Et si le perfectionnisme était une vilaine qualité ?

Et si être perfectionniste n'était pas une qualité ?
Et si être perfectionniste n'était pas une qualité ?
Qualité servie à chaque entretien d'embauche, le perfectionnisme n'est pas une vertu si cool. Au contraire, elle a des incidences réelles sur la santé physique et mentale.
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"Mon plus grand défaut ? Le perfectionnisme". Cette phrase a tant été décochée en entretien d'embauche qu'elle ferait presque office de tarte à la crème du genre. Dans l'inconscient collectif, et surtout le milieu professionnel, le perfectionnisme est perçu comme un "vrai faux" défaut, la preuve d'une détermination implacable. On ne peut pas vraiment vous en vouloir d'être perfectionniste. Surtout pas vos patrons.

Et pourtant, bien des voix expertes insistent aujourd'hui sur la facette beaucoup moins glamour de cet état d'esprit. Puisque quête d'un idéal inatteignable, le perfectionnisme peut volontiers malmener votre santé mentale, susciter fatigue, anxiété, dépression. N'en jetez plus. Incidence d'un monde du travail misant tout sur la productivité et la performance, cette vilaine qualité doit être maniée avec précaution.

Une vilaine qualité, pourquoi ?

A première vue, le perfectionnisme vend du rêve. Chercher la perfection, c'est ne pas se reposer sur ses acquis, sortir de sa zone de confort et s'investir à 200% dans sa tâche. Inverse de la négligence, volontiers accolée aux "métiers passions", cette vertu est synonyme de détermination et d'engagement. Dans la logique du "ne jamais se contenter du minimum", elle peut même faire office de motivation.

Et pourtant, le perfectionnisme est une vilaine qualité. Une étude de la revue Psychology Today nous apprend que cette obsession du parfait traduit une peur de l'échec. Et que cette dernière génère dans bien des situations de l'autocritique, du désespoir, voire même des cas de dépression. Refuser de faire des erreurs (alors que la perfection n'existe pas) revient à renier ses failles, ruminer ses problèmes et s'enfermer dans une bulle pétrie de jugements et de pressions diverses, d'où il est très difficile de sortir.

Spécialisé sur les questions de santé mentale, le site Very Well Mind a décidé de tirer la sonnette d'alarme : certaines personnes sont si obnubilées par leurs exigences de perfectionnisme qu'elles vivent des situations de stress profond, incapables mêmes de commencer une tâche. C'est cette appréhension systématique qui engendre l'insatisfaction, l'anxiété, le repli sur soi, parfois à un niveau plus que critique.

Selon le média, les personnes atteintes de troubles tels que le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ou le trouble d'anxiété sociale "peuvent être encore plus sujettes aux problèmes de perfectionnisme".

Et si le perfectionnisme était une vilaine qualité ?
Et si le perfectionnisme était une vilaine qualité ?

Non seulement ce culte du "jamais assez bien" vous éloigne des réalités de l'expérience humaine (sans erreurs ou échecs, comment estimer la réussite ?), mais elle vous rend moins audacieux, la peur de l'échec vous empêchant de vous lancer dans l'inconnu. Et le psychologue Robert L. Leahy d'affirmer du côté de Psychology Today: "Tout le monde est imparfait. Tout le monde fait des erreurs. Les gens qui réussissent font constamment des erreurs, parce qu'ils sont engagés dans le monde réel. Pourquoi pas vous ?".

C'est vrai ça, pourquoi ?

Comment (ré)agir ?

Dès lors, comment parvenir à modérer cette quête de perfection ?

Il serait conseillé de vous focaliser sur votre psychologie avant tout, en consultant un psychothérapeute. Chercher au fond de vous-même, mais aussi dans votre rapport à l'autre, ce qui coince, peut tout changer. D'où vient au juste cette obsession du toujours plus ?

"Beaucoup d'entre nous ont une voix intérieure qui a tendance à être assez négative, prétendant que nous sommes stupides lorsque nous faisons la moindre erreur. Nous devons à l'inverse nourrir une voix qui nous félicite lorsque nous faisons bien quelque chose. Une voix qui nous permette de faire des erreurs et d'en tirer des leçons. Quelques séances de thérapie peuvent vous aider à entretenir une relation plus positive avec vous-mêmes", détaille à l'unisson la psychologue Becky Spelman, directrice de la Private Therapy Clinic, dans le magazine Stylist.

Le psychologue Robert L. Leahy suggère quant à lui d'énoncer autrement ses objectifs, d'une façon plus empathique et réaliste. Autrement dit, ne plus penser "Je ne suis jamais assez bien" mais "J'éprouve de la satisfaction à essayer même si ce n'est pas parfait" ou encore "Je peux accepter de faire des erreurs".

Faire de son mieux avant de viser la perfection demeure une approche plus solide et saine du quotidien, que ce soit au sein du monde du travail ou dans le cadre des relations humaines en général.

"Essayez de considérer les erreurs comme des expériences d'apprentissage, comme une leçon apprise. C'est beaucoup moins déprimant que de penser qu'une erreur prouve que vous êtes forcément en échec. Gardez à l'esprit que faire des progrès vaut pour tous les domaines de votre vie. Nous sommes imparfaits, mais améliorables", achève la revue en ligne Psychology Today. Un mantra à conserver précieusement.