Etre mince est-il un privilège ?

Le "thin privilege" existe-t-il ?
Le "thin privilege" existe-t-il ?
Une blogueuse mode a inventé un nouveau concept : le "thin privilege", le privilège d'être mince. Face à toutes les discriminations que subissent les personnes grosses, est-ce un privilège de ne pas être en surpoids ?
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Y a-t-il un privilège à être mince ? Il y a longtemps que les personnes qui dépassent le 42 ou 44 ne s'aventurent plus chez Etam ou Mango. Ces femmes sont de fait exclues de ces magasins et savent qu'il est inutile d'y mettre les pieds. Pourtant, comme le rappellent les militantes de Gras Politique, Daria Marx et Eva Perez-Bello, dans leur livre Gros n'est pas un gros mot, la taille moyenne des Françaises est le 42. Alors pourquoi ne s'y retrouve-t-on pas dans les magasins ? Où sont les 44 ? les 46 ? Les 50 ou 56 ? S'habiller au-delà du 42 devient un parcours de la combattante.

Il y aurait donc un privilège à être mince pour pouvoir s'habiller. Mais ce "bonus" ne s'arrêterait pas là. Être mince vous permettrait de ne déranger personne dans les transports, de ne pas avoir un strapontin trop petit dans le métro, de ne pas avoir vos fesses qui débordent sur le siège du voisin ou de la voisine dans le train ou le bus.

En gros, le privilège d'être mince, c'est aussi ne pas avoir la charge mentale de la vie de gros. Ne pas être insulté·e, discriminé·e ou harcelé·e à cause de votre taille ou de votre poids.

Cora Harrington a créé le blog exclusivement dédié à la lingerie, The Lingerie Addict. Elle détaille dans une série de messages sur Twitter ce qu'elle appelle le "thin privilege", le privilège d'être mince : "On n'a pas besoin de se sentir mince pour profiter du privilège de l'être. La minceur n'est pas un sentiment. Si les autres vous perçoivent comme mince, vous l'êtes. Si vous êtes capable de rentrer dans n'importe quel magasin de vêtements en vous attendant à voir un large choix d'options dans votre taille, vous êtes mince".

Celle qui compte plus de 30 000 followers sur Twitter et plus de 42 000 sur Instagram partage de nombreuses photos d'elle habillée en lingerie. Dans ses posts sur Twitter, elle évoque également le fait qu'elle puisse se permettre de mettre en ligne des photos d'elle sans recevoir des tombereaux d'insultes sur son physique : "Personne ne regarde de photos de moi en ligne et ne me dit que je dois perdre du poids ou quand on me voit à l'extérieur manger un cookie ou un cône de glace et me regarde de haut avec dégoût".

La charge mentale d'être une personne grosse


Elle continue sa description de "mince privilégiée" : "Personne ne grogne ou ne lève ses yeux au ciel quand elle doit s'asseoir à côté de moi dans l'avion ou dans le bus. En fait, personne ne commente jamais mon corps. La capacité d'avancer dans la vie sans que personne n'insiste sur le fait que vous devriez faire une taille plus petite... Si vous n'avez pas à penser à ça, c'est un privilège". Elle ajoute : "Encore une fois : tous les privilèges d'être mince veulent dire que votre vie n'est pas rendue plus difficile à cause de votre poids. Cela veut dire que vous n'êtes pas limité·e pour l'augmentation de votre salaire, la santé, le siège d'avion à cause de votre poids."

On peut être mince et ne pas se sentir bien dans sa peau

Cora Harrington répond aux attaques et tempère aussi sur cette notion de "thin privilege". Parmi les critiques : ce n'est pas de la faute des minces si les marques de prêt-à-porter s'arrêtent à la taille 42. "Cela ne veut pas dire que votre vie est facile ou que personne n'a jamais ri de votre apparence ou que vous trouvez tout dans le magasin de vêtements du coin. Cela veut dire que la discrimination et les préjugés sociétaux ne vous atteignent pas pour le fait d'être mince."

L'exemple sur ce sujet de l'autrice et instagrammeuse Marine Bohin est parlant. Elle qui se met en scène le plus avantageusement possible sur ses photos raconte qu'elle le fait pour se sentir mieux dans sa peau. Si elle peut bénéficier du "thin privilege", elle ne s'aime pas forcément complètement alors qu'elle entre dans la "norme" : "Dans la vraie vie, je suis loin d'être Gigi Hadid, et tant mieux. Je suis peux être considérée comme mince mais ça ne m'empêche pas d'avoir de la cellulite, et ça aussi, tant mieux."

Les commentaires grossophobes y vont aussi grassement sur les préjugés sous les messages de Cora Harrigton. Si les gros et grosses n'ont pas ce privilège, c'est qu'ils et elles ne feraient "pas d'efforts". Une internaute répond ainsi : "Je ne pense pas que cela soit juste d'appeler ça un privilège. Pour la grande majorité, c'est un dur travail et des sacrifices. " Un autre lance : "Donc mon privilège, c'est d'être en bonne santé. N'importe qui qui est capable de manger de la nourriture saine et de faire de l'exercice est capable de perdre du poids". Alors que les causes du surpoids et de l'obésité sont tellement plus complexes que la simple question de volonté.

Personne n'aime avoir la charge mentale qui va avec le fait d'être gros. Le fait de penser le contraire révèle que ces personnes sont sans doute enfermées dans le "thin privilege". CQFD.