Comment se passait le sexe au Moyen-Âge ?

Comment se passait le sexe au Moyen-Âge ?
Comment se passait le sexe au Moyen-Âge ?
Levrette interdite, sodomie diabolisée et broderies phalliques : voici un éclairage sur la façon dont on vivait le cul à l'ère médiévale.
A lire aussi

La période attise les curiosités, les fantasmes, et parfois, une généralisation erronée. Dans l'imaginaire collectif, le Moyen Âge incarne l'ère des chevaliers, des troubadours, des châteaux-forts et des Visiteurs. Pas faux, mais pas tout à fait vrai non plus. Car historiquement parlant, c'est plus complexe que ça. Déjà, l'époque a duré dix siècles. Soit mille ans, plus ou moins délimités de la fin du 5e à la fin du 15e. Difficile donc de la réduire à quelques références piochées principalement dans la culture populaire, dont l'existence ne prévaut que sur une petite partie. Pour ce qui est du sexe en revanche, son importance transcende les âges, bien que les pratiques varient.

A notre plus grand plaisir, certain·e·s historien·ne·s se sont attaché·e·s à les lister et à les décrypter, ces pratiques cul plébiscitées ou imposées, et replacées dans un contexte changeant décennie après décennie. En voici cinq, qui témoignent surtout de l'influence d'une Eglise liberticide, et très contradictoire.

1- Pas de levrette, ni de positions "déviantes"

Avant l'an 1200, la position de la levrette est formellement proscrite. Comme toutes celles qui n'impliquaient pas que la femme soit passive : le cheval érotique (la femme sur l'homme) par exemple, sauf en cas d'obésité ou de grossesse, ou encore l'amour more canino (comme les chiens, ou la levrette donc). Car la demoiselle doit laisser "toute initiative à l'homme". Et surtout, le coït à quatre pattes rendrait la fécondation moins évidente, dixit l'Eglise catholique (légèrement réfractaire) de l'époque.

"Le reste est invention de l'incontinence et réduit les chances de procréation [...] Les positions déviantes sont dangereuses : elles provoquent la colère de Dieu", explique ainsi Jacques Rossiaud, historien médiéviste et auteur de Sexualités au Moyen Âge, à Rue 89. Flippant.

Heureusement, dès le 13e siècle, l'institution s'adoucit un peu, et reconnaît qu'on peut faire autre chose de ses chaudes nuits - et journées, le temps est long - que l'amour en missionnaire. Ou du moins, tous les jours qui ne soient pas fête et veille de fête, semaine sainte, fin de semaine. Soit un tiers de l'année uniquement pour se faire du bien. C'est peu.

2- Les moines (aussi) s'encanaillent

Image tirée du Décaméron
Image tirée du Décaméron

Il était monnaie courante, à l'époque (quoique réprimandé par l'Eglise), que les moines ne soient pas chastes. Il existe d'ailleurs une illustration figurant dans le Décaméron, un recueil florentin écrit par Boccace entre 1349 et 1353, qui dépeint une scène pour le moins explicite. On y voit un couple qui dîne en compagnie d'un moine, puis le mari qui prie et le moine au lit avec la femme. Une "charge habituelle partout répandue contre les ecclésiastiques qui sont censés prêcher la continence et qui eux-mêmes sombrent dans la concupiscence avec des paroissiennes", analyse l'historien à Rue89.

Il poursuit d'ailleurs : "Un cinquième des prêtres entretiennent une concubine au XIVe ou au XVe siècle. Mais surtout les ecclésiastiques que ce soient des moines des religieux ou de simples prêtres fréquentent les prostituées. Un peu plus de 20% de la clientèle des étuves, c'est-à-dire des maisons de tolérance et du bordel municipal, était composée d'ecclésiastiques."

3- Broder des phallus, tout un art

La Tapisserie de Bayeux et ses 93 pénis
La Tapisserie de Bayeux et ses 93 pénis

Et pas qu'un seul. Dans la célèbre Tapisserie de Bayeux, datée du 11e siècle, ce ne sont pas moins de 93 pénis qui ont été brodés à la main, sur 68 mètres d'oeuvre. 88 - énormes - appartenant à des chevaux, et cinq à des humains. George Garnett, professeur d'histoire médiévale à l'université d'Oxford et homme patient derrière le comptage de phallus, explique au Sun que la taille dépend de l'importance sociale du personnage. "Ce n'est pas une coïncidence qu'Harold le Saxon (dernier roi anglo-saxon d'Angleterre, ndlr) est d'abord montré monté sur un coursier exceptionnellement bien doté", lance-t-il pour appuyer son propos.

Pour l'historien Jacques Rossiaud, il est aussi nécessaire d'étudier le contexte autour de la création, qui en dit long sur la place de la sexualité malgré les interdits dogmatiques. "Il faut imaginer que ce sont des femmes qui ont brodé ces attributs. Donc même dans une période où le rejet de la sexualité est très prononcé, où l'Eglise est rigoriste, la sexualité n'est pas totalement rejetée de l'univers et des représentations."

4- L'homosexualité, entre "conspiration" et "hérésie"

Aux yeux de l'Eglise, l'homosexualité entre deux femmes et deux hommes n'est pas jugée avec la même violence. Pour le lesbianisme, il est toléré car l'amour entre deux femmes ne porte pas atteinte à la lignée, révèle l'exposition parisienne dédiée L'amour au Moyen Âge, et évoquée par Néon, mais tout de même considéré comme une "conspiration envers le genre masculin". Qui a, encore une fois, la fâcheuse tendance de tout ramener à lui.

Deux hommes qui s'aiment et ont des rapports sont encore moins bien perçus par le clergé, et condamnés à des châtiments terribles. Enfin pas pour tout le monde. Le roi Richard Coeur de Lion, notamment, aurait été ouvertement gay mais pas vraiment inquiété vu son rang. Pour les autres, les "punitions" sont variées. Le magazine évoque notamment la condamnation à un jeûne de dix ans.

5- La masturbation, c'est non, la sodomie, aussi

A l'époque, tout ce qui est sodomie est vu d'un mauvais oeil, voire dans le pire des cas, dénoncé et expédié au bûcher. Et la liste de ce que l'on considère comme telle est longue. "On appelle sodomie tous les actes sexuels qui ne se terminent pas par une insémination de la femme, que ce soit une simple masturbation seul, une fellation ou bien une pénétration anale", poursuit Jacques Rossiaud. "C'est pourquoi les clercs préfèrent que les jeunes hommes fréquentent des prostituées plutôt qu'ils se masturbent ou qu'ils fassent l'amour avec un compagnon."

D'ailleurs, l'adage veut que "jouir en payant, c'est jouir sans pécher". Et bien sûr, la jouissance ne concerne que les hommes, puisque comme le détaille le Ménagier de Paris, cité par The Conversation, la sexualité féminine est entièrement mise au service du mari. Le texte composé par un bourgeois parisien en 1393 écrit que la femme doit s'occuper du plaisir de son époux, le sien demeurant inexistant. Pourtant, la fonction du clitoris et la nécessité de l'orgasme féminin étaient déjà connue pour l'une et théorisée pour l'autre. De ce côté là, si le progrès est aujourd'hui forcément palpable, il nous reste du boulot.