Coupée en conseil municipal, l'élue Pauline Rapilly-Ferniot subit le sexisme en politique

L'élue Pauline Rapilly-Ferniot coupée en plein conseil municipal, ou le sexisme en politique
L'élue Pauline Rapilly-Ferniot coupée en plein conseil municipal, ou le sexisme en politique
Alors que l'élue Pauline Rapilly-Ferniot (EELV) épingle le sexisme auquel elle a été confrontée depuis sa prise de fonction à Boulogne-Billancourt, le maire LR Pierre-Christophe Baguet lui coupe le micro, qualifiant ses remarques d'"attaques perfides". Démonstration par l'exemple.
A lire aussi

Les images datent du jeudi 11 février et sont devenues virales dès leur partage sur les réseaux sociaux, le lendemain. On peut y voir une séquence de plus de 2 minutes dans laquelle l'élue EELV Pauline Rapilly-Ferniot aborde le rapport femmes-hommes présenté par le maire Pierre-Christophe Baguet (LR) et ses adjoints, lors du conseil municipal de Boulogne-Billancourt. Notamment, les pages qui décrivent les ateliers "vie relationnelle, affective et sexuelle" mis en place auprès des jeunes, afin de "lutter contre les comportements homophobes et sexistes, et contre les violences sexuelles".

Elle en lit quelques passages, et évoque d'abord - non sans ironie - se "réjouir" de ces actions contre l'homophobie, "vous qui vous êtes si longtemps opposés au droit des homosexuels à se marier". Elle fait ensuite un parallèle entre le sexisme que la mairie entend combattre grâce aux mêmes ateliers, et son expérience personnelle depuis son arrivée au conseil municipal.

"Je ne suis pas élue depuis très longtemps, mais j'ai déjà pu apprécier de nombreuses remarques assez déplacées", note-t-elle. Entre autres, des commentaires d'un adjoint qui la qualifiait de "jolie jeune fille". Elle n'aura pas le temps de finir sa déclaration que le maire l'interrompt brusquement, visiblement piqué au vif.

"Madame Rapilly-Ferniot, je suis désolé, on est dans une assemblée respectable, on n'est pas là pour faire des attaques personnelles, commence le maire. Si vous commencez à passer en revue tous les élus de la majorité, c'est pas l'objet (...) vous changez de ton ou je vous coupe le micro, d'accord ?".

Pauline Rapilly-Ferniot tente de répondre, et de poursuivre, Pierre-Christophe Baguet ne lui en laisse pas l'opportunité. Et fustige de nouveau : "Vous arrêtez vos petites attaques perfides, individuelles, c'est indécent, voilà". Quelques secondes plus tard, il lui coupe le micro, l'accusant de nouveau de "faire une liste" d'élus problématiques.

"Une caricature de ce vieux monde"

Avant d'être censurée, la jeune femme de 25 ans s'apprêtait à rappeler que "pour lutter contre le sexisme, il est bon de commencer par nous-mêmes. Ou plutôt, vous-mêmes, messieurs les élus", révèle la vidéo publiée sur Twitter. Une suggestion nécessaire - et pourtant.

Interrogée par le HuffPost, Pauline Rapilly-Ferniot analyse le comportement de Pierre-Christophe Baguet. "Pour moi, notre maire, c'est vraiment une caricature de ce vieux monde qui ne supporte pas qu'il y ait des jeunes femmes, écologistes, qui aient envie de participer à la vie locale", lance-t-elle. "L'existence d'une opposition jeune et dynamique, c'est difficile pour lui à accepter."

D'ailleurs, cette jeunesse qu'elle incarne lui est souvent jetée au visage. "Il rappelle régulièrement 'pour ceux qui n'étaient pas encore là, pour ceux qui n'étaient pas nés, et il explique ce qu'il a fait il y a 5 ou 10 ans", sourit l'élue. Elle ajoute par ailleurs qu'à la marie, "il y a les hommes aux finances, urbanisme, les sujets importants. Et les femmes aux affaires sociales, petite enfance, écoles... C'est clairement distinct."

"Il faut qu'elle arrête de se victimiser"

Pour Pierre-Christophe Baguet, "la coupe est pleine". Au HuffPost, il estime à son tour que cette affaire représente "beaucoup de pataquès pour pas grand-chose", et lâche : "Il faut vraiment qu'elle apprenne la démocratie et qu'elle se calme un petit peu, c'est tout". Pour le l'élu Les Républicains, "Madame Pauline Rapilly-Ferniot est une habituée des attaques personnelles, c'est sa spécialité. Elle passe son temps à me traiter d'homophobe, j'ai droit à tous les noms", s'émeut-il, assurant que l'élue "avait sa liste pour dézinguer les adjoints les uns après les autres."

En ce qui concerne le sujet de son intervention, le sexisme au conseil municipal et en politique en général, le maire de Boulogne finit par admettre qu'un adjoint "a dérapé". "Mais je l'ai convoqué", affirme-t-il, "je lui ai dit 'ça suffit', et c'est terminé. Mais elle prend tout mal, aussi." Il enchaîne : "On ne peut plus débattre dans la sérénité, c'est un peu dommage. Il faut qu'elle arrête de se victimiser."

Et conclut avec un argument qui laisse dubitatif·ve : "Moi, j'ai été le benjamin du conseil municipal pendant des années à Boulogne, je sais ce que c'est."

Pas sûr qu'en tant qu'homme blanc et hétéro, l'expérience du sexisme (ou de toute autre forme de discrimination que ce soit, d'ailleurs) en politique l'ait réellement affecté. En attendant, sa réaction à chaud, puis plus tard par téléphone, appelle à se demander qui des deux "prend tout mal", finalement.