Le Mépris, c'est peut-être ce qu'inspire aujourd'hui ce "chef-d'œuvre" de Jean-Luc Godard.
Car plus de soixante ans après sa sortie, en 1963, force est de constater que ce film a mal vieilli. Oui, c'est un rôle inoubliable de Brigitte Bardot (si ce n'est LE rôle). Oui, le réalisateur préféré de l'intelligentsia a fait un classique indéniable. Mais un classique qui, en 2026, peut ressembler à une vitrine poussiéreuse et misogyne.
Il y a Camille. Brigitte Bardot. L’icône. Le mythe. La femme.
Enfin non, pas vraiment la femme, plutôt le corps de la femme. Le corps filmé, détaillé, évalué, tourné autour, cadré comme un tableau plus que comme une personne. Du male gaze sur pellicule - disponible gratuitement en ligne sur le site de France Télévisions.
Le long-métrage de Jean-Luc Godard est censé parler du mépris d’une femme pour un homme. En réalité, il ressemble souvent au contraire : à l’histoire d’une femme qu’on ne laisse pas exister autrement qu’en surface, puis qu’on accuse d’être froide. Pratique !
Mais aujourd'hui, ce qui peut gêner encore plus que la mise en scène du corps de Bardot, c’est la mécanique du couple.
Le réalisateur franco-suisse filme la destruction d’un mariage comme une expérience entre un mari lâche, un producteur lubrique et une femme qui se ferme. Évidemment... Il y a aussi cette scène devenue culte où BB est allongée, nue sur le ventre, face à Michel Piccoli. "Tu vois mon derrière dans la glace ? Tu les trouves jolies mes fesses ? Et mes seins, tu les aimes ? Qu’est-ce que tu préfères, mes seins ou la pointe de mes seins ?", détaille-t-elle.
Glamour ou mise en scène du corps féminin ? Les avis divergent... Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, cette scène d'ouverture langoureuse n'aurait jamais dû exister. Car le film était terminé, le montage quasi fini. Mais les producteurs, l’Italien Carlo Ponti et l’Américain Joe Levine, ont mis la pression à Godard pour voir sa star dans le plus simple appareil. Ce qu'il a fait après des mois de tractations.
Car Jean-Luc Godard n'était pas forcément à l'aise à l'idée de réduire l'icône à son physique.
"Dans d'autres conditions, j'aurais refusé cette scène, mais ici je l'ai faite d'une certaine manière, d'une certaine couleur, je l'ai éclairée en rouge et en bleu pour qu'elle devienne autre chose, pour qu'elle ait un aspect plus irréel, plus profond, plus grave que simplement Brigitte Bardot sur un lit. J'ai voulu la transfigurer parce que le cinéma peut et doit transfigurer le réel", analysait-il auprès du Monde.
Féministe, Le Mépris ?
Peut-être pour quelques personnes (pas pour BB en tout cas, qui détestait les féministes).
Mais certaines militantes y voient plutôt un chef-d'œuvre misogyne. "Le film porte bien son nom néanmoins. J'y ai bien vu le mépris de Godard pour les femmes, le mépris des cinéastes masculins pour les femmes, le mépris des hommes pour les femmes, écrivait par exemple l'avocate Elisa Rojas sur son site. Ce mépris auquel certaines femmes cherchent à échapper en choisissant de privilégier les productions culturelles féminines."
"Parce qu'en plus de nous faire vivre cette violence dans la réalité, ces hommes voudraient que l'on continue à se la coltiner indéfiniment via leurs productions répétitives sur ce thème", ajoutait-elle. Pour vous faire votre avis sur Le Mépris, rien de plus simple puisqu'il est disponible gratuitement en ligne sur le site de France Télévisions.
Nous, en tout cas, on n'a pas que du mépris pour Le Mépris (mais un peu quand même).
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