L'agression de Julia, symptomatique des violences subies par les personnes trans

Agression transphobe de Julia à Paris
Agression transphobe de Julia à Paris
La vidéo de l'agression transphobe de Julia à Paris a suscité une vague d'indignation ce 2 avril. Cette violence qui met en lumière ce que vivent chaque jour les personnes trans en France
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Des images révoltantes et une violence glaçante. Dimanche 31 mars, Julia a été victime d'une agression transphobe à Paris, place de la République. Une partie de la scène a été filmée et fait le tour des réseaux sociaux ce mardi 2 avril provoquant indignation et dégoût chez internautes et politiques.

Elle ne voulait pourtant que prendre le métro, nous a-t-elle expliqué dans un témoignage poignant. C'est après avoir traversé la place de la République, où se déroulait une manifestation contre le gouvernement de Bouteflika en Algérie, que Julia a été prise à partie par plusieurs manifestants.

"Hé, mais tu es un homme toi !" C'est par cette simple phrase qu'ont commencé les hostilités. Humiliée, agressée sexuellement, insultée, harcelée puis frappée avant d'être exfiltrée par des agents de la RATP qui eux aussi ont fait preuve de beaucoup de maladresse à son égard. Pourquoi donc tant d'acharnement?

Cette agression met en lumière ce que vivent pourtant chaque jour les personnes trans en France, selon Joël Deumier, président de SOS homophobie, interrogé par Le HuffPost. Selon lui les personnes trans sont en effet plus souvent agressée et/ou harcelée que les autres minorités LGBTQI+. Il nous explique pourquoi.

"Le genre fait peur"

"Lors qu'on ne correspond pas à un stéréotype de genre, masculin ou féminin, cela dérange profondément. On attend certaines choses d'un homme et d'une femme et si l'on ne remplit pas ces attentes, on subit brimades et insultes, explique Joël Deumier. D'autant plus que lorsque le genre ne semble pas bien établi, les gens ont tendance à perdre pied et devenir agressifs."

Julia, interrogée sur cette question par Le HuffPost, abonde en son sens : "La société n'aime pas qu'on sorte des codes. Pour mes agresseurs, je ne suis pas une femme, je suis un homme déguisé en femme, comme s'ils y voyaient une tromperie et ça les rend violents."

Une idée qu'avait déjà développé Arnaud Alessandrin, sociologue, spécialiste du genre et des transidentité, en 2016. "La notion de genre n'est pas clarifiée, celle d'identité de genre non plus", expliquait-il au HuffPost. Pour beaucoup de personnes, le genre fait peur. C'est pourquoi certains, comme le Pape, parlent encore, à tort, de "théorie du genre". Mais c'était aussi, selon lui, une preuve que les personnes trans sont encore loin d'être acceptées par la société.

"Quand on leur pose des questions sur leurs organes génitaux, chose qu'on ne ferait jamais avec des non-trans, on leur montre qu'elles ne font pas partie de la vie commune, de l'humanité." Une mise à distance de l'autre qui est encore plus démontrée à travers les blagues: "Lorsqu'on rigole des trans, c'est un marqueur du fait qu'ils ne sont pas intégrés à la société. On ne respecte ni leur intimité, ni leur intégrité", poursuivait-il.

Les personnes trans, les invisibles de la société


La peur vient de l'ignorance, comme le disait le médecin philosophe Averroes. Et c'est justement l'une des raisons de cette animosité envers les personnes trans, selon Joël Deumier :

"Les trans sont invisibles car sous-représentés dans la société, dans les médias, à la télévision... On en parle beaucoup moins que les homosexuels dont la sensibilisation publique a été très longue. Moins on en parle, moins on sensibilise, plus les gens se sentiront permis de les brimer. Et puis, quand on explique les choses, quand on écarte les zones d'ombres, cela fait moins peur, on comprend mieux et on juge moins."

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