plaît pas à tout le monde)

La ville d'Eindhoven, aux Pays-Bas.
La ville d'Eindhoven, aux Pays-Bas.
"Nous pouvons devenir une meilleure université si nous faisons état d'une meilleure représentation des femmes scientifiques !". Aux Pays-Bas, une fac technologique de renom donne la priorité aux embauches féminines. Un peu trop au goût de certains...
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L'Université de technologie et d'ingénierie d'Eindhoven, alias la TU Eindhoven (ou TU/e selon son logo), a défrayé la chronique ces derniers jours. Mais comment cette fac renommée du Sud des Pays-Bas (décrite comme l'université "où l'innovation commence", excusez du peu) a-t-elle pu susciter curiosité et polémique ? Réponse : son directeur, Frank Baaijens, a décidé d'engager une majorité de femmes scientifiques au sein des postes vacants. Et plus précisément, d'augmenter le taux de présence féminine dans le champ professoral de 25 %. Et ce en engageant 35 chercheuses. Soit 29 professeures adjointes, deux professeures associées et quatre professeures titulaires.

L'idéal pour incarner le mot d'ordre de l'université : représenter au mieux "l'énergie, la santé et la mobilité intelligente". Et l'intelligence est justement au coeur de la réflexion du directeur qui, dans les pages du Guardian, appuie ses convictions. "Nous apportons le changement", déclare-t-il en ce sens.

Néanmoins, cette politique d'embauche bien particulière et progressiste ne met pas tout le monde d'accord. D'aucuns parlent déjà de discrimination sexiste ! Une réflexion apparemment inverse aux intentions de Frank Baaijens, qui chercherait au contraire à corriger les inégalités inhérentes au milieu de la recherche.

Vers plus d'égalité professionnelle ?

Et les désaccords qu'a pu engendrer cette décision ne se limitent pas à quelques avis anonymes sur le net, loin de là. Non, comme l'énonce The Guardian, l'Institut néerlandais des droits de l'homme, mais aussi pas moins d'un tiers du personnel de la faculté, se sont ouvertement opposés ou ont contesté cette initiative, qui a par ailleurs engendré certains dépôts de plaintes anonymes. Cette indignation semble plus prononcée que celle qu'aurait pu susciter la réalité mise en avant par le directeur : le problème de représentation des femmes professeures en Europe, et notamment aux Pays-Bas, où cette proportion s'avère être la plus faible.

"Nous pensons que nous pouvons devenir une meilleure université si nous faisons état d'une meilleure représentation des femmes scientifiques", explique en retour le doyen. Non sans l'avouer au passage : faible taux de croissance oblige, "il faudra beaucoup de temps pour obtenir quelque chose d'approprié". Une évolution qui ne se fait pas du jour au lendemain. Qu'à cela ne tienne, l'action et la patience valent encore mieux que la passivité.

C'est d'ailleurs ce qu'énonce une épidémiologiste enthousiaste sur Twitter : "Bravo à Frank Baaijens et l'Université d'Eindhoven pour ce sérieux engagement en faveur de l'égalité des sexes. Particulièrement heureuse de l'apprendre maintenant, après avoir lu tous les rapports selon lesquels les femmes universitaires seraient encore plus défavorisées pendant la pandémie de coronavirus !". Et ce n'est pas le directeur de l'université qui dira le contraire. Selon lui, on observe bien trop "de préjugés sexistes implicites dans le domaine des sciences, de sorte que cela peut avoir découragé les femmes que nous avons pu recruter, [car c'est] un environnement dominé par les hommes".

Et malgré tous les désaccords que cela suscite, l'université technologique ne compte pas s'arrêter là. Elle a pour projet de maintenir cette politique d'embauche durant cinq ans. Un programme au long cours, donc, au bout duquel le directeur espère "qu'au moins 30% du personnel académique" soit de sexe féminin. On le comprend au vu de ces chiffres, garantir l'égalité professionnelle semble être aussi laborieux qu'urgent du côté des Pays-Bas.